Adil El Fadili s’attaque aux années de plomb

Après plusieurs téléfilms et séries réalisés pour la télévision et des courts-métrages primés au Maroc et à l’international, Adil El Fadili s’essaie au cinéma. Son premier long-métrage « Mon père n’est pas mort » dont la sortie est prévue début 2021 revient sur les années de plomb et met en scène son père Aziz El Fadili et le réalisateur Faouzi Bensaid.

 

Grand passionné de l’image, le réalisateur de « Courte vie » et de la série télévisée « La brigade », poursuit son bout de chemin et s’attaque à du lourd, avec son premier long métrage « Mon père n’est pas mort ».

Entièrement tourné en studio à Casablanca, le film revient sur un des épisodes sombres du Maroc, celui des années de plomb, raconté avec brio à travers les yeux de Malik, un enfant dont le père a disparu et qui se retrouve gardé par des animateurs de cirque traditionnel marocain. A l’intérieur du cirque et au milieu des artistes, les mêmes rapports de force s’installent entre chef du cirque, son directeur, joué par son père Aziz El Fadili et les Artistes de ses troupes.

 

 

Ayant grandi dans un théâtre, entre marionnettes, planches et lumières, Adil Fadili a toujours été fasciné par l’univers du spectacle. Pas étonnant que ses œuvres ressemblent à un grand cirque sans merci où il aime raconter à sa façon, la complexité des sentiments, leurs contradictions à travers son regard d’adulte, parfois même ses incompréhensions d’enfant. Il adore jouer avec le burlesque et le drame à la fois, avec toujours comme fond de toile la mort qui nous guette en permanence ! Un univers qu’on retrouvait déjà dans son premier court métrage « Courte vie », mais aussi dans sa série « La brigade » où il s’intéresse plus aux profils psychologiques, aux angoisses et aux faiblesses des hommes.  Résultat : ses films qui portent tous en eux une part autobiographique, sont « très noirs avec pleins de couleurs », un contraste que le cinéaste assume sans complexe et qu’on retrouve aussi dans son nouveau long métrage où il essaie, dit-il, de s’interroger et de « comprendre la nature humaine ».

 

 

Pourquoi cette thématique des années de plomb ?

 

Je suis quelqu’un de très nostalgique, et donc, je voulais parler d’un Maroc que j’ai connu, celui des années 80. Depuis les années 70, j’ai été témoin de l’évolution positive du Maroc, et pour moi, les années de plomb, c’est juste un prétexte pour parler des personnes et de la nature humaine. Un prétexte pour raconter le Maroc que je connais.

 

Votre avez une façon esthétisante de filmer les choses, même les plus sombres ?

 

En fait, je peux raconter des choses noires avec pleins de couleurs. C’est ma façon de voir la vie. J’ai toujours le regard de cet enfant qui sommeille en moi, un regard un peu naïf et en même temps avec une réflexion d’adulte. Résultat : mon rendu est coloré sur un fond très sombre et extrêmement noir.

Pour ce qui est du côté esthétique, je crois que c’est lié à mon background. J’ai grandi dans un théâtre, un univers de spectacle et de marionnettes, c’est pour cela que j’ai réalisé un film qui me ressemble.

 

Ce passage de la télé au cinéma et du court-métrage au long-métrage, diriez-vous que c’est une nouvelle étape dans votre vie ?

 

C’est plutôt une continuité. Réaliser un film pour le cinéma est complètement différent d’un téléfilm pour la télévision. A la télé, on impose, et au cinéma, on propose. Au cinéma, je me sens plus libre, et d’ailleurs, je ne fais que les projets où je suis le seul maître du jeu, je n’aime pas quand il y a trop d’avis. Dans mes films, il y a juste une seule vision, (celle du réalisateur ou du scénariste), c’est pour cela qu’ils me ressemblent tous d’une certaine manière.

 

Sur le tournage, êtes-vous du genre à savoir exactement ce qu’il veut ou plutôt celui qui laisse aux acteurs un marge de liberté ?

 

Je sais ce que je veux, mais je ne suis pas un dictateur sur le tournage. Je travaille avec des gens qui ont du talent, qui peuvent me suivre là où je veux, ils me font confiance et c’est avant tout un travail de collaboration.

 

Les acteurs avec lesquels vous aimez travailler ?

 

J’ai une affection particulière pour les acteurs des années 70 et 80, qu’on ne voit malheureusement pas souvent à l’écran. Je pense que leur confier des rôles principaux ne pourra qu’enrichir davantage le cinéma marocain. Généralement, on fait appel à eux comme noms et non en tant qu’acteurs !

 

Dans le film, Faouzi Bensaidi joue le rôle d’un flic. Qu’aimez-vous dans son travail ?

 

 

Quand je vois ses films, je prends du plaisir à les regarder comme un simple spectateur. J’aime sa vision du monde, il a une vision différente ; ce qui peut nous paraître banal ou normal, lui, il le voit d’une manière poétique. Et pour moi, c’est cela l’artiste, il n’a pas le même regard du monde, c’est quelqu’un qui a un autre regard sur la vie. En fait, j’aime beaucoup les réalisateurs qui ont un univers bien à eux comme Mohamed Mouftakir et d’autres.

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