Abdellatif Ouahbi à l’Espagne et à l’UE : « Le problème n’est pas de gérer la crise, mais de la résoudre en profondeur »

Le ministre marocain de la Justice explique, dans une interview accordée à la chaîne saoudienne Al Arabiya, que le Maroc réclame à l’Espagne une procédure claire et globale pour le retour des mineurs marocains présents à Sebta et refuse le rapatriement des dépouilles de migrants en l’absence d’un accord concerté portant sur l’ensemble du dossier migratoire.

Le Maroc est prêt à récupérer aussi bien les mineurs marocains présents à Sebta que les dépouilles de ses ressortissants décédés lors de tentatives de passage, mais exige de l’Espagne des procédures claires et des dossiers complets. C’est ce qu’a affirmé le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, dans un entretien accordé à la chaîne saoudienne Al Arabiya.Interrogé sur l’inhumation à Sebta de personnes non identifiées dans des tombes portant des numéros, le ministre a rejeté l’idée que le Maroc refuserait arbitrairement de recevoir les dépouilles. « Nous ne pouvons pas recevoir des corps sans connaître l’identité réelle de chacun », a-t-il insisté, réclamant notamment des dossiers médicaux, les éléments permettant l’identification et la confirmation de la nationalité des défunts.Ouahbi estime surtout que la question des morts ne peut être dissociée de celle des mineurs encore en vie. « Nous ne séparons pas les morts des vivants, nous les voulons tous », a-t-il déclaré. Rabat, a-t-il ajouté, est prêt à envoyer des autocars pour récupérer les mineurs marocains dès qu’un cadre juridique et administratif clair aura été arrêté avec Madrid.Concernant les corps non identifiés, le ministre affirme que le Maroc ne dispose pas, à ce stade, de chiffres clairement établis. Selon lui, les autorités espagnoles doivent d’abord transmettre les dossiers permettant de déterminer s’il s’agit de Marocains, de ressortissants d’Afrique subsaharienne ou d’autres nationalités. La charge de l’identification, insiste-t-il, ne peut incomber à Rabat sans données préalablement vérifiées.Le ministre affirme qu’aucun accord définitif n’a encore été trouvé avec l’Espagne, tout en se disant confiant dans une issue prochaine entre « deux pays amis ». Il réclame de Madrid « de la clarté » et une cohérence entre les déclarations et les actes.Abdellatif Ouahbi va plus loin en appelant à une politique migratoire commune. « On ne peut pas fermer les portes uniquement de notre alors qu’elles sont ouvertes l’autre », a-t-il lancé. Pour lui, les difficultés liées aux décisions judiciaires espagnoles sur le retour de certains mineurs créent une contradiction avec les appels européens à leur réadmission.Le ministre a également évoqué les mouvements récents de jeunes vers Sebta, assurant que les autorités marocaines avaient privilégié une gestion prudente afin d’éviter des affrontements avec des adolescents. Il affirme que de nombreux jeunes ont été leurrés par des campagnes et contenus diffusés par milliers sur les réseaux sociaux leur présentant l’Espagne comme une destination facilement accessible. « Nous avons assisté à une campagne massive similaire qui visait la mise en échec de l’organisation de la CAN par Maroc », a-t-il rappelé.Pour Ouahbi, la réponse sécuritaire ne peut constituer une solution durable. « Le problème n’est pas de gérer la crise, mais de la résoudre », a-t-il résumé, appelant à un accord global avec l’Espagne et, plus largement, à des règles durables permettant de traiter à la fois les mineurs, les dépouilles et les flux migratoires.**related_articles[22728-Le Maroc n’est ni le gendarme, ni le gardien de l’Europe.]**