Plus de 840.000 morts par an à cause du stress au travail
Stress, précarité, harcèlement… Un nouveau rapport de l’Organisation internationale du Travail tire la sonnette d’alarme. Les risques psychosociaux liés au travail provoquent chaque année des centaines de milliers de décès et pèsent lourdement sur l’économie mondiale.
Et si votre bureau était le lieu le plus dangereux pour votre santé ? C’est un constat préoccupant que dresse l’Organisation internationale du Travail (OIT). Dans un nouveau rapport, l’agence onusienne révèle que plus de 840.000 personnes meurent chaque année de pathologies liées à des risques psychosociaux au travail. En cause : des conditions professionnelles marquées par de longues heures, l’insécurité de l’emploi ou encore le harcèlement.Le document met en lumière les effets d’un travail « mal conçu ou mal géré », caractérisé par des exigences élevées, un faible contrôle ou une pression constante. Ces facteurs, explique l’OIT, affectent directement la santé des travailleurs, en étant fortement associés aux maladies cardiovasculaires et aux troubles mentaux, y compris le suicide.Risques majeursPour l’organisation, l’enjeu est désormais central. « Les risques psychosociaux deviennent l’un des défis les plus importants pour la sécurité et la santé au travail dans le monde du travail contemporain », alerte Manal Azzi, responsable de l’équipe sécurité et santé au travail à l’OIT.Le chiffre avancé repose sur l’analyse de la prévalence mondiale de cinq grands facteurs de risques psychosociaux au travail à savoir la tension professionnelle (fortes exigences combinées à un faible contrôle), le déséquilibre entre efforts et récompenses, l’insécurité de l’emploi, les longues heures de travail, ainsi que les violences et le harcèlement en milieu professionnel.La seconde source est constituée de travaux scientifiques démontrant comment ces risques augmentent la probabilité de pathologies graves telles que les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux et les troubles mentaux, y compris le suicide, note le rapport. Ces résultats issus de la recherche scientifique trouvent un prolongement dans l’évaluation plus large de leurs impacts sanitaires et économiques.Coût humain et économique élevéAu-delà des décès, l’impact est massif. Le rapport estime que ces risques sont à l’origine de près de 45 millions d’années de vie en bonne santé perdues chaque année dans le monde. Sur le plan économique, la facture est tout aussi lourde : les pertes sont évaluées à 1,37 % du produit intérieur brut (PIB) mondial.« De longues heures de travail, l’insécurité de l’emploi, des exigences élevées associées à un faible contrôle, ainsi que les violences et le harcèlement au travail peuvent créer des environnements de travail nocifs s’ils ne sont pas correctement pris en compte », relève l’OIT.Mutations du travailLe rapport souligne que ces risques, bien que connus, prennent une nouvelle ampleur avec les transformations du monde du travail. Numérisation, intelligence artificielle, télétravail ou encore nouvelles formes d’emploi redéfinissent en profondeur l’environnement professionnel.L’environnement psychosocial est ainsi décrit comme l’ensemble des conditions d’organisation du travail et des interactions professionnelles, qui influencent directement le bien-être des salariés et la performance des entreprises. « Ces mutations peuvent aggraver les risques existants, voire en générer de nouveaux, si elles ne sont pas accompagnées par des cadres adaptés », met en garde le rapport onusien. Prévenir pour mieux performerPour l’OIT, l’amélioration de cet environnement est un levier stratégique. « Améliorer l’environnement psychosocial de travail est essentiel non seulement pour protéger la santé mentale et physique des travailleurs, mais aussi pour renforcer la productivité et le développement économique durable », souligne Manal Azzi.Selon l’OIT, investir dans des conditions de travail saines n’est pas seulement une nécessité sociale, mais aussi un impératif économique.Le rapport appelle ainsi les États et les entreprises à agir de manière proactive pour limiter ces risques. Objectif : bâtir des environnements de travail plus sûrs, plus équilibrés et plus résilients, au bénéfice à la fois des travailleurs et des organisations.