Le Royaume-Uni étudie une alternative à Galileo

A l’approche du Brexit, le Royaume-Uni étudie la création d’un système de navigation par satellites indépendant pour se prémunir contre une éventuelle exclusion du programme spatial européen Galileo.

Par Robert Wall

Le gouvernement de Theresa May a annoncé la semaine dernière son intention d’investir dans la création d’un système de navigation par satellites indépendant, rival de Galileo, pour se prémunir contre une éventuelle exclusion du Royaume-Uni d’un projet similaire européen en raison du Brexit.

Cette démarche représente l’un des premiers investissements financiers concrets que le gouvernement britannique serait amené à effectuer au cas où les négociations interminables avec Bruxelles ne parviendraient pas à combler les divergences sur la décision britannique de quitter l’UE en mars prochain.

La Grande-Bretagne est considérée comme un membre important du réseau satellitaire paneuropéen Galileo, de type GPS, depuis sa conception, il y a près de deux décennies. L’Europe s’est lancée dans le système Galileo pour devenir moins dépendante du système de positionnement global du Pentagone. Le GPS, ou le système de positionnement global) est utilisé pour fournir aux usagers des services de géo-localisation, de navigation et de références précises pour des dispositifs allant des téléphones portables aux armes américaines. Ce système diffuse également des signaux permettant des horodatages précis devenus l’épine dorsale des transactions commerciales mondiales.

Le système concurrent européen, Galileo, a été mis en service il y a près de deux ans, avec 14 satellites en orbite et 16 autres prévus dans les années à venir. Mais la future implication de la Grande-Bretagne dans le projet Galileo est mise en doute.

Bien que le signal public Galileo soit librement disponible, seuls les membres de l’UE ont accès à un service crypté, plus sécurisé, destiné à un usage gouvernemental. Londres est sur le point de perdre cet accès à moins qu’un accord avec l’UE ne soit conclu pour maintenir le statu quo. Les entreprises britanniques pourraient également se voir retirer le droit de soumissionner pour les futurs contrats liés à Galileo.

Le gouvernement britannique a indiqué qu’il souhaitait continuer à faire partie de Galileo. Mais face à la perspective d’un No-deal avec l’UE sur le maintien de la pleine adhésion à Galileo, Londres a annoncé mardi son intention de dépenser 92 millions de livres sterling ( 119 millions de dollars) pour lancer une option alternative à Galileo. Les fonds proviendront du budget de 3 milliards de livres que le gouvernement britannique avait mis de côté pour se préparer au Brexit, précise le gouvernement de Theresa May.

Les forces armées britanniques peuvent déjà capter le signal GPS américain. Mais les responsables militaires britanniques ont indiqué la nécessité d’avoir accès à un deuxième système pour plus de précision et aussi pour une meilleure protection contre les adversaires qui tentent de perturber le GPS. La Russie et la Chine ont démontré des systèmes de brouillage GPS lors des exercices militaires.

« Nous ne devons pas perdre du temps à faire cavalier seul si nous avons besoin d’un système satellite indépendant pour lutter contre ces menaces émergentes », a mis en garde le Secrétaire britannique à la Défense, Gavin Williamson, dans un communiqué.

Le gouvernement britannique n’a toutefois pas précisé la forme que prendrait ce système indépendant. Le déploiement d’une importante constellation d’engins spatiaux comme le GPS ou Galileo pourrait coûter des milliards, alors que le budget de la défense britannique est déjà serré.

Les responsables du secteur spatial ont souligné que les options envisagées vont de la construction de satellites dédiés à ce projet, à la mise en place des charges utiles sur d’autres engins spatiaux afin de réduire les coûts, en passant par l’utilisation des drones de haut vol appelés pseudo-satellites. Selon le gouvernement britannique, l’étude en cours de lancement, qui prendra environ 18 mois, devrait définir la marche à suivre pour ce projet.

Le nouveau système est censé fournir un signal sécurisé aussi bien militaire que civil, selon l’agence spatiale britannique, qui mènera l’étude avec l’appui du ministère de la défense britannique. Et l’Agence d’ajouter que le nouveau système serait compatible avec la constellation GPS américaine.

Les entreprises ont, de leur côté, déjà déclaré être prêtes à collaborer avec le gouvernement du Royaume-Uni. D’ailleurs, Colin Paynter, le directeur général de la division espace & défense chez Airbus SE au Royaume-Uni, a déclaré mardi que la compagnie avait salué la décision du gouvernement britannique.

Mais ceci dit, le gouvernement britannique a également déclaré mardi qu’il souhaitait continuer à faire partie du projet Galileo.

laissez un commentaire