Les médinas comoriennes rejoignent l’Unesco
Les Comores entrent dans une nouvelle ère de reconnaissance culturelle. Six médinas anciennes de l’archipel, témoins de l’architecture swahilie et de l’histoire des anciens sultanats comoriens, ont été inscrites samedi sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
Une décision qui ouvre de nouvelles perspectives pour la préservation de ces cités historiques.Construites pour certaines dès le XIIᵉ siècle le long des grandes routes commerciales de l’océan Indien, ces médinas racontent plusieurs siècles d’échanges entre l’Afrique de l’Est, le Moyen-Orient, Madagascar et l’Inde. Elles se distinguent par leurs murailles défensives, leurs palais, leurs mosquées et leurs places publiques organisées autour d’un réseau de ruelles étroites.« Ce classement n’est pas une ligne d’arrivée mais un point de départ », a déclaré Saïd Mohamed Ali Saïd, ministre comorien de la Culture, lors de la session du comité du patrimoine mondial réunie à Busan, en Corée du Sud.Pour les autorités comoriennes, ces médinas ne sont pas de simples vestiges historiques. Elles restent des lieux de vie où les habitants continuent de pratiquer leurs activités quotidiennes, entre commerce, prières et célébrations traditionnelles.« Ce sont des villes vivantes, où l’on continue de prier, de commercer et de célébrer les grands moments de la vie exactement comme le faisaient nos aïeux », a souligné le ministre, évoquant une « immense fierté » nationale.Un patrimoine fragile à protégerLes six sites inscrits, dont quatre situés sur l’île de Grande Comore et deux sur l’île d’Anjouan, deviennent les premiers biens comoriens intégrés à la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, qui compte plus de 1 200 sites culturels et naturels à travers le monde.Le classement représente à la fois une reconnaissance internationale et une responsabilité pour l’archipel. « Ce patrimoine est fragile, et par endroits en réel danger. Le classement change la donne : il nous oblige, mais il nous ouvre aussi des portes », a indiqué le ministre de la Culture.Situées au cœur de l’océan Indien, à environ 300 kilomètres des côtes africaines, les Comores ont longtemps occupé une position stratégique sur les routes maritimes reliant plusieurs civilisations. Selon le comité du patrimoine mondial, ces médinas illustrent « des formes urbaines insulaires et des expressions architecturales issues des échanges culturels liés aux migrations et aux réseaux commerciaux de l’océan Indien ».Des cités au cœur de l’histoire swahilieLe président comorien Azali Assoumani a rappelé le rôle historique de l’archipel comme espace de rencontres entre peuples et cultures. « Nous avons été la mondialisation avant l’heure », a-t-il déclaré, évoquant un territoire qui fut pendant des siècles « un carrefour actif, un lieu d’échanges, de savoirs et de gouvernance raffinée ».À Moroni, la capitale, la médina est dominée par la célèbre Mosquée de Vendredi et son minaret vert qui surplombe le port traditionnel aux boutres. Ses ruelles pavées, ses maisons anciennes et ses portes sculptées témoignent encore de cette histoire maritime.Parmi les sites distingués figure la médina d’Itsandra, cité côtière du XIVᵉ siècle considérée comme un important foyer de la civilisation swahilie. La médina d’Iconi, construite à partir du XIIᵉ siècle, abrite quant à elle les vestiges du palais des sultans de Bambao ainsi que la tombe du prince Saïd Ibrahim, fils du dernier sultan de Grande Comore.Les spécialistes alertent toutefois sur les menaces qui pèsent sur ces sites, notamment l’urbanisation rapide et certaines transformations architecturales. Pour Ania Mohamed Issa, directrice générale de l’Office national de valorisation du patrimoine, les anciennes médinas ont parfois été dénaturées par une modernisation mal maîtrisée.Vers un nouvel élan pour le tourisme culturelAvec cette inscription, les Comores espèrent développer une nouvelle dynamique autour du tourisme culturel, historique et architectural. Les acteurs du patrimoine appellent désormais à la mise en place d’une stratégie nationale ambitieuse pour assurer la conservation et la valorisation de ces trésors.« Il y aura un développement du tourisme culturel, historique et architectural », estime Faniya Abbas, présidente de l’association Médina Wiratha (« les médinas en héritage ») et descendante du prince Saïd Ibrahim.Cette reconnaissance internationale pourrait ainsi permettre aux médinas comoriennes de devenir un levier de développement tout en préservant la mémoire d’un archipel façonné depuis des siècles par les échanges entre les continents.Avec AFP**related_articles[21566-Caeburants : les Comores contraintes d’augmenter les prix]**