Un climat difficile pour les affaires, malgré les appels du pied des Américains

Le gouvernement saoudien change progressivement son comportement envers les investisseurs étrangers.Par Margherita Stancati à Riyad et Nicolas Parasie à Dubai

L es États-Unis et l’Arabie saoudite ont annoncé des investissements potentiels et des contrats à hauteur de 400milliards de dollars lors de la visite du président Donald Trump à Riyad,-en faisant passer collectivement le message que le royaume était ouvert aux entreprises.
C’était la partie la plus facile. L’Arabie saoudite reste, toutefois, une destination difficile pour les entreprises étrangères, selon les observateurs.Les difficultés vont de l’absence de législation en matière de faillite à une culture de relations personnelles dans les affaires. Les décisions gouvernementales sont parfois brusquement inversées. Et il y a également un manque de clarté sur les questions juridiques, en raison de la coexistence du droit civil et du droit islamique de la charia.En dépit de quelques changements positifs,« le système actuel reste périlleux pour les investisseurs étrangers », a souligné Christopher Johnson, avocat basé à Riyad, qui est également vice-président de l’American Business Group of Riyadh, un organisme qui promeut les intérêts commerciaux américains dans le royaume.Certains responsables reconnaissent que les changements nécessiteront du temps et de la patience. « Le gouvernement saoudien n’est pas très efficace », constate un conseiller économique à la cour royale. « C’est un domaine dans lequel nous ne sommes pas très forts ».Cependant, bon nombre de multinationales ne sont pas pour autant dissuadées.Les États-Unis et l’Arabie saoudite ont annoncé au cours du week-end dernier une série d’accords d’une valeur de plusieurs milliards de dollars dans des secteurs tels que l’énergie, la technologie et la santé. Parmi ces deals, un partenariat entre General ElectricCo., le ministère saoudien du pétrole et un programme gouvernemental pour les coentreprises. L’accord, d’une valeur de 12 milliards de dollars, porte sur la production d’électricité,la technologie de numérisation, le pétrole et le gaz.L’envergure des accords est en phase avec la volonté de l’Arabie saoudite de développer de nouvelles industries dans le pays. C’est l’objectif central du gouvernement de réduire la dépendance envers le pétrole. Selon le ministre saoudien de l’énergie, Khalid al-Falih, « ce changement exige le renforcement de notre base industrielle ».Mais, suite à la chute des prix du pétrole,

l’environnement commercial est devenu plus difficile. Le gouvernement saoudien a cessé de payer des géants de la construction, tels que le groupe saoudien Binladin, ce qui a entraîné des dizaines de milliers de licenciements de cols
bleus essentiellement asiatiques, mais aussi des ingénieurs et des chefs de projet occidentaux.
De nombreuses banques internationales se positionnent pour tirer parti de la libéralisation économique de l’Arabie saoudite, y compris l’introduction en bourse de la plus grande compagnie pétrolière du monde, Saudi ArabianOil Co. ou Saudi Aramco, qui pourrait rapporter jusqu’à 100 milliards de dollars au gouvernement saoudien.Mais de nombreux prêteurs internationaux ont lutté pour s’adapter au pays. BNP Paribas SA et Standard Chartered PLC ont

prêté à Ahmad Hamad Algosaibi & Brothers,un conglomérat saoudien en difficulté qui a renoncé à s’acquitter de ses obligations il y a près de huit ans, obligeant ses créanciers à procéder à une restructuration à hauteur de 6 milliards de dollars. Une opération qui n’a toujours pas été entièrement terminée.L’année dernière, l’autorité des marchés inanciers a interdit à l’unité locale de Deloitte & Touche srl de fournir des services comptables au sein du royaume pendant deux ans en raison de sa collaboration avec une entreprise contractante locale qui aurait violé la réglementation du marché. Deloitte a déclaré qu’elle était déçue. Mais elle a respecté la décision de l’autorité des marchés financiers.Dans l’indice Doing Business de la Banque mondiale, l’Arabie saoudite est classée 94e sur 190 économies. En ce qui concerne le démarrage d’une entreprise, l’Arabie saoudite est classée 147, à la traîne par rapport à ses voisins du Golfe tels que les Émirats arabes unis et même l’Iran.
Le royaume a réitéré sa détermination à améliorer rapidement l’environnement des affaires. Le gouvernement a récemment créé de nouveaux centres d’arbitrage pour régler les différends commerciaux et travaille sur une nouvelle loi des marchés publics pour les agences gouvernementales ainsi qu’une loi sur l’insolvabilité, selon l’agence d’investissement du royaume.Le royaume a également introduit une loi commerciale, l’année dernière, qui comprend des mesures visant à mieux protéger les actionnaires minoritaires. Et les responsables se sont engagés à intégrer les organes gouvernementaux dans l’ère numérique permettant la gestion des transactions commerciales en ligne.« Les autorités commencent à faire de bons progrès dans l’identification et la réduction des obstacles à la croissance du secteur privé », a déclaré Tim Callen, chef de mission du Fonds monétaire international pour l’Arabie saoudite.« Ces efforts devraient se poursuivre »

 

 

 

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