CAN 2019 – Exclusif – Fayçal Fajr : « Je suis désolé »

Au centre d’une tempête médiatique en plein cœur de la CAN 2019, le joueur de la sélection nationale Fayçal Fajr a, durant un mois, gardé le silence. « Pour le bien de la sélection », avait-il expliqué sur les réseaux sociaux. Pour sa première sortie médiatique après la débâcle des Lion de l’Atlas en Egypte, il a accepté de s’exprimer à travers lobservateur.info et kifache.com. L’affaire Hamdallah, l’élimination précoce du Maroc, l’avenir de la sélection nationale, son propre avenir, la problématique des joueurs locaux… Nous avons fait le tour des questions qui taraudent l’esprit de millions de Marocains. 

Interview réalisée par Hamza Makraoui et Mohamed Moubarik

Lobservateur.info : Quelle sont selon-vous les raisons de l’élimination de la sélection dès les huitièmes de finale ? 

Fayçal Fajr : C’est difficile d’avancer des explications. C’est pénible d’en reparler et de revenir dessus, surtout que l’on avait tout pour gagner. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Je le dis et le reconnait, c’est inadmissible ! surtout que nous avons fini premier de notre groupe avec la difficulté de celui-ci, et qu’on était les favoris… Puis se faire éliminer en huitièmes par le Bénin, et là  je ne néglige en aucun cas la force de cette sélection, mais Il faut avouer qu’on a peut-être fait preuve de suffisance, qu’on s’est dit que le match était déjà gagné. On pensait déjà au match du quart de finale face au Sénégal.

Voilà, il y a eu une équipe qui a été mise en place. On a eu des opportunités pour gagner ce match. Malheureusement, on n’a pas eu la chance de notre côté, comme on a pu l’avoir lors des précédents matchs. Et quand il y a de la suffisance dans le football, c’est simple, tu perds. 

Avec les changements qui s’annoncent au sein de la sélection et le départ probable d’Hervé Renard, comment voyez-vous l’avenir de la sélection nationale ? 

Le Maroc est un pays qui respire le football, je le répète et je l’ai toujours répété. Après, c’est vrai que ça fait de nombreuses années que le Maroc n’a pas gagné un titre, mais la sélection voudra toujours aller de l’avant. Je vois donc un futur positif, mais bien sûr les paroles ne suffisent pas. A un moment donné, il faut se remettre en question. On a tout pour réussir, je le répète et je ne comprends pas ce qu’il s’est passé. Mais notre volonté est claire : c’est gagner des titres et surtout faire plaisir à notre peuple et c’est inadmissible de ne pas y arriver. 

Vous avez évoqué, dernièrement, un changement de club. Quelle est donc votre future destination ? 

 Je l’ai bien dit à la fin de la saison avec Caen que j’avais des envies d’aller voir ailleurs. J’ai passé une saison avec eux, j’ai fait le maximum pour aider le club à se maintenir et j’ai donné de moi-même. J’ai fait du Fayçal et je l’ai fait avec mon cœur. Malheureusement, ça n’a pas marché. Et voilà, il y a eu un échec collectif et individuel. Je reste quand même satisfait de ma saison, même si je suis quelqu’un qui n’aime pas trop parler sur le plan individuel. Résultat, une descente en Ligue 2, alors que moi j’ai envie de jouer au plus haut niveau. Donc je leur ai fait comprendre ce besoin. Pour l’instant, place aux vacances et la famille. J’ai besoin réfléchir et d’oublier un peu ce que j’ai pu vivre, notamment avec Caen et avec la sélection. Mais une décision officielle sera prise incessamment, sous peu. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a des contacts en France, en Turquie et pourquoi pas un retour en Espagne. 

A travers votre dernier post sur Instagram, nous avons compris que vous n’avez pas voulu évoquer « l’affaire Hamdallah » lors de la CAN, par respect à la sélection. Pouvez-vous nous fournir plus d’éclaircissements sur cette affaire maintenant ? 

 Je ne vais pas le cacher, c’est quelque chose qui m’a fait du mal. Mais après, dans le football, il faut accepter les sifflets comme les éloges. Je suis un insatisfait. Même quand je reçois des éloges, j’ai du mal à les accepter, alors imaginez les sifflets… Et pourtant, j’ai dû les accepter alors qu’il n’y’avait aucun problème. La radio, la presse, la télévision n’avaient pas accès à la vérité. Or à aucun moment, on a parlé de cette affaire-là, on a laissé les gens parler et ils se sont permis de parler à ma place et à celle de Hamdallah. Ça m’a beaucoup touché, parce que je le répète, je n’ai eu aucun problème avec lui. Au contraire, ça s’est toujours bien passé entre nous. Pour ma part, j’aime bien quand il y a un nouveau joueur. J’essaye de tout faire pour qu’il s’intègre. Que ce soit un joueur qui évolue aux Pays-Bas, des joueurs du championnats marocain, pour moi il n’y a aucune différence. Mais j’ai pu entendre des choses qui m’ont vraiment blessé et il a fallu que j’en fasses abstraction. Donc je ne pensais qu’à la compétition et à mon pays qui est au-dessus de moi. 

 

Il y a eu l’épisode de la chanson « bye bye » que j’avais posté sur mon compte Instagram et qui a été interprété par certains comme étant une manière de dire « bon débarras » à l’intention de Hamdallah. C’est complètement insensé, pourquoi je ferais ça ? Les gens qui me connaissent savent que j’adore cette chanson et que je la mettais souvent. Et je l’avais postée parce que Nabil Dirar m’avait demandé une dédicace.  Je suis quelqu’un qui déteste le manque de respect et la méchanceté. Pourquoi serais-je méchant envers Abderrazak alors qu’il ne m’a rien fait ? Tout s’est bien passé en sélection, je n’ai jamais eu de problèmes avec qui que ce soit et ça ne sera jamais le cas, parce que je ne suis pas comme ça. 

Pensez-vous que la sélection devrait faire appel un peu plus souvent à des joueurs locaux ? 

La décision finale revient, bien entendu, au coach. Mais ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est que nous sommes tous des joueurs marocains évoluant en première division, que ce soit en France, en Espagne, au Moyen-Orient, au Maroc, aux Pays-Bas. Y’en a pas un « plus fort » que l’autre. Si nous avons été là, c’est pour une bonne raison. Par contre, ce qui me fait mal un peu et que je remarque souvent, c’est que lorsqu’un joueur de la Botola arrive, il est souvent réservé et timide. Alors que non ! Ne sois pas timide ! Intègre-toi, bats-toi, même si tu as l’impression que l’on ne vient pas vers toi, va vers les gens ! Parle avec les gens !

De mon côté, je fais tout pour que tout nouveau venu soit bien intégré, parce que je ne veux pas qu’il y’ait de différences. Il y aura des joueurs de la Botola qui viendront, c’est indéniable parce que l’on a un championnat de qualité. Il ne faut pas croire que parce tu évolue dans un championnat étranger que ça veut dire que t’es meilleur. Non, il faut outrepasser ce genre de discours. On est tous égaux face au football. 

Quel est, selon vous, la clé pour réussir une meilleure intégration entre joueurs locaux et joueurs évoluant dans les championnats étrangers ? 

C’est un problème qui ne devrait pas être posé parce que, sincèrement, l’intégration des joueurs n’est pas un problème chez nous. On essaye juste de chercher la petite bête pour expliquer l’élimination. Dans toutes les sélections du monde, il y a des joueurs locaux et des joueurs évoluant à l’étranger et le problème de l’intégration ne se pose pas. Chez nous, je le répète, l’intégration est top et il n’y a aucun problème. 

  Quel message voudriez-vous transmettre aux supporters marocains ? 

Mon message sera toujours le même et je ne le changerais en aucun cas. Cette désillusion me servira à grandir et je demande aux supporters qu’ils soient toujours là. Nous n’avons pas de raison de vivre sans supporters, on ne peut rien faire sans notre douzième joueur. Et il n’y a rien à dire, les supporters marocains ont toujours été là à nos côtés. En Egypte, au Gabon, en Russie, ils font leur travail et ils ont toujours été derrière nous.

Et je l’avoue, c’est dur, maintenant au moment où nous parlons, je t’avoue que c’est dur de leur dire un mot. Il y a beaucoup de déception, je suis moi-même déçu, parce que j’aurais aimé leur offrir la CAN. Voilà. Je suis désolé. 

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