L’Inde veut accéder à la messagerie cryptée de WhatsApp

L’Inde tente à nouveau de contraindre les géants mondiaux de la technologie.

Par Newley Purnell

WhatsApp, filiale de facbook, subit des pressions en Inde pour laisser les autorités retracer et lire les messages cryptés de ses plus de 200 millions d’utilisateurs indiens. Et ce, dans le cadre d’une nouvelle tentative visant à contraindre les géants de la high tech.

L’organisme indien des télécommunications a demandé un feed-back sur les nouvelles règles qui -au nom de la sécurité nationale- pourraient obliger les services OTT (service-over-the top) tels que WhatsApp, qui utilisent l’infrastructure des opérateurs mobiles, à permettre au gouvernement d’accéder aux messages des utilisateurs.

Dans le même temps, le ministère indien des technologies de l’information a proposé de nouvelles directives intermédiaires qui obligeraient WhatsApp et d’autres services à localiser les messages et à supprimer les contenus indésirables en moins de 24 heures.

WhatsApp, qui compte plus d’utilisateurs en Inde que dans n’importe quel autre pays, a

«repoussé les tentatives du gouvernement d’interdire ou d’affaiblir le cryptage de bout en bout et continuera de le faire», selon une source proche de la pensée de l’entreprise.

Le public ainsi que les entreprises du secteur de la haute technologie ont jusqu’à la fin du mois pour réagir aux règles proposées.

Selon des analystes, l’autorité de régulation des télécoms indienne soumettra ses recommandations concernant les nouvelles règlementations au Département des télécommunications pour un examen plus approfondi, bien qu’elle ne soit pas obligée de suivre les suggestions. Le ministère de la Technologie de l’Information pourrait choisir de mettre en œuvre et d’appliquer les nouvelles règles dès le mois prochain, ajoutent les analystes.

Les entreprises technologiques font valoir qu’elles sont obligées de protéger la vie privée de leurs clients et que les demandes des enquêteurs seraient impossibles à satisfaire. Selon elles, la protection des plateformes de communication, qui est essentielle pour la liberté d’expression, a permis à l’internet mondial de prospérer en promouvant le commerce et les communications.

«C’est WhatsApp qui est visé par cette approche», a souligné Neha Dharia, directrice stratégie au cabinet Londonien de recherche et de conseil DMMI, à propos des mesures prises par le gouvernement. «Il s’agit du plus grand service de messagerie dans le pays, qui est de surcroît en pleine croissance».

WhatsApp, que Facebook a acquis en 2014 pour 22 milliards de dollars, redouble d’efforts pour générer des revenus. C’est en Inde que l’entreprise a présenté sa première fonction de paiement par téléphone mobile, qu’elle espère déployer au-delà de la phase test.

Des légions d’Indiens ont afflué au service de WhatsApp parce qu’il permet une messagerie facile sur smartphone sans processus d’inscription compliqué. Sa popularité l’a clairement mis dans la mire des régulateurs et des critiques qui affirment qu’il est utilisé pour répandre des rumeurs susceptibles de déclencher la violence. Rappelons que plus de 20 personnes ont été tuées l’an dernier à la suite de rumeurs transmises par WhatsApp.

En réponse, l’entreprise a introduit des restrictions sur le nombre de groupes auxquels les messages peuvent être transférés. L’usage d’Internet en Inde a explosé au cours des deux dernières années en raison de la chute des tarifs. Amazon.com Inc. a investi 5 milliards de dollars pour étendre ses activités dans le pays. Quant au géant américain WalmartInc., il s’est offert la plus grande entreprise de commerce électronique indienne pour 16 milliards de dollars.

Les responsables politiques indiens cherchent toutefois les moyens de minimiser l’influence des géants mondiaux de la technologie, en examinant les méthodes que la Chine a utilisées pour protéger les startups nationales et prendre le contrôle des données des citoyens. Le mois dernier, New Delhi a renforcé les restrictions imposées à l’encontre des entreprises de commerce électronique étrangères opérant dans le pays.

Les directives intermédiaires du ministère indien de la technologie de l’information pourraient également affecter Facebook Inc. et Twitter Inc. Selon les analystes, si elles étaient appliquées, les entreprises technologiques devraient surveiller de plus près les contenus afin de répondre plus rapidement aux demandes des gouvernements.

Le porte-parole de l’Internet and Mobile Association of India, a indiqué que l’association consultait actuellement ses membres.

Quant à la porte-parole de Facebook, elle s’est abstenue de tout commentaire à ce sujet. Celle de Twitter a par contre déclaré que l’entreprise espérait «poursuivre son engagement» avec le gouvernement indien.

«Nous espérons qu’après ce processus de consultation publique robuste, toute modification des directives intermédiaires en Inde établisse un juste équilibre qui protègerait les valeurs importantes telles que la liberté d’expression», précise la porte-parole.

Le Congrès américain a rejeté la demande du Federal Bureau of Investigation (FBI) et du Département américain de la Justice d’obliger les entreprises technologiques à créer une porte dérobée permettant de contourner le cryptage des dispositifs. Par ailleurs, l’Australie a adopté de nouvelles lois très strictes sur le cryptage le mois dernier, donnant à la police l’accès aux données.

Au Vietnam, une nouvelle loi sur la cyber-sécurité, entrée en vigueur cette année, oblige les sociétés d’Internet à se conformer rapidement aux exigences du gouvernement visant à supprimer les contenus qui ne lui plaisent pas.

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