Marché du travail. Le HCP redessine la cartographie de l’emploi au Maroc
Avec sa nouvelle enquête alignée sur les standards internationaux de l’OIT, le Haut-Commissariat au Plan dresse une radiographie renouvelée du marché du travail marocain. Dominé par les services, marqué par un chômage élevé des jeunes et une faible participation des femmes, le paysage de l’emploi révèle des déséquilibres persistants malgré l’évolution des outils de mesure.
Avec le lancement de l’enquête EMO 2026, le HCP tourne la page de l’ancienne Enquête nationale sur l’emploi (ENE) au profit d’un dispositif reposant sur des critères plus stricts. Désormais, l’emploi est défini exclusivement comme une activité exercée contre rémunération ou profit, excluant notamment les activités d’autoconsommation.Cette évolution méthodologique vise à rapprocher les indicateurs marocains des références internationales et à affiner l’analyse des dynamiques du marché du travail.Plus de 11,6 millions d’actifsAu premier trimestre 2026, le Maroc compte une population en âge de travailler estimée à 27,8 millions de personnes. Parmi elles, 11,6 millions composent la population active, soit un taux de participation national de 41,8 %.Le milieu rural affiche un taux de participation légèrement supérieur (43,3 %) à celui du milieu urbain (41 %), traduisant le poids encore important des activités agricoles dans l’économie nationale.Mais les disparités de genre demeurent particulièrement marquées. Alors que le taux d’activité atteint 66,4 % chez les hommes, il ne dépasse pas 17,5 % chez les femmes. Ces dernières ne représentent ainsi que 21 % de la population active totale.L’emploi rémunéré concerne 10,36 millions de personnes au niveau national. Le secteur des services confirme son rôle central dans l’économie marocaine, concentrant à lui seul 49,1 % des emplois.Il est suivi par l’agriculture, la sylviculture et la pêche (24,5 %), puis par l’industrie (13,6 %) et le BTP (12,7 %).La répartition sectorielle reste fortement liée aux territoires. En milieu urbain, près des deux tiers des actifs travaillent dans les services (64,3 %), tandis que les zones rurales demeurent dominées par l’agriculture, qui emploie 55,2 % des travailleurs.Un chômage toujours élevé chez les jeunesLe nouveau dispositif introduit également une mesure du chômage dite « au sens strict », ne prenant en compte que les personnes sans emploi, disponibles et activement à la recherche d’un travail.Selon cette définition, le taux de chômage national s’établit à 10,8 % au premier trimestre 2026.Les écarts territoriaux restent importants : le chômage atteint 13,5 % en milieu urbain contre 6,1 % dans le rural.Les jeunes de 15 à 24 ans demeurent la catégorie la plus exposée, avec un taux de chômage de 29,2 %, confirmant les difficultés persistantes d’insertion professionnelle.Au-delà du chômage strict, le HCP met également en avant le taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre, qui inclut le sous-emploi et la main-d’œuvre potentielle. Cet indicateur atteint 22,5 % au niveau national et grimpe à 45,3 % chez les jeunes.De fortes disparités régionalesLa nouvelle cartographie du marché du travail met également en évidence des écarts significatifs entre les régions. La région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima enregistre le taux de participation le plus élevé du Royaume avec 46,4 %, tandis que Oriental affiche le taux de chômage le plus important, atteignant 22,9 %.À travers cette nouvelle enquête, le HCP dresse ainsi un portrait plus détaillé et plus exigeant du marché du travail marocain. Si les services continuent de tirer l’emploi, les enjeux liés à l’insertion des jeunes, à la participation des femmes et à la réduction des disparités territoriales restent au cœur des défis économiques du Royaume.