L’étrange premier échange entre Mattis et Bolton

En recevant le nouveau conseiller à la sécurité, John Bolton, le Secrétaire à la défense le salue en lui lançant : «J’ai entendu dire que vous êtes le diable incarné» . Par Nancy Youssef

Le Secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, a accueilli le nouveau conseiller à la sécurité nationale John Bolton sur les marches du Pentagone, jeudi dernier, en lui a disant en plaisantant qu’il avait entendu dire que M. Bolton était le «diable incarné» .  «Et je voulais te rencontrer» , poursuivit M. Mattis pendant que les deux hommes entraient dans le bâtiment. Une remarque qui lui a valu un petit rire de la part de M. Bolton.

C’était un début peu commun pour deux hommes, étranger l’un à l’autre, et qui représenteront le noyau de la stratégie américaine à la veille d’une éventuelle série de négociations avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, sur l’accord nucléaire iranien et la poursuite de la guerre contre l’État islamique.

Alors que M. Mattis s’entretenait avec M. Bolton, le président Donald Trump a suggéré à une foule de la banlieue de Cleveland que les États-Unis allaient retirer plus de 2.000 soldats de la Syrie. Les forces militaires ont collaboré avec les combattants locaux pour vaincre l’État islamique, qui reste coincé dans l’est de ce pays.

«Nous allons nous retirer de la Syrie, très bientôt» , a déclaré M. Trump. «Laissons les autres s’en occuper maintenant» .

M. Mattis est l’un des derniers membres de l’équipe de sécurité nationale originale de M. Trump, alors que M. Bolton est un vétéran de Washington depuis plusieurs décennies. Il a plaidé pour l’invasion américaine de l’Irak en 2003, ce que M. Trump avait critiqué à l’époque. La semaine dernière, le président a annoncé que M. Bolton remplacerait le lieutenant-général de l’Armée de terre, le général McMaster, devenant ainsi le troisième conseiller en sécurité nationale en 14 mois.

MM. Bolton et Mattis sont en désaccord sur des questions clés concernant la sécurité nationale. M. Bolton a affirmé son soutien aux frappes préventives contre la Corée du Nord et en Iran, tandis que le Secrétaire à la défense soutient qu’une guerre avec la Corée du Nord serait «tragique à une échelle incroyable» . Il est également en faveur du maintien de l’accord iranien que les Etats-Unis ont convenu avec ce pays et cinq autres puissances mondiales.

Le Pentagone a déclaré que le but de la réunion des deux hommes était d’établir un «partenariat productif» sans donner de détails sur le contenu de leurs discussions.

M. Bolton a passé près de deux heures au Pentagone. Il a d’abord rencontré M. Mattis, puis le Général Joseph Dunford, le chef d’état-major des armées des Etats-Unis.

Deux jours plus tôt, M. Mattis a estimé non fondée l’inquiétude suscitée par une éventuelle mésentente avec M. Bolton.

«J’espère qu’on aura des visions différentes du monde. C’est tout à fait normal, sauf si on veut favoriser la pensée de groupe» , lance M. Mattis avant de poursuivre, «Nous allons nous asseoir ensemble. Je me réjouis à l’idée de travailler avec lui».

Avant l’arrivée de M. Bolton, M. Mattis s’est entretenu avec Mike Pompeo, le directeur de la CIA, désigné au poste de Secrétaire d’État, le procureur général Jeff Sessions ainsi que le sénateur Lindsey Graham (R., S.C.). Le Pentagone a indiqué que le quatuor s’est réuni pour traiter de questions de routine, tout en admettant qu’ils n’ont pas l’habitude de se rencontrer. Selon un responsable de la défense américaine, la prison américaine de Guantanamo a fait partie des sujets débattus.

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