Faiza Berkchi : « L’IA a besoin de données, mais aussi de règles »
Faiza Berkchi, experte en intelligence artificielle et en régulation à la CNDP.

Comment concilier l’essor de l’intelligence artificielle avec les impératifs de protection des données personnelles ? C’est l’un des principaux enjeux mis en avant par Faiza Berkchi, experte en intelligence artificielle et en régulation à la CNDP, en marge du Rally IA Future Lab organisé à Merzouga.

À l’heure où l’intelligence artificielle transforme les usages et les modèles économiques, la protection des données personnelles s’impose comme un enjeu central. En marge du Rally IA Future Lab de Merzouga, Faiza Berkchi, experte en intelligence artificielle et en régulation à la CNDP, a estimé que l’enjeu n’est pas de freiner l’innovation mais de créer les conditions nécessaires à son développement durable. Elle a rappelé aussi que l’intelligence artificielle occupe désormais une place centrale dans la transformation numérique mondiale et qu’elle est appelée à impacter des secteurs aussi variés que la santé, les services publics, l’économie ou encore les processus électoraux. « L’IA est devenue un élément essentiel de notre nouvelle vie digitale », a-t-elle souligné, précisant que les opportunités offertes par cette technologie doivent s’accompagner d’une réflexion approfondie sur l’usage des données personnelles qui alimentent les systèmes intelligents.Accompagner les innovateurs plutôt que les contraindreDans cet écosystème en pleine construction, la CNDP se positionne comme un partenaire des startups, des développeurs et des porteurs de projets. Présente à Merzouga aux côtés des jeunes participants, l’institution souhaite sensibiliser les futurs acteurs de l’intelligence artificielle aux exigences réglementaires liées à la collecte, au traitement et à l’exploitation des données personnelles. « Nous sommes là pour accompagner ces innovateurs afin qu’ils puissent développer leurs solutions dans le respect de la loi et de la réglementation en vigueur », a expliqué Faiza Berkchi.Pour l’experte, la question est d’autant plus stratégique que la donnée constitue la matière première indispensable à l’entraînement et au fonctionnement des systèmes d’intelligence artificielle. Les développeurs ont besoin de données pour concevoir des modèles performants, mais cette nécessité doit s’inscrire dans un cadre garantissant la protection de la vie privée et la confiance des utilisateurs.Vers un cadre marocain de régulation de l’IACette réflexion se traduit déjà par un travail de fond engagé par la CNDP depuis mars 2025.Selon Faiza Berkchi, l’institution mène actuellement une série d’auditions et de consultations avec des experts, des chercheurs et différentes institutions afin d’élaborer des délibérations spécifiques relatives à l’intelligence artificielle.L’objectif est de construire progressivement un cadre de référence permettant d’accompagner l’émergence d’un écosystème national de l’IA conciliant innovation, sécurité juridique et respect des droits fondamentaux.Cette démarche intervient alors que de nombreux pays cherchent à adapter leurs réglementations à l’essor rapide des technologies intelligentes, notamment en matière de transparence des algorithmes, de gouvernance des données et de responsabilité des acteurs.Pour la responsable de la CNDP, l’avenir de l’intelligence artificielle dépendra largement de la capacité des différents acteurs à instaurer un climat de confiance. Des systèmes conçus dans le respect des règles de protection des données seront non seulement plus sûrs pour les citoyens, mais également plus pérennes pour les entreprises qui les développent. « Nous voulons que ces systèmes soient utilisés en toute confiance et qu’ils puissent s’inscrire dans la durée », a-t-elle conclu.