Une agence onusienne « dislikes » Facebook pour une vidéo effroyable

L’Organisation internationale pour les migrations en veut au réseau social pour la publication d’une vidéo de torture de migrants, qui aurait dû être supprimée en juin dernier.
Facebook Inc. (FB -0,85%) se retrouve de nouveau dans de mauvais draps pour son inaction suite à une vidéo diffusée sur sa plateforme affichant des migrants torturés. Cette fois-ci, le réseau social s’attire les foudres d’une agence des Nations Unies.
L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a, en effet, blâmé le réseau social pour avoir permis la diffusion de ce qui a été qualifié de vidéo « effroyable » contenant des scènes de torture des migrants par un réseau de passeurs libyens. La grande majorité de ces migrants terrifiés sont somaliens et éthiopiens. La vidéo montre l’un d’eux couché sur le ventre avec un bloc en béton sur le dos ainsi que les visages d’autres sans leur consentement. Ces victimes peuvent être facilement identifiées. Les trafiquants auraient ensuite envoyé des extraits vidéo aux familles des migrants sur WhatsApp, le service de messagerie instantanée, propriété de Facebook, selon Leonard Doyle, porte-parole de l’OIM. Ce dernier a déclaré que la vidéo a été diffusée depuis juin sur la plateforme FB. Son organisation a diffusé un communiqué de presse dénonçant sa publication. Et Doyle d’ajouter que cette action aurait dû inciter Facebook à retirer la vidéo.
« Pour quels motifs vous vous êtes permis d’afficher ces personnes défavorisées et vulnérables ? », a-t-il questionné dans une interview, ajoutant qu’il était très rare que l’agence onusienne critique explicitement Facebook. Les responsables du réseau social américain ont ensuite contacté son agence pour discuter de la question après la publication d’une enquête sur la vidéo par le média londonien Times.
Facebook a justifié le maintien de la vidéo sur sa plateforme en raison de sa provenance : celle-ci a été mise en ligne par un journaliste somalien. La compagnie américaine a donc jugé nécessaire de la diffuser pour que le réseau social « reste un endroit où ses plus de deux milliards d’utilisateurs mensuels peuvent être sensibilisés sur les violations des droits de l’Homme dans le monde entier ». La société a déclaré qu’une partie de son rôle est d’être un lieu où ses plus de 2 milliards d’utilisateurs mensuels peuvent être sensibilisés à des problèmes importants.
« Cette vidéo spécifique a été publiée pour condamner la contrebande et sensibiliser le public à la question, de sorte que nous ne considérons pas cela comme une violation de
nos politiques », estime auprès du Wall Street Journal un porte-parole de Facebook. « Nous nous rendons compte que la vidéo est gênante, nous avons donc ajouté un écran d’avertissement et la distribution de la vidéo sera limitée aux personnes âgées de 18 ans et plus ».
Cet incident serait le dernier d’une série de publication de vidéos sur la plateforme Facebook utilisés pour faire connaitre et promouvoir la violence. Il relance également les questions sur le traitement des vidéos sensibles par Facebook.
D’ailleurs, au début de l’année, le réseau social US a été largement critiqué par les utilisateurs et les groupes de défense des droits civils pour avoir diffusé des vidéos violentes sur sa plate-forme dont notamment celle montrant un homme à Cleveland en train de commettre un meurtre, ou celle où un Thaïlandais assassinait sa fille en direct.
Doyle a souligné que Facebook était trop lent dans la suppression des pages gérées par des trafiquants qui cherchent à atteindre des personnes « vulnérables » en Somalie et en Éthiopie, à la recherche d’un passage vers l’Europe. Il a en outre indiqué que ce réseau social devrait agir plus rapidement et être plus proactif dans l’identification d’utilisateurs qui profitent du réseau social dans le seul but d’exploiter des individus vulnérables. « Maintenant que vous avez atteint toutes ces populations, vous avez la responsabilité de leur faire savoir que tous ceux qu’ils rencontrent sur Facebook ne sont pas forcément leurs amis », met en garde Doyle.
« Offrir des services pour participer, soutenir ou promouvoir des trafiquants sur Facebook est contraire aux normes de notre communauté », a déclaré le porte-parole de Facebook dans un e-mail.
Les modérateurs de contenu disent qu’il est difficile pour les entreprises technologiques de respecter leurs normes en raison de la quantité du contenu posté en ligne tous les jours et du nombre relativement modeste d’évaluateurs de contenu au sein de l’entreprise. De ce fait, l’entreprise de Mark Zuckenberg a annoncé en mai dernier le recrutement de 3.000 modérateurs.
Doyle, faisant écho à d’autres critiques, a déclaré que Facebook avait une « responsabilité absolue » d’avoir les ressources nécessaires pour pouvoir traiter un large éventail de questions sensibles soulevées à travers sa plateforme.

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