Le jour de son anniversaire, Zuma appelé à dégager

Le chef du mouvement protestataire dit aux manifestants que Jacob Zuma n’a plus aucune crédibilité.

Des dizaines de milliers de manifestants, dont beaucoup sont rattachés à des partis politiques longtemps hostiles les uns envers les autres, se sont accordés mercredi pour protester tous dans la capitale sud-africaine contre le président Jacob Zuma. La manifestation, qui a eu lieu à Pretoria, a été programmée pour coïncider avec le 75e anniversaire de Zuma. Baptisée « Journée nationale d’action » par les organisateurs, elle a attiré des foules plus importantes que les manifestations nationales du vendredi dernier que le leader sud-africain a qualifié de « racistes » et contrôlé par les « capitaux des minoritaires blancs ».

Les manifestations, de plus en plus nombreuses dans les rues, semblent avoir galvanisé l’improbabilité d’une alliance anti-Zuma entre deux partis ayant des points extrêmement divergents du spectre politique sud-africain : Les Combattants pour la liberté économique de l’extrême gauche et l’Alliance démocratique de centre-droit. Sous des nuages sombres et une pluie battante, les foules descendirent mercredi sur la place de l’Eglise à Pretoria avant de se diriger vers l’Union Buildings, le siège officiel du gouvernement qui s’ouvre sur une grande statue de Nelson Mandela, les bras tendus. C’était là où Julius Malema, le leader de l’EFF, autrefois l’allié politique le plus loyal de Zuma, a déclaré que le mandat du président avait pris fin. « Nous allons marcher main dans la main avec tous les partis politiques. Nous voulons envoyer un seul et unique message – Zuma doit se retirer », lance Malema à la foule. « Que le message soit clair : Zuma n’est plus un président crédible pour l’Afrique du Sud ».

Les analystes ont souligné que les manifestations ne changeraient pas de façon décisive l’arithmétique politique dans un pays à moins qu’elles ne prennent plus d’envergure et que leur tempo n’augmente de façon spectaculaire. La politique sud-africaine est encore dominée par le Congrès national africain (ANC) qui semble resserrer les rangs autour de Zuma après une semaine de récriminations publiques pour avoir licencié le ministre des finances tant respecté. Zuma et ses alliés ont riposté ces derniers jours. Il a célébré son anniversaire le mercredi en compagnie d’une centaine de ses fidèles dans un marquis à Kliptown – Soweto, une banlieue de Johannesburg connue sous le nom de creuset de la lutte anti-apartheid. L’air détendu et jovial, il a dansé pour l’occasion. Il a été célébré par ses alliés dont notamment la secrétaire générale adjointe de l’ANC, Jessie Duarte, qui a déclaré que Zuma était resté digne face à des années d’abus. Mme Duarte était le seul membre de la plus haute instance de l’ANC – le top six – à avoir assisté à son anniversaire. S’adressant au rassemblement à Zulu, Zuma a affirmé avoir été trahi par des camarades, exhortant l’ANC à rester unifié. Et Zuma d’ajouter : « J’ai vu des héros aller et venir. J’ai vu des héros se transformer en mauviettes et en ennemis dans ma vie politique. J’ai vu des camarades qui poignardent dans le dos avec une lance. Mais ils ne savent pas que nous sommes habitués à être traités de tous les noms. Nous n’allons pas stresser pour autant ».

Le discours a eu lieu quelques jours après la nomination du nouveau ministre des Finances, Malusi Gigaba, qui tente depuis de calmer les investisseurs nerveux et inquiets alors que les fidèles du parti ont attaqué les ainés de l’ANC pour avoir critiqué publiquement le remaniement du Cabinet en les traitant d’indisciplinés. Les alliés du président au sein de la ligue de jeunesse de l’ANC ont également mis en garde les chefs du parti contre toute critique de leur leader.

Mais les partis de l’opposition disent être encouragés par la colère publique envers un Zuma entaché de scandales. La fureur a éclaté, en fait, depuis qu’il a évincé le ministre des Finances respecté Pravin Gordhan et huit autres ministres dans un remaniement controversé de minuit. La décision du président a plongé la monnaie de 10% et a obligé les agences de notation S & P Global Ratings et Fitch à réduire la cote de crédit sud-africaine au statut de « junk ». Elles furent ainsi les premières agences de notation à déclasser le statut de l’Afrique du Sud depuis deux décennies.

Si les groupes anti-Zuma restent unis et arrivent à créer une continuité de cette dynamique dans les jours qui précèdent la motion de défiance, cela pourrait avoir un impact important sur l’avenir du président. Zuma, ancien chef du renseignement de l’ANC, est habitué aux scandales. Il a survécu à des controverses dont une décision selon laquelle il a violé la constitution en refusant de rembourser les fonds publics utilisés pour renouveler sa résidence privée et des allégations selon lesquelles il a autorisé une famille fortunée proche de lui à nommer des ministres dans son gouvernement. Des accusations qu’il n’a cessé de nier. Les économistes ont averti que l’Afrique du Sud devrait faire face à une période de volatilité politique prolongée et à une faible croissance économique jusqu’à ce que l’ANC se réunisse en décembre pour choisir le successeur de Zuma.

« Une chose est certaine : ce n’est pas un choc normal », prévient Peter Attard Montalto, économiste chez Nomura. « C’est une situation épineuse qui aura des conséquences profondes ».

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