Politique iranienne, pomme de discorde avec l’Europe

L’administration Trump cherche à isoler Téhéran alors que les pays européens croient en la modération de la position iranienne après la réélection de Rouhani. Par Jay Solomon

La réélection du président iranien HassanRouhani risque de faire entrer l’administration Trump en conflit avec l’Europe en raison de sa politique futureenvers Téhéran. -Les responsables européens ont salué la nouvelle de la victoire de Rouhani qui annonce une voie plus modérée pour l’Iran au cours des quatre prochaines années. Mais le président Donald Trump, s’adressant aux dirigeants musulmans en Arabie saoudite, a tenté de mobiliser la communauté internationale pour une nouvelle campagne visant à repousser l’influence de l’Iran du Moyen-Orient.
En effet, Trump a signalé un durcissement significatif de la position américaine envers l’Iran, suggérant que seule l’élimination de son leadership théocratique pourrait stabiliser la région.
« Jusqu’à ce que le régime iranien soit disposé à être un partenaire pour la paix, tous les pays consciencieux doivent œuvrer ensemble pour isoler l’Iran… et prier pour le jour où les Iraniens auront le gouvernement juste qu’ils méritent », a déclaré Trump.Rouhani, clerc islamique pragmatique et modéré, vient de rempiler pour un deuxième
mandat suite à une plate-forme électorale visant à promouvoir un Iran plus ouvert à l’Occident et disposé à adopter des changements politiques et économiques.
Plusieurs gouvernements européens espèrent que le président iranien exploitera ses quatre prochaines années pour modérer les politiques de Téhéran outre-mer, en particulier pour ce qui est de son soutien aux milices chiites qui se battent en Syrie, en Irak et au Yémen. Cependant, parmi l’équipe du président américain, il n’y en a pas beaucoup qui croient que Rouhani pourra apporter un changement sérieux dans un système politique dominé par la ligne dure du leader suprême Ayatollah Ali Khamenei et son unité militaire d’élite, le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC).Ils soutiennent que l’agressivité régionale de l’Iran s’est intensifiée au cours des quatre dernières années, en dépit de la politique plus, pragmatique de Rouhani et de l’accord nucléaire historique , appelé le Plan d’action global commun, ou JCPOA, forgé entre les puissances  mondiales et l’Iran en 2015. Ils pointent du doigt Khamenei et l’IRGC à l’origine de ces agressions.
Les responsables de l’administration de Trump s’inquiètent en privé de la réélection de Rouhani qui pourrait aider à protéger les factions de la ligne dure de l’Iran contre la pression financière et militaire accrue que les États-Unis cherchent à exercer.
En revanche, les dirigeants européens ont applaudi sa victoire ce week-end et ont défini une politique contre l’Iran diamétralement opposée à celle de Trump.
« L’UE est prête à continuer d’œuvrer pour la mise en œuvre complète du JCPOA, d’un engagement bilatéral, de la paix régionale et pour répondre aux attentes de toutes les populations en Iran », a tweeté, samedi dernier, Federica Mogherini, la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères.
L’administration Trump procède actuellement à un examen inter-organisme de sa politique générale envers l’Iran pour décider du maintien ou non du soutien américain pour l’accord nucléaire.
L’équipe de Trump a indiqué que l’examen explore également les moyens de soutenir et de promouvoir la démocratie en Iran et de contrecarrer plus efficacement la capacité de Téhéran à armer ses belligérants dans la région du Moyen-Orient.
L’administration a prolongé, mercredi dernier, le deal nucléaire en accordant des dérogations aux entreprises et aux pays qui effectuent des transactions pétrolières avec l’Iran. Mais la Maison Blanche a également imposé de nouvelles sanctions financières à l’encontre des entreprises iraniennes et chinoises impliquées dans le développement du programme iranien des missiles balistiques.
« Cet [octroi de dérogations] ne devrait pas être considéré comme un blanc-seing pour l’Iran a déclaré un haut responsable de l’administration, soulignant qu’une décision finale sur le deal nucléaire n’a pas été encore prise.
La ligne dure de Trump sur l’Iran a divisé les alliés traditionnels des USA ainsi que ses adversaires. Les États arabes et Israël ont pris note du durcissement de la position du leader américain envers l’Iran.
L’annonce faite, samedi dernier, par les ÉtatsUnis concernant la vente d’armes pour plus de 100 milliards de dollars à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis est largement considérée comme un effort visant à contester l’arsenal militaire un effort visant à contester l’arsenal militaire croissant de l’Iran et son soutien aux belligérants actifs dans les principaux pays arabes.
Trump a déjà accru le soutien militaire aux opérations militaires saoudiennes et émiraties au Yémen, qui dressent leurs forces militaires contre la milice Houthi soutenue par l’Iran. Son administration a également attaqué deux fois les forces du président syrien Bashar  al-Assad, l’allié proche de l’Iran. Un acte qui a été évité par l’administration Obama.
« Si l’Iran veut être un pays normal et veut que les autres le traitent comme tel, il doit agir en phase avec le droit international, les valeurs et la morale du système international »,   a déclaré samedi le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, en réponse à la victoire de Rouhani  « Mais ce n’est pas l’Iran qu’il nous est donné à voir. »L’UE, la Chine et la Russie, principaux acteurs des négociations nucléaires, ont signifié à l’administration Trump qu’ils ne soutiendraient aucun effort américain pour renégocier ou abroger l’accord nucléaire.  Le durcissement de la position de Trump envers l’Iran ravive également le débat politique national qui a éclaté suite à l’accord nucléaire en 2015.
Au cours des dernières semaines, des démocrates et d’anciens responsables de l’administration Obama se sont mobilisés contre les efforts de l’administration Trump pour faire marche arrière concernant cet accord. Ils sont particulièrement préoccupés par les nouvelles mesures de sanctions qui sont en cours de rédaction au Congrès. Cette nouvelle loi « pourrait provoquer une réaction déplorable en Iran et chez nos alliés », a mis en garde Adam Szubin, ancien responsable du département du Trésor Malgré ce durcissement de position, les membres du cabinet de Trump n’excluent pas la possibilité de s’engager dans des discussions de haut niveau avec l’Iran sur le deal nucléaire et sur d’autres questions stratégiques. Le secrétaire d’État Rex Tillerson a suggéré dans le passé qu’il pourrait essayer de durcir les termes de l’accord historique.
« Je n’ai jamais fermé le téléphone à qui voudrait me parler ou avoir une conversation productive », a rétorqué Tillerson à Riyad samedi.
« À ce stade, je n’ai pas l’intention d’appeler mon homologue iranien, même si, selon toute probabilité, nous discuterons au bon moment »

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