Pour sa première édition, le festival Photo Tanger transforme la capitale du Nord en une vaste galerie à ciel ouvert. Entre mémoire photographique, regards contemporains et invitation au voyage, l’événement rend hommage à une ville qui n’a cessé d’inspirer artistes, écrivains et photographes depuis plus d’un siècle.
Ville de passage, de rencontres et de métissages, Tanger entretient depuis toujours une relation privilégiée avec l’image. Porte d’entrée du Maroc pour de nombreux voyageurs étrangers à la fin du XIXe siècle, elle fut l’un des premiers territoires du Royaume à être photographié. Une fascination qui ne s’est jamais démentie et qui trouve aujourd’hui une nouvelle expression avec le lancement de la première édition de Photo Tanger.Placée sous le thème « L’Appel du Large », cette manifestation internationale investit les principaux espaces culturels de la ville et propose un parcours artistique à travers son histoire, ses paysages et les multiples regards qu’elle continue d’inspirer. Pour son directeur artistique, Brahim Alaoui, le festival ambitionne de faire de Tanger un véritable « territoire d’expression photographique et d’animation culturelle ».
Yoriyas, Chefchaouen, 2015.
Le voyage débute à la Fondation pour la Photographie avec l’exposition « Tanger, pourquoi Tanger ? », qui retrace les premières représentations photographiques de la ville. Imaginée par les commissaires Marie Moignard et Daniel Aron, cette rétrospective rassemble des clichés réalisés dès les années 1880 par des photographes voyageurs fascinés par une cité alors en pleine mutation. Les œuvres de Cecil Beaton et Harry Gruyaert dialoguent avec des albums familiaux tangérois du début du XXe siècle, offrant un témoignage précieux de l’évolution de la ville.À la Galerie Dar D’art, l’exposition consacrée à Rachid Ouettassi poursuit cette exploration mémorielle. À travers près de vingt années de photographies en noir et blanc, l’artiste livre une chronique sensible de Tanger, mêlant observation documentaire et regard poétique sur le quotidien.Le festival prend ensuite une dimension plus symbolique à la Galerie Mohamed Drissi, où quatre figures majeures de la photographie contemporaine interrogent la notion de voyage et d’ouverture à l’autre. Les œuvres de Leila Alaoui, Mohamed El Baz, Youssef Nabil et Yoriyas explorent les multiples dimensions de cet « appel du large » qui caractérise l’identité tangéroise.Sur le front de mer, à l’espace Tanja Marina Bay, Khalil Nemmaoui propose une immersion contemplative avec sa série inédite « Waiting for Magellan ». À travers des images empreintes de poésie, il invite le visiteur à imaginer le retour du célèbre explorateur portugais et à méditer sur les thèmes du départ, de l’attente et de l’horizon.Cette édition inaugurale met également l’Espagne à l’honneur. Les œuvres de la photographe contemporaine Isabel Muñoz occupent une place centrale dans la programmation. Son travail, centré sur le corps, le mouvement et l’expression de la liberté, offre un dialogue fécond avec les créations de la nouvelle génération marocaine.Réunie à la Villa Harris dans l’exposition « Exister entre les certitudes du monde », cette jeune scène photographique témoigne de la vitalité de la création contemporaine. Les artistes présentés interrogent les notions d’identité, de territoire et de mobilité, tout en renouvelant les modes de représentation du réel. Selon les commissaires Basma Mansour et Meryem Sebti, ces photographes développent des démarches qui dépassent les frontières géographiques et les récits établis.Au-delà de sa programmation artistique, Photo Tanger affirme une ambition culturelle plus large : inscrire durablement la ville parmi les grandes destinations photographiques du bassin méditerranéen. En célébrant à la fois son patrimoine visuel et les nouvelles formes de création, le festival entend écrire un nouveau chapitre de l’histoire culturelle tangéroise.Pour une ville qui a tant inspiré les regards venus d’ailleurs, cette première édition apparaît comme une évidence. Une déclaration d’amour à Tanger, à son histoire et à son inépuisable pouvoir de fascination.