Les dirigeants européens veulent protéger les emplois chez GM-Peugeot

Si elle se réalisait, la transaction entre General Motors et Peugeot déboucherait sur la création du deuxième plus grand constructeur automobile en Europe.

Par William Boston à Berlin et Jenny Gross à Londres

Les politiques et les dirigeants syndicaux européens ont pris récemment des mesures pour protéger les emplois. Et ce, après l’annonce surprise de la semaine dernière selon laquelle General Motors était en pourparlers avancés pour vendre ses deux marques européennes : l’allemande Opel et la britannique Vauxhall au constructeur automobile français Peugeot. La transaction, si elle se réalisait créerait le deuxième plus grand constructeur automobile en Europe par les ventes, et ferait franchir un grand cap à Peugeot. Le constructeur automobile français a récemment entrepris un vaste programme de restructuration et de redressement.
Les gouvernements et les syndicats français, allemands et britanniques craignent que ce rapprochement occasionne des pertes d’emplois et des réductions de coûts après l’acquisition des deux filiales déficitaires Opel et Vauxhall. Le gouvernement de la chancelière allemande Angela Merkel a formé, il y a deux semaines, un comité spécial pour examiner tout accord dans ce contexte. « Nous ferons de notre mieux sur le plan politique pour protéger les emplois et les usines en Allemagne », a assuré Merkel récemment. Quant à la ministre allemande de l’Economie Brigitte Zypries, elle prévoit de rencontrer jeudi son homologue français à Paris.
Le puissant syndicat allemand IG Metall, qui siège aux conseils d’administration des plus grandes entreprises manufacturières du pays, a promis de s’engager dans des « discussions constructives » avec Peugeot en cas de son acquisition d’Opel et Vauxhall. L’accord pourrait accroître la sécurité de l’emploi en transformant Peugeot Citroën, Opel et Vauxhall en un seul groupe qui sera hissé à la deuxième place derrière Volkswagen AG en Europe, a indiqué dernièrement le syndicat allemand.
« En principe, cette opération de PSA est très sensible », écrit sur Twitter le patron d’Opel, Karl-Thomas Neumann. Et ce dernier d’ajouter : « Nous déployons tous les efforts possibles pour contribuer à la réussite d’Opel de manière durable ».
En 2009, GM a accepté de vendre Opel au canadien Magna International. Mais il a fini par annuler l’offre. Le constructeur automobile américain a fermé des usines tout en essayant d’aider Opel à renouer avec la rentabilité. IG Metall a accepté la fermeture d’une usine en échange de garanties sur les emplois, les salaires et les investissements dans les usines restantes d’Opel.
« Nous comptons beaucoup sur le maintien de la validité de tous les accords salariaux dans le cas d’une acquisition », soutient le directeur régional d’IG Metall, Jörg Köhlinger. Et ce dernier d’ajouter : « Tous les employés ont besoin de cette sécurité. »
Peugeot n’a pas communiqué de détails sur ses plans pour Opel et Vauxhall. Mais les analystes estiment que le constructeur automobile français procéderait à des réductions de coûts en éliminant les opérations redondantes. « Une combinaison serait raisonnable sur le plan stratégique. Elle pourrait dégager des synergies considérables et améliorer la position concurrentielle de Peugeot sur le marché européen », a souligné Moody Investors Service.
Du côté du Royaume-Uni, les craintes sont exacerbées devant l’éventualité de voir les usines de Vauxhall sacrifiées par Peugeot afin de protéger les employés allemands et français d’Opel. Dans la foulée du Brexit, voté en juin, beaucoup d’industriels britanniques se demandent s’ils ne feraient pas mieux de quitter le pays de toute façon. « Ma priorité immédiate est de comprendre où en est Peugeot dans ce processus actuellement. C’est la raison pour laquelle j’essaye de contacter le PDG de la compagnie, Carlos Tavares, pour demander des discussions urgentes », indique Leon McCluskey. Le secrétaire d’Etat à l’industrie britannique Greg Clark, qui cherche à préserver les emplois, a déclaré que les dirigeants de Peugeot lui avaient signifié récemment qu’ils valorisaient la puissance de la marque Vauxhall. « Alors que les discussions sont toujours en cours, ils m’ont clairement indiqué que, dans tout accord, ce sont des points forts sur lesquels ils voudraient s’appuyer », ajoute Clark. Le porte-parole de Peugeot s’est refusé à tout commentaire sur les réunions avec Clark. Les pourparlers sur l’avenir de Vauxhall surviennent à un moment délicat pour le gouvernement britannique qui devrait annoncer officiellement sa sortie de l’Union européenne en mars.
Le Premier ministre britannique Theresa May a déclaré en janvier que le Royaume-Uni avait l’intention de quitter le marché unique européen. Mais on ne sait pas ce que cela signifierait pour l’industrie automobile britannique qui dépend lourdement du commerce avec l’Europe et fournit des milliers d’emplois manufacturiers. Dans le sillage du référendum, les constructeurs automobiles mondiaux ont suggéré de réévaluer les investissements au Royaume-Uni, sur fond de préoccupations concernant les droits de douanes, les fluctuations des devises et la baisse des ventes.
Si aucun accord commercial n’est conclu entre la Grande-Bretagne et l’UE, les fabricants pourraient être pénalisés par l’imposition des tarifs douaniers de 10% que le bloc perçoit sur les voitures importées. L’augmentation des coûts pour les constructeurs automobiles pourraient également entraîner des pertes d’emplois.

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