Concurrence – L’autosatisfaction américaine est destructive, pas la Chine

Aujourd’hui, à peine 8% des entreprises sont des startups de moins d’un an, contre environ 12,5% en 1980.

Par David Kline

La dernière fois que j’ai visité la Chine, j’ai pris le thé avec Deng Xiaoping. La rencontre fût en 1978 durant laquelle le dirigeant chinois m’a présenté un plan pour moderniser son pays en libérant l’immense énergie des entreprises.

À l’époque, je pensais que son approche était chimérique. Mais aujourd’hui, de retour de ma première visite en Chine en 40 ans, j’y crois fermement. Au moment où j’ai rencontré Deng, le nombre d’automobiles dans toute la Chine pouvait être compté par milliers.

Aujourd’hui, le pays compte environ 200 millions. Depuis 1978, l’économie chinoise a cru de plus de 5.000%, et le revenu disponible de ses citoyens a explosé. D’ici 2030, la Chine pourra dépasser les États-Unis et devenir la plus grande économie du monde. Néanmoins, la taille de l’économie chinoise n’est pas ce qui devrait inquiéter le président Trump.

C’est surtout le dynamisme entrepreneurial de la Chine – sa démarche d’innovation acharnée – qui constitue la plus grande menace pour le leadership économique américain. N’étant plus un pays d’industries « imitatrices », la Chine dépasse les États-Unis dans bon nombre de secteurs vitaux, notamment les paiements mobiles, les micro-puces avancées et l’intelligence artificielle. Plus de 10.000 nouvelles entreprises sont enregistrées chaque jour en Chine, soit sept startups par minute.

Aux États-Unis, malheureusement, l’enthousiasme entrepreneurial semble avoir perdu de sa vigueur. Aujourd’hui, à peine 8% des entreprises sont des startups de moins d’un an, contre environ 12,5% en 1980. Cela devrait inquiéter tous les Américains, étant donné que les startups sont le moteur économique du pays, et son principal créateur d’emplois. L’une des entreprises chinoises qui illustrent cet enthousiasme entrepreneurial typique est Xiaomi (sha-oh-mee), le fabricant de smartphones, fondé en 2010. Ce dernier connait une croissance particulièrement rapide selon Strategy Analytics.

Son autre constat est que, l’année prochaine, si la dynamique actuelle se poursuit, Xiaomi pourrait rattraper ou dépasser OPPO, Huawei et Apple pour devenir le deuxième constructeur de smartphones à l’échelle mondiale, Samsung étant le premier. Plus surprenant encore, Alvin Tang, analyste chez Seeking Alpha, a suggéré en septembre que Xiaomi serait valorisée à 69 milliards de dollars. Ce qui consolide sa place comme la plus importante start-up au monde, légèrement en avance sur Uber.

Xiaomi illustre également l’originalité et l’expérimentalisme audacieux des entreprises chinoises. Au-delà des smartphones, le réseau, constitué de plus de 100 startups partenaires de Xiaomi, a créé une multitude d’objets high-tech allant des bandes de fitness aux purificateurs d’air, en passant par les cuiseurs de riz. Bon nombre de ces objets sont connectés à Internet et conçus pour compléter les téléphones Xiaomi et les smart TV. Ils sont également étroitement intégrés aux services en ligne proposés par le constructeur, tels que les jeux et les microcrédits. La start-up gère également ses propres magasins, ce qui lui permet d’attirer et fidéliser davantage les consommateurs chinois.

Par ailleurs, l’entreprise chinoise dans son ensemble est beaucoup plus centrée sur le client que son homologue américaine. On aime qualifier cette démarche de « the Xiaomi way », faute d’un meilleur terme. « Nous n’avons pas encore le langage pour décrire exactement ce que nous faisons », m’a dit le senior vice-président de l’entreprise, Wang Xiang. Les entrepreneurs chinois ont été également motivés par les réformes entreprises ces dernières années. Ces réformes ont renforcé la protection des droits de propriété intellectuelle, ce qui est paradoxal pour un pays accusé depuis longtemps d’avoir dérobé des secrets industriels et ignoré les protections IP.

Aujourd’hui, les entreprises chinoises déposent plus de brevets que leurs homologues américaines. Et pour cause, le processus de demande de brevet et du contrôle a été simplifié. En outre, la Chine a créé des tribunaux spécialisés dans la propriété intellectuelle pour trancher tous les litiges et adresser les injonctions contre les contrevenants. « Les contrefacteurs de droits de propriété intellectuelle vont payer le prix fort », a prévenu le président Xi Jinping cet été. En août dernier, le fabricant de chaussures New Balance a gagné 1,5 million de dollars face à des concurrents chinois qui avaient plagié son logo. Le montant peut sembler négligeable selon les normes américaines, mais il représente le plus grand verdict sur les atteintes aux marques déposées jamais rendu en Chine.

En revanche, aux États-Unis, une série de mesures législatives et de décisions de la Cour suprême ont affaibli les droits de brevet, en particulier pour les startups. Selon une analyse d’Adam Mossoff, professeur de droit à l’Université George Mason, une nouvelle façon de contester les brevets, appelée « examen inter partes », aboutit au rejet d’au moins une revendication de brevet dans 80% des cas. Comme on pouvait s’y attendre, bon nombre de ces cas ont été portés devant les tribunaux fédéraux par des accusés faisant l’objet de poursuites pour contrefaçon de brevet. Cela n’augure rien de bon pour la compétitivité mondiale de l’Amérique. Les États-Unis étaient toujours à la tête du classement sur la force des droits de propriété intellectuelle. Mais l’édition 2017 de l’indice mondial de la propriété intellectuelle a placé le pays de Trump à égalité avec la Hongrie.

Hongrie ? Voici mon conseil à M. Trump : Vous devriez vous inquiéter moins de ce que la Chine fait et plus sur le déclin de l’entrepreneuriat américain. Quant au vol de la propriété intellectuelle par la Chine, il n’est pas aussi inquiétant que les dommages que les États-Unis engendrent à cause de leurs propres politiques autodestructrices en matière de brevets.

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