Egypte – La classe moyenne en colère

L’inflation atteint son niveau record de la décennie à cause de la faiblesse de la monnaie et les réductions des subventions.

Par Nikhil Lohade à Dubai et Dahlia Kholaif au Caire

L’inflation en Egypte a atteint son plus haut niveau cette décennie en raison d’une monnaie plus faible et de la réduction de l’aide de l’État. Ce qui soulève des préoccupations croissantes au sujet de la santé économique du pays le plus peuplé du monde arabe.
Le taux annuel d’inflation urbaine a bondi à28,1% en janvier en raison de la hausse des prix des aliments et des boissons, a annoncé samedi dernier l’agence des statistiques égyptiennes. L’inflation globale de l’Egypte s’est située à 23,3% un mois plus tôt, selon les données de sa Banque centrale, soit une hausse par rapport au taux de19,4% enregistré en novembre, lorsque l’Egypte a laissé flotter sa monnaie, lui permettant de baisser de plus de 50% contre le dollar américain.
La forte baisse de la valeur de la livre égyptienne a rendu les importations plus onéreuses, tandis que d’autres mesures gouvernementales récentes telles que la réduction des subventions pour le carburant, l’introduction d’une taxe sur la valeur ajoutée et l’augmentation des tarifs d’importation ont fortement augmenté le coût de la vie pour les larges populations des travailleurs et les classes moyennes du pays.
Mohamed Hussein, comptable de 38 ans, se plaint de la flambée des coûts qui a forcé sa famille de quatre membres à réduire les repas pour joindre les deux bouts. « Nous avons réduit notre consommation de viande et de poulet par semaine après l’augmentation des prix », se lamente Hussein qui vit dans un quartier populaire de Gizeh, près du Caire, avec sa femme et ses deux enfants.
« Nous continuons de lutter », se lamente Samia Mahmoud, femme au foyer de 54 ans et mère d’un enfant. « Qu’il s’agisse de nourriture, de transport, de factures d’électricité et d’eau, ou des frais de scolarité de mon fils, les prix sont impitoyables », dit-elle en colère en rentrant chez elle dans la capitale.
Le gouvernement égyptien n’a guère d’autre choix. Il a adopté des mesures sévères nécessaires à l’obtention des fonds du FMI et d’autres créanciers pour redresser une économie ravagée par des années de troubles politiques et une récente vague d’attaques terroristes.
La croissance économique s’est située en moyenne à environ 2,5% au cours des cinq dernières années, selon le FMI, alors même que l’inflation, le déficit budgétaire et le taux de chômage ont bondi à deux chiffres. Mais les mesures prises par l’Égypte pour réduire les subventions, baisser la facture salariale du secteur public et augmenter les impôts ont aidé le pays à lever des milliards de dollars ces derniers mois. Ces fonds aideront le pays à soutenir ses finances déjà mises à rude épreuve, et payer ses importations essentielles telles que le blé et les médicaments.
Les ajustements budgétaires aideront à réduire le déficit budgétaire de l’Égypte, qui était d’environ 12% du produit intérieur brut l’an dernier, et à réduire la dette publique qui approche 100% du PIB, selon les analystes.
La croissance du PIB devrait rebondir à 6% à l’horizon 2021 si le programme de réformes est correctement mis en œuvre, selon le FMI. Cela contribuera à créer plus d’emplois et à lutter contre le chômage élevé.
Les investisseurs ont soutenu l’Egypte dans ses mesures prises en vue de remodeler son économie. Une vente de dette de 4 milliards de dollars sur le marché international à la fin du mois dernier représente près du double du montant initialement ciblé par les autorités égyptiennes.
En outre, le marché boursier local s’est apprécié de plus de 50% depuis que le pays a laissé flotter sa monnaie en novembre et a obtenu un prêt de12 milliards de dollars du FMI. Par ailleurs, les autorités tentent de calmer les Égyptiens en faisant valoir les avantages que les mesures d’austérité et les réformes économiques pourraient leur apporter à plus long terme. L’inflation était une raison majeure qui a mené au soulèvement de 2011. Le cabinet londonien Capital Economics s’attend à un pic du coût de la vie en Egypte dans les mois à venir. Mais il devrait s’atténuer après cela pour revenir à la cible à un seul chiffre visée par la banque centrale égyptienne vers la fin de 2018.Le président Abdel Fattah al-Sissi avait promis fin décembre que la conjoncture économique difficile connaîtrait une embellie dans six mois, tout en saluant les égyptiens pour leur courage et la manière dont ils affrontent ces périodes difficiles. Sauf que ce sentiment ne s’est pas fait entendre dans les rues. Sadeya Mohamed, âgée de 62 ans, a voté pour al-Sissi et a même dansé quand il a gagné. « Je l’ai cru quand il [al-Sissi] nous a promis de beaux jours. Mais il y a échoué », lance Mohamed. « C’est un fait avéré – les prix augmentent et ne baissent pas. »

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