Rida Lyammouri : « Le Maroc veut construire la stabilité du Sahel par l’intégration régionale » 
Rida Lyammouri Senior Fellow au Policy Center for the New South.

Alors que la menace sécuritaire continue de s’étendre au Sahel, Rida Lyammouri Senior Fellow au Policy Center for the New South estime que les initiatives d’intégration économique portées par le Maroc constituent l’une des réponses les plus prometteuses pour renforcer durablement la stabilité en Afrique de l’Ouest.

Réunis à Rabat à l’occasion de la 10e édition de la Conférence annuelle sur la paix et la sécurité en Afrique (APSACO 2026), chercheurs, responsables politiques et experts sécuritaires ont dressé le bilan d'une décennie marquée par la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel et dans plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest.Pour Rida Lyammouri, Senior Fellow au Policy Center for the New South, le constat est sans équivoque : les menaces se sont profondément transformées et les groupes armés ont démontré une capacité d'adaptation qui continue de prendre de court les États de la région. Selon l’expert, les dix dernières années ont été marquées par une mutation constante des groupes jihadistes, séparatistes et criminels opérant dans l’espace sahélien. « Nous avons observé une transformation continue de ces groupes qui mènent aujourd’hui des attaques de plus en plus sophistiquées », explique-t-il.Cette évolution se traduit notamment par l’appropriation de nouvelles technologies. Les groupes armés exploitent désormais les drones, les outils numériques et certaines applications de l’intelligence artificielle pour renforcer leurs capacités opérationnelles et contourner les dispositifs de surveillance.Pour Lyammouri, cette montée en gamme technologique complique davantage la tâche des États confrontés à des ressources souvent limitées et à des territoires particulièrement vastes.Une coopération régionale encore insuffisanteMalgré l’ampleur de la menace, l’expert estime que la réponse collective n’a pas été à la hauteur des enjeux. « Nous n’avons pas vu de coopération régionale efficace permettant d’éliminer ou de réduire significativement les menaces posées par ces groupes », regrette-t-il.Les divergences politiques, les difficultés de coordination et les contraintes budgétaires continuent de freiner la mise en œuvre d’une stratégie commune capable de répondre durablement à l’insécurité régionale.Cette situation nourrit un certain pessimisme à court terme. Selon Lyammouri, les indicateurs actuels ne permettent pas d’envisager une amélioration rapide de la situation sécuritaire, d’autant que les groupes armés poursuivent leur expansion vers de nouvelles zones.Le Maroc mise sur l’intégration plutôt que sur la confrontationFace à ce constat, le chercheur identifie toutefois une dynamique positive : les initiatives de coopération régionale portées par le Maroc. « Le Maroc continue de proposer des solutions, de promouvoir le dialogue et de chercher à construire une intégration régionale », souligne-t-il.Pour lui, la sécurité ne peut être envisagée indépendamment des dimensions économiques et politiques.La stabilité durable suppose d’abord la création d’opportunités économiques, le renforcement des infrastructures régionales et l’amélioration des conditions de vie des populations.C’est dans cette logique qu’il situe l’Initiative Atlantique lancée par le Royaume en faveur des pays du Sahel.L’Initiative Atlantique, un projet structurant pour le Sahel Rida Lyammouri considère cette initiative comme l’un des projets régionaux les plus ambitieux actuellement en cours de déploiement. L’objectif est de permettre aux pays enclavés du Sahel — notamment le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad — de bénéficier d’un accès aux infrastructures atlantiques marocaines afin de faciliter leurs échanges commerciaux et leur intégration aux marchés internationaux.Au-delà de la dimension logistique, le projet s’inscrit dans une vision plus large de développement régional.L’expert cite également le projet de gazoduc Maroc-Nigeria, destiné à renforcer l’accès à l’énergie dans toute l’Afrique de l’Ouest et à soutenir le développement économique de plusieurs pays de la sous-région.« Il ne s’agit pas d’une concurrence avec les autres pays de la région, mais d’un moyen de créer davantage d’intégration économique », insiste-t-il.Lyammouri reste convaincu par ailleurs, que la lutte contre l’insécurité au Sahel ne pourra produire de résultats durables sans une approche globale. L’action militaire demeure nécessaire, mais elle ne saurait suffire face à des groupes qui prospèrent sur les fragilités économiques, sociales et institutionnelles. L’enjeu consiste désormais à construire des mécanismes régionaux capables de favoriser simultanément la croissance économique, l’intégration commerciale et la coopération politique.Une vision qui rejoint l’approche défendue depuis plusieurs années par le Maroc : faire du développement un levier central de la stabilité régionale.