Le journalisme n’est pas un marché aux puces
À vrai dire, je ne réponds jamais aux accusations ou aux critiques portant sur le travail de nos publications. La critique fait partie de notre métier, et chacun est libre de porter un jugement sur notre travail.Mais lorsqu’il ne s’agit plus de critique, mais de contre-vérités et d’accusations graves, il devient nécessaire de rétablir les faits, surtout lorsque certains choisissent de les oublier — ou de les enterrer sciemment.Le journaliste Salahdine Lemaizi, dont il est question, a été recruté par L’Observateur du Maroc non pas en raison de qualités journalistiques exceptionnelles — il débutait alors avec nous — mais à la demande insistante de sa tante, qui entretenait des relations avec notre publication.À ses débuts, nous étions contraints de réécrire pratiquement tous ses textes, tant ils présentaient des insuffisances sur le plan journalistique comme sur celui de la langue. C’était laborieux, certes, mais former et accompagner de jeunes journalistes fait aussi partie du métier.Il fallait également lui proposer les sujets à traiter, car il arrivait rarement avec une idée d’article, d’enquête ou de reportage. Lors des conférences de rédaction, sa participation était généralement passive.Malgré cela, et parce que nous avons toujours cultivé un véritable esprit d’équipe, nous l’avons soutenu et accompagné.Je tiens d’ailleurs à rappeler un fait précis : c’est moi-même qui l’avais encouragé à présenter sa candidature au Grand Prix national de la presse de 2011, à travers un article que j’avais entièrement réécrit pour lui. Il a obtenu ce prix. C’était une reconnaissance valorisante pour lui, mais également pour notre rédaction. J’ai moi-même assisté à la cérémonie organisée à Rabat et, à l’issue de l’événement, je l’ai raccompagné à Casablanca avec son épouse.À l’époque, en ma qualité de rédacteur en chef, il m’arrivait également de devoir rectifier certaines orientations qui s’éloignaient sensiblement de notre ligne éditoriale, notamment lorsqu’apparaissaient dans ses textes des thèses proches de la mouvance islamiste, pour laquelle j’ai compris plus tard qu’il éprouvait une certaine sympathie voire même un engagement discret.Ces corrections se faisaient pourtant normalement, dans le cadre du travail éditorial, et avec son accord. Il ne les a jamais contestées.Il m’arrivait aussi d’intervenir lorsqu’un texte contenait des affirmations qui n’étaient étayées par aucun élément de preuve.Et c’est précisément là que ses propos récents deviennent beaucoup plus graves.Qu’il discute de notre travail journalistique, qu’il critique nos choix éditoriaux ou qu’il donne sa version de son passage au sein de notre rédaction : rien de tout cela ne nous dérange. Le débat, lorsqu’il est honnête, peut même être utile et enrichissant. Nous avons toujours accordé de l’importance à la contribution de chacun.Mais accuser nos publications de recevoir des financements étrangers, en affirmant explicitement qu’ils proviendraient d’Israël, est d’une tout autre nature.Ce n’est plus une opinion. C’est une accusation précise et particulièrement grave.Une telle affirmation est d’autant plus sérieuse que le financement étranger de publications marocaines est soumis à des règles légales strictes. Celui qui formule publiquement une accusation de cette nature doit donc être en mesure d’en apporter les preuves.C’est pourquoi je n’exclus nullement d’engager une action en justice à la suite de ces propos. Ce sera d’ailleurs la meilleure manière de clarifier les choses : chacun pourra produire ses éléments et assumer ses affirmations devant l’institution compétente pour en apprécier la véracité.Nos convictions, elles, sont connues. Elles n’ont jamais été cachées et nous les avons toujours assumées publiquement.Il semble finalement que, malgré son passage dans notre rédaction, ce journaliste n’ait pas retenu l’une des premières règles de notre métier : en journalisme, on n’accuse pas sans preuve.La liberté de parole est essentielle.Mais elle n’exonère personne de la responsabilité de ses paroles.Et lorsque l’accusation remplace la preuve, la justice est précisément là pour protéger les personnes et les institutions contre de tels dépassements.Reste un dernier point. Le journaliste a quitté l’Observateur du Maroc il y a plus de 12 ans. Il n’a jamais dit quoi que ce soit de son passage, ni louanges ni critiques. D’où la question, pourquoi maintenant? Un réveil tardif de conscience? Une nouvelle opportunité?Hakim ArifDirecteur de la publicationL’Observateur du Maroc