Ainsi va le monde

Vincent HERVOUET

Vincent HERVOUET

Vendredi, une apparition

Les Moudjahidines du peuple d’Iran tiennent leur meeting annuel au parc des Expositions, sur la route de Roissy. Ces opposants farouches guerroient contre le régime des Mollahs depuis trente ans. Quoi qu’ils prétendent, ils sont restés à l’écart de la dernière « vague verte » qui a ébranlé le régime iranien. Mais ils ont fait la révolution qui a destitué le Shah d’Iran, avant de basculer dans l’opposition et d’être impitoyablement persécutés. Leurs martyrs sont pendus à Téhéran quand ils ne sont pas assassinés par les miliciens aux ordres du pouvoir en Irak. En retour, les Moudjahidines sont les auteurs d’attentats spectaculaires et de révélations tonitruantes sur le programme nucléaire iranien. Ce sont des fantassins d’une guerre clandestine et implacable. En conséquence, l’organisation a des allures de secte. Ses militants venus des quatre coins de la diaspora attendent cet après-midi patiemment le discours de Myriam Radjavi qu’ils vénèrent comme une divinité. Le culte de la personnalité exige des serviteurs du culte. Quand elle apparait dans un déploiement de voiles et entonne son discours d’une voix suave, les salves d’applaudissements déferlent. Les pays qui s’intéressent à l’avenir de l’Iran entretiennent des relations ambigües avec cette organisation rompue à la clandestinité. Les Etats-Unis et l’Europe l’ont retirée de la liste des organisations terroristes quand leurs relations avec Téhéran étaient au plus bas. On est frappé d’apercevoir parmi les VIP invités au meeting, des néoconservateurs en semi-retraite comme l’ancien maire de New-York Rudoph Giuliani, des parlementaires anglo-saxons ou d’anciens ministres comme Michèle Alliot- Marie ou Jose-Luis Rodriguez Zapatero. La plupart ont en commun d’afficher volontiers leur attachement à Israël… Comme quoi, un ennemi commun rapproche davantage que cent amis communs. On croise aussi cette année, des officiers supérieurs américains qui ont quitté le service actif. Le bras droit de David Petreus, qui commanda les opérations en Irak, reconnait ainsi que la guerre y fut un échec et que le voisin iranien en tira profit. Il l’admet d’autant plus facilement qu’il reproche à Barack Obama d’avoir abandonné l’Irak aux mains de Nouri Al Maliki sans avoir su imposer au premier ministre chiite un partage du pouvoir avec les tribus sunnites. Continuer à parler de « démocratie en Irak » parait surréaliste alors qu’un califat vient d’y être décrété. Pourtant les Moudjahidines professent désormais en public leur amour des Droits de l’homme. C’est plus avantageux que le mélange détonnant de Tnt, d’islamisme et de marxisme qui constitue l’ADN de l’organisation. Le monde des apparences qui se met en scène à Paris n’a pas grand-chose à voir avec la réalité forgée par la terreur et le seul rapport de forces dans le Golfe. Les Iraniens qui négocient leur rapprochement avec les Etats-Unis doivent bien rire dans leurs barbes.

Lundi, une disparition

Plus un chat dans les rues de Paris. Dès 18 heures les rues se sont vidées. A minuit, règne le calme de l’hiver. De longues colonnes des fourgons des forces anti-émeutes alignés dans les beaux quartiers et au bas des Champs Elysées laisseraient croire que Paris vit sous couvre-feu et qu’un putsch est en cours. Au ministère de l’Intérieur, l’état-major veille. A la préfecture, le cabinet est sur le pont. Tous suspendus au match qui se joue au Brésil, même ceux qui n’aiment pas le football. D’ailleurs, il faut être allergique à ce sport pour ne pas vibrer au jeu de l’équipe d’Algérie. Elle perd face à l’Allemagne, score implacable mais elle fait mieux que sauver l’honneur. Bye bye, les Fennecs ! Soulagement général. Depuis le début du Mundial, chaque match de l’Algérie s’est soldé en France par des scènes d’émeutes. Une trentaine d’arrestation le premier jour, une centaine après le match face à la Russie. Ce soir, une trentaine seulement. La défaite fait moins enrager les casseurs qu’un match nul, allez comprendre ! Les médias dissertent sur cette génération qui s’est mal assimilée… Marine Le Pen en profite pour poser la question de la double nationalité, vieille affaire à laquelle les délirantes poussées nationalistes d’après-match redonnent une pertinence. D’autres s’indignent du débat et comparent les débordements en banlieue aux frasques des hooligans anglais. Le soulagement au sommet de l’Etat ne va pas durer longtemps. Aux Invalides, le gouverneur militaire s’inquiète que les Champs Elysées soient envahis si la France se qualifie le 13 juillet. A l’Elysée, on tient la solution : annuler le défilé militaire et la fête nationale en cas de victoire… Ce serait un comble. Ils rêvent éveillés.

Mardi, une consécration

Martin Schultz élu à la présidence du Parlement Européen. Il y était déjà, avant les élections. Plus l’Europe tangue, moins les Eurocrates bougent. Les deux grandes coalitions dont les représentants alternent au pouvoir dans la plupart des 28 Etats de l’Union (grosso modo, les conservateurs libéraux et les sociaux-démocrates) se sont partagé les rôles. L’Allemand Martin Schultz champion de la gauche et le Français Alain Lamassoure soutenu par la droite doivent se succéder au perchoir à Strasbourg. Sur l’Europe, leurs approches sont interchangeables, leurs différences de détail. Aller obstinément vers toujours plus d’intégration est leur seul cap. Rien ne les fera dévier, ni l’absence de croissance, ni l’abstention massive aux élections, ni la montée des fanatismes. Ils sont aussi de mèche pour verrouiller les institutions et barrer la route aux eurosceptiques qui ont raflé les voix de tous ceux qu’exaspère une utopie, incapable de protéger le continent des grands coups de vent de la mondialisation. A Bruxelles pareillement, Jean-Claude Juncker s’installe à la tête de la Commission, plébiscité par les Chefs d’Etat à l’exception notable de David Cameron et de Viktor Orban, alors qu’il incarne aux yeux de tous un modèle d’Europe fédérale qui a fait long feu. Dans les travées du Parlement plus d’une centaine de députés débutants et inconnus cherchent leurs places et leurs repères. Tous ceux qui ont juré de dynamiter l’Europe de l’intérieur et qui vont découvrir qu’il est épuisant et vain de se battre contre un édredon ❚

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Commentaires (1)
  1. Ivan Clerc

    J’ai lu avec d’autant plus d’intérêt cette tribune de Vincent Hervouet que je suis un fidèle du Journal du monde et un passionné de la géopolitique du Moyen-Orient. Je suis toutefois en désaccord sur deux points, particulièrement la conclusion. Je doute fort que les dignitaires à Téhéran aient le temps de rire dans leurs barbes. Les négociations sur le nucléaire dont l’Iran voulait qu’elles aboutissent au plus tôt viennent d’être prolongées ce qui signifie le maintien des sanctions encore pour quatre mois au moins. D’autre part la situation en Irak semble désorienter le pouvoir à Téhéran qui risque de perdre un allié de taille dans la personne de Nouri Al-Maliki. En termes de rapport de force cela veut dire un affaiblissement de l’influence iranienne à Bagdad et au Moyen-Orient. Quand au Moudjahidines du peuple je trouve que vous sous-estimez leur impact en Iran. Le régime de Téhéran les prend beaucoup plus au sérieux. N’est-il pas le premier à les avoir taxés de secte pour discréditer son opposition, farouche, certes. Cependant cet acharnement et le soutien de personnalités aussi diverses que vous citez ne sont-ils pas une preuve que l’ADN de ce mouvement qui gène les religieux extrémistes et les ayatollahs, est forgé justement par la démocratie et la laïcité ? Ce qui en termes d’islam demande un grand courage. Dernier point : la plupart des grands bouleversements sociaux ou révolutionnaires en un siècle ont été déclenché depuis l’extérieur, en quoi cette fois l’Iran serait une exception ?
    Ivan

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