Exclusif - Francisco Pardo Piqueras, Directeur général de la Police espagnole : « La coopération entre la Police nationale espagnole et la DGSN a connu une évolution extraordinairement positive »
Francisco Pardo Piqueras, Directeur Général de la Police espagnol
Entretien réalisé par Mohammed Zainabi
Mai 17, 2026 3:01 pm
Dans cette interview exclusive accordée à L’Observateur du Maroc et d’Afrique à l’occasion du 70e anniversaire de la DGSN, le Directeur général de la Police Nationale espagnole, Francisco Pardo Piqueras, met en exergue la transformation de la coopération sécuritaire maroco-espagnole en un véritable partenariat stratégique, porté par la confiance mutuelle, la coordination opérationnelle et une responsabilité partagée face aux menaces communes.
L’Observateur du Maroc et d’Afrique. À l’occasion du 70e anniversaire de la création de la Sûreté Nationale marocaine, quelle appréciation portez-vous sur l’évolution de la coopération entre la Police nationale espagnole et la Direction Générale de la Sûreté Nationale du Maroc ?Francisco Pardo Piqueras : La coopération entre la Police nationale espagnole et la Direction Générale de la Sûreté Nationale du Maroc a connu une évolution extraordinairement positive au cours de la dernière décennie, comme il sied à deux pays voisins et amis. Nous sommes passés d’une relation fondée essentiellement sur une coordination ponctuelle à un véritable partenariat stratégique reposant sur la confiance mutuelle, la communication permanente et la responsabilité partagée face à des menaces communes, telles que, au niveau bilatéral, la lutte contre le terrorisme, le crime organisé et la traite des êtres humains. Le succès de cette coopération se manifeste par les résultats positifs obtenus dans le cadre d’opérations policières ayant permis de neutraliser des menaces affectant la sécurité nationale des deux pays.. La coopération en matière de sécurité entre le Maroc et l’Espagne est souvent présentée comme un modèle de confiance, d’efficacité et de responsabilité partagée. Quels sont, selon vous, les principaux facteurs qui expliquent la solidité de cette relation ?Nous disposons d’un facteur primordial : l’étroite proximité géographique qui unit le Maroc et l’Espagne dans une région cruciale pour la sécurité, liée à l’Europe, à l’Afrique et à l’Amérique, ce qui fait que nos deux pays sont confrontés à des risques similaires en matière de sécurité. Cette proximité nous oblige également à collaborer face aux risques pouvant provenir d’autres pays voisins, comme c’est le cas avec l’expansion du terrorisme et son interaction avec le crime organisé dans certaines zones d’Afrique, notamment le Sahel ou le bassin du lac Tchad.À partir de cette proximité et des défis partagés, comme celui consistant à maintenir la sécurité et l’ordre public lors de la prochaine Coupe du monde 2030, ce qui mérite véritablement d’être souligné est l’engagement institutionnel démontré par les deux parties pour transformer cette nécessité en un modèle de coopération reconnu au niveau international. À cet égard, l’Espagne comme le Maroc considèrent que la sécurité est un domaine stratégique exigeant une coopération constante et loyale.Et, bien entendu, nous comptons sur le professionnalisme et l’engagement des fonctionnaires des deux corps de police, qui ont construit une relation de confiance opérationnelle fondée sur des résultats concrets.. Face aux défis communs que représentent la criminalité transnationale, les réseaux organisés, le trafic de stupéfiants, la cybercriminalité et le terrorisme, comment évaluez-vous le rôle de la coordination opérationnelle entre les deux institutions ?La coordination opérationnelle entre les deux institutions est fondamentale. Dans un contexte de menaces hybrides et d’organisations criminelles de plus en plus sophistiquées, la rapidité dans l’échange d’informations et la capacité d’action conjointe sont des éléments déterminants. À cet égard, il convient de rappeler que les deux agences disposent de la Convention entre le Royaume d’Espagne et le Royaume du Maroc relative à la coopération en matière de sécurité et de lutte contre la criminalité, conclue à Rabat le 13 février 2019, qui institutionnalise leurs relations et précise la nécessité d’une coordination de leurs actions.La coopération hispano-marocaine a permis de démanteler d’importants réseaux criminels dédiés au narcotrafic, de combattre des structures liées au terrorisme djihadiste et d’agir contre des organisations spécialisées dans le trafic illicite de migrants et la traite des êtres humains. De même, la collaboration en matière de cybercriminalité et de criminalité technologique est devenue une priorité croissante, compte tenu de la dimension transnationale de ces menaces. Notre appréciation est très positive, car cette coopération ne se limite pas à une relation formelle : elle se traduit par des résultats opérationnels tangibles qui contribuent directement à la sécurité de nos citoyens. Dans ce sens, il convient d’approfondir cette coordination et d’accroître, par exemple, le développement d’enquêtes conjointes entre les deux services de police.
. Dans quelle mesure la coopération entre la Police nationale et la DGSN contribue-t-elle à renforcer la sécurité de l’espace euro-méditerranéen, au-delà des défis strictement bilatéraux entre l’Espagne et le Maroc ?La coordination entre la Police nationale et la DGSN contribue de manière décisive à la stabilité régionale, au contrôle des routes du narcotrafic et de la migration irrégulière gérée par des réseaux criminels, ainsi qu’à la prévention des processus de radicalisation et du terrorisme.Nos deux agences ont constaté qu’il est nécessaire de renforcer la coopération internationale, aussi bien individuellement en tant que pays que conjointement. Cela permet, par exemple, en matière de traite des êtres humains, de collaborer avec les pays d’origine et de transit afin d’identifier et de démanteler les organisations criminelles.Sur ce point, en Espagne, la Police nationale exerce un rôle de premier plan en matière de coopération internationale. Elle dispose des trois Bureaux centraux nationaux d’Interpol, d’Europol et de SIRENE, et assure la coordination du déploiement international policier, d’un point de vue bilatéral et multilatéral, sous la direction du ministère de l’Intérieur. Cette expérience internationale permet, en matière de sécurité et de lutte contre la criminalité, de coopérer activement avec le Maroc pratiquement partout dans le monde, et particulièrement sur l’axe Europe-Méditerranée-Atlantique.. Les relations entre les deux pays s’appuient également sur des mécanismes d’échange d’informations, de formation et d’expérience. Quels domaines de coopération vous semblent aujourd’hui prioritaires pour anticiper les nouvelles formes de criminalité ?À l’heure actuelle, il est prioritaire de renforcer la coopération dans les domaines liés au renseignement criminel, à la cybercriminalité, à la criminalité financière et à l’usage des nouvelles technologies par les organisations délinquantes, comme c’est le cas des logiciels conçus à des fins criminelles ou de l’utilisation de l’intelligence artificielle. Les réseaux criminels intègrent des outils numériques avancés, des cryptomonnaies, des systèmes de communication chiffrés et même des capacités liées à l’intelligence artificielle, ce qui oblige les corps de police à s’adapter en permanence.Il est également fondamental de continuer à renforcer la coopération en matière antiterroriste, de lutte contre le narcotrafic et de contrôle des réseaux de trafic illicite de migrants et de traite des êtres humains.La coopération doit couvrir toutes les matières prévues par la Convention de 2019. Il convient également d’approfondir l’assistance mutuelle, la formation, l’échange d’expériences et de favoriser la coopération judiciaire, qui demeurent des piliers essentiels pour anticiper les menaces émergentes.. Quel message souhaitez-vous adresser à la Direction Générale de la Sûreté Nationale marocaine et à ses responsables à l’occasion de ce 70e anniversaire, symbole de continuité institutionnelle et d’engagement au service de la sécurité des citoyens ?Je souhaite transmettre, au nom de la Police nationale espagnole, nos plus sincères félicitations à la Direction Générale de la Sûreté Nationale du Royaume du Maroc à l’occasion de ce 70e anniversaire. Il s’agit d’une date d’une grande signification institutionnelle, qui reflète des décennies de service public, d’engagement en faveur de la sécurité et de dévouement à la protection des citoyens.Je tiens également à exprimer notre reconnaissance pour le professionnalisme et l’engagement des hommes et des femmes qui composent la DGSN, ainsi que notre volonté de continuer à renforcer une coopération exemplaire fondée sur la confiance, la loyauté, le respect mutuel et la défense partagée de la sécurité et de la stabilité régionale.L’Espagne et le Maroc continueront d’être des partenaires stratégiques dans la lutte contre les menaces communes et dans la construction d’un espace euro-méditerranéen plus sûr et plus stable.**related_articles[21682-Maroc-Espagne : la sécurité comme Code de confiance]**