Jossour 2030. Tamwilcom veut faire sauter le verrou du financement des TPME
Invité de L’Observateur Eco, Saïd Jabrani, Directeur général de Tamwilcom, détaille les ambitions de Jossour 2030, une feuille de route qui vise à mobiliser 300 milliards de dirhams de financements et à accompagner 435.000 bénéficiaires d’ici 2030 dont plus de 70 % seront des TPME.
Mobiliser 300 milliards de dirhams de financements, accompagner 435.000 bénéficiaires et faire du financement un levier plutôt qu'un frein à l'investissement. Avec son nouveau plan stratégique « Jossour 2030 », Tamwilcom affiche des ambitions inédites pour accélérer le financement de l'économie marocaine et élargir l'accès au crédit à des milliers d'entrepreneurs à travers le Royaume. Pour Saïd Jabrani, directeur général de Tamwilcom, l'objectif est clair : permettre aux porteurs de projets et aux entreprises de trouver plus facilement les ressources financières nécessaires à leur développement. « Le financement ne doit plus être le problème », résume-t-il.Une nouvelle étape pour TamwilcomAnciennement connue sous le nom de Caisse Centrale de Garantie (CCG), Tamwilcom a profondément évolué ces dernières années pour devenir un acteur central de l'écosystème du financement. Sa mission demeure toutefois inchangée : faciliter l'accès au financement grâce à des mécanismes de garantie, de cofinancement et d'accompagnement au service des entreprises, des entrepreneurs et de certaines politiques publiques.Avec Jossour 2030, l'institution entend franchir un nouveau cap. Le choix du nom n'est d'ailleurs pas anodin. « Jossour », qui signifie « ponts » ou « passerelles », traduit la volonté de rapprocher les différents acteurs de l'écosystème économique : investisseurs, banques, fonds d'investissement, startups et porteurs de projets.« Nous voulons construire davantage de passerelles entre ceux qui portent les projets et ceux qui peuvent les financer », explique Saïd Jabrani.Faire en cinq ans ce qui a été réalisé en quinze ansL'ampleur des objectifs annoncés témoigne de cette volonté d'accélération. D'ici 2030, Tamwilcom ambitionne d'accompagner 435.000 bénéficiaires et de mobiliser 300 milliards de dirhams de financements à travers les différents mécanismes de garantie et de cofinancement.Ces chiffres traduisent une montée en puissance significative. Au cours des quinze dernières années, l'institution a accompagné un peu plus de 500.000 bénéficiaires. L'objectif est désormais d'approcher ce volume en seulement cinq ans.Pour atteindre cette cible, Tamwilcom compte s'appuyer sur son cœur de métier : la garantie. Plus de 70 % des bénéficiaires visés par Jossour 2030 seront des TPME, qui constituent l'essentiel du tissu économique national et un moteur essentiel de création d'emplois.Une priorité assumée pour les TPMEAu cœur de la stratégie figure le renforcement du soutien aux très petites, petites et moyennes entreprises, qui continuent de rencontrer d'importantes difficultés d'accès au financement.L'une des principales mesures annoncées consiste à relever le niveau de garantie accordé aux TPE. Désormais, Tamwilcom pourra couvrir jusqu'à 75 % du montant des crédits d'investissement accordés à ces entreprises. L'objectif est de réduire le risque supporté par les établissements financiers et de les encourager à financer davantage de projets entrepreneuriaux.Parallèlement, l'institution élargit également son périmètre d'intervention vers les entreprises de taille intermédiaire. Le plafond de chiffre d'affaires des entreprises éligibles aux mécanismes de garantie passe ainsi de 200 à 500 millions de dirhams. Une évolution qui répond à la volonté d'accompagner davantage les entreprises marocaines dans leurs projets d'expansion, d'industrialisation et de conquête de nouveaux marchés, notamment à l'export.Une stratégie adaptée aux territoiresL'une des principales innovations de Jossour 2030 réside dans la territorialisation des dispositifs de financement. Partant du constat que les besoins économiques diffèrent fortement d'une région à l'autre, Tamwilcom souhaite développer des offres adaptées aux spécificités locales. Tourisme, industrie, économie sociale et solidaire ou encore agriculture : chaque territoire pourra bénéficier de mécanismes ciblés en fonction de ses priorités de développement.Cette approche se traduira notamment par des ajustements des niveaux de garantie et la mise en place de solutions de cofinancement dédiées à certains secteurs ou régions. Une première convention opérationnelle avec une région devrait d'ailleurs être annoncée prochainement.Startups, poursuivre l'effort et changer d'échelleAutre axe majeur du plan : le soutien à l'innovation et à l'écosystème des startups. Depuis 2017, à travers le programme Innov Invest, Tamwilcom accompagne les structures d'incubation et d'accélération, soutient directement les jeunes pousses innovantes et contribue à l'émergence d'un marché du capital-risque au Maroc.Selon Saïd Jabrani, plus de 600 startups ont déjà bénéficié de ce dispositif. L'institution entend désormais poursuivre cette dynamique à travers une nouvelle génération de mécanismes développés en partenariat avec le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l'administration. L'objectif est de renforcer l'accompagnement des startups marocaines et de favoriser l'émergence de futurs champions technologiques.Transition verte, entrepreneuriat féminin et Marocains du mondeJossour 2030 s'inscrit également dans les grandes priorités économiques nationales. Tamwilcom prévoit ainsi de renforcer ses dispositifs de cofinancement en faveur des projets liés à la transition énergétique, à l'efficacité énergétique et à la décarbonation.L'entrepreneuriat féminin constitue également une priorité. L'institution souhaite accroître la part des femmes entrepreneures dans les investissements financés, alors qu'elles ne représentent encore qu'une faible proportion des porteurs de projets accompagnés.Les Marocains du monde figurent eux aussi parmi les publics ciblés, avec des mécanismes spécifiques combinant cofinancement à taux préférentiels et, dans certains cas, des subventions destinées à encourager l'investissement dans des secteurs stratégiques.Au-delà des chiffres, Jossour 2030 traduit une vision : celle d'un financement plus inclusif, plus accessible et davantage connecté aux besoins réels de l'économie. Pour Saïd Jabrani, l'enjeu est simple : permettre à davantage d'entrepreneurs de concrétiser leurs projets sans que la question du financement ne constitue un obstacle insurmontable. « Un investisseur qui porte un projet viable ne doit pas renoncer faute de financement », insiste-t-il.