Le dialogue national en République démocratique du Congo entre dans une nouvelle phase. Par une ordonnance signée dimanche, Félix Tshisekedi a créé un comité chargé d’en préparer les contours, sans toutefois fixer à ce stade la date, les participants ou les thèmes de la future rencontre.
Cette structure aura pour mission de définir les principaux paramètres du dialogue et d’évaluer les moyens financiers, techniques, logistiques et sécuritaires nécessaires à son organisation. Elle devra également soumettre au président des propositions concernant la création d’une commission préparatoire.
Mais l’architecture retenue suscite déjà la controverse.
Un processus largement piloté par la présidence
L’ordonnance place le comité sous l’autorité directe du chef de l’État. Félix Tshisekedi nommera son coordonnateur, son adjoint et les autres membres de la structure, dont il pourra également mettre fin aux fonctions.
Le président désignera par ailleurs les onze experts appelés à composer le secrétariat technique.
Le comité devra rendre compte de ses travaux au directeur de cabinet du président de la République, notamment à travers des notes d’étape, des briefings et des rapports.
Quant à la communication publique autour du processus, elle sera définie par le chef de l’État.
Plusieurs éléments restent toutefois inconnus : la composition exacte du comité, les critères permettant de participer au dialogue, le calendrier des travaux ou encore les sujets qui seront inscrits à l’ordre du jour.
Pour une partie de l’opposition, cette organisation pose dès le départ la question de l’impartialité du processus.
L’opposition dénonce un dialogue « sous contrôle »
Dans le camp de l’ancien président Joseph Kabila, le secrétaire permanent adjoint du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), Ferdinand Kambere, a minimisé la portée de l’ordonnance, la qualifiant de « non-événement ».
Selon lui, cette décision ne constitue pas la preuve d’une réelle volonté du pouvoir d’engager un dialogue destiné à favoriser la paix. Même rejet du côté de la coalition C64, qui regroupe notamment Ensemble pour la République de Moïse Katumbi.
Son secrétaire général, Dieudonné Bolengetenge, estime que les motifs de la mobilisation annoncée pour mardi 15 septembre contre tout changement de Constitution restent pleinement d’actualité.
Cité par RFI, il a accusé le chef de l’État de mauvaise foi et réaffirmé la priorité donnée à la défense de l’ordre constitutionnel.
Lamuka refuse un « cirque »
La coalition Lamuka, dirigée par Martin Fayulu, rejette elle aussi le processus tel qu’il se dessine.
Son porte-parole, Prince Epenge, accuse l’ordonnance présidentielle de chercher à démobiliser la population et réclame un dialogue qu’il veut véritablement inclusif.
Pour Lamuka, une telle rencontre doit avant tout contribuer à mettre fin à la guerre et créer les conditions nécessaires à la tenue d’élections en 2028.
«Nous ne voulons pas d’un cirque », a déclaré Prince Epenge, résumant la défiance d’une partie de l’opposition face à l’initiative présidentielle.
Les droits de l’homme appellent au dialogue
La Commission congolaise des droits de l’homme adopte, elle, une position plus mesurée. Son président, Paul Nsapu, plaide pour des négociations pacifiques et met en garde contre toute violence ou incitation à la violence.
Son institution entend suivre le processus et promet de dénoncer d’éventuels abus.
La création du comité intervient donc dans un climat politique particulièrement tendu. Alors que le pouvoir présente cette initiative comme une étape vers un dialogue national, plusieurs forces de l’opposition contestent déjà les conditions de sa mise en place.
Le véritable enjeu sera désormais de savoir si le processus parviendra à réunir autour de la même table pouvoir, opposition et autres forces politiques et sociales, ou s’il deviendra un nouveau terrain d’affrontement politique en RDC.
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