Kenya : Un statut légal aux télétravailleurs

Le Parlement kényan envisage de franchir une nouvelle étape dans la protection des travailleurs en proposant d'accorder un statut légal aux télétravailleurs, jusqu'ici exclus du cadre juridique régissant l'emploi.

Portée par le député Kimani Ichung'wah, cette réforme s'inscrit dans un projet d'amendement à l'Employment Act. La nouvelle clause 10 introduirait une définition officielle du télétravail et obligerait les employeurs à fournir les équipements ainsi que la connectivité nécessaires à l'exercice du travail à distance.L'initiative vise également à mieux protéger les salariés contre les abus liés au télétravail, notamment l'absence de couverture sociale, le non-paiement des heures supplémentaires ou encore les licenciements sans recours. Les employeurs seraient, en outre, tenus de garantir le respect des normes de santé et de sécurité, y compris dans les espaces de travail aménagés au domicile des employés.Pour Kimani Ichung'wah, le droit du travail kényan n'est plus adapté aux mutations du marché de l'emploi.« L'ancienne loi sur l'emploi reposait sur un modèle de travail physique (...) Aujourd'hui, avec l'essor du télétravail et de l'externalisation des processus métier, il n'est plus indispensable de disposer d'une adresse physique ou même d'une lettre de nomination pour exercer une activité», a-t-il déclaré.Un secteur en plein essor Cette initiative intervient alors que le télétravail et l'externalisation des processus métier (BPO) connaissent une croissance soutenue au Kenya.Selon la plateforme britannique BPO Search, le secteur du BPO représente un marché estimé à 272,1 millions de dollars en 2025, avec une progression annuelle de près de 6 %, et a déjà permis la création de plus de 40.000 emplois. Des entreprises internationales comme Teleperformance, CCI Global et Samasource ont renforcé leur présence dans le pays, séduites par une main-d'œuvre anglophone qualifiée et des coûts compétitifs.Plus largement, l'économie numérique kényane devrait contribuer à près de 10 % du PIB, soit environ 23 milliards de dollars d'ici 2027.Malgré cette expansion, les travailleurs du numérique demeurent insuffisamment protégés. Un rapport publié en septembre 2025 par le Forum économique mondial souligne que les travailleurs des plateformes numériques restent largement exclus des dispositifs de protection prévus par la législation sur l'emploi, les accidents du travail et la sécurité sociale.Le projet de loi doit désormais être examiné par le Parlement avant son éventuelle adoption. Son périmètre d'application, notamment l'intégration des travailleurs des plateformes numériques et des travailleurs indépendants, reste encore à préciser.**related_articles[22333-Maroc – Kenya : Un accord parlementaire]**