Commençons par une évidence. Amnesty International est une ONG. Ce n’est ni un tribunal, ni une autorité judiciaire, ni un service de renseignement. Ses rapports reposent sur ses méthodes et ses propres analyses, qui peuvent être erronées. Le nom d’Amnesty ne transforme pas une conclusion en vérité révélée et ne lui confère aucune infaillibilité.
Sa propre histoire suffit à le rappeler. En 2022, son rapport sur les méthodes de combat de l’armée ukrainienne provoque une controverse majeure et la démission de la directrice d’Amnesty en Ukraine.
Venons-en à ce qu’on appelle « l’affaire Pegasus ». Cette fois, Amnesty va beaucoup plus loin : elle ne se contente pas d’affirmer que des téléphones ont été ciblés ou infectés par un logiciel espion. Elle prétend attribuer des opérations clandestines à la DGST.
La question mérite donc d’être posée sans détour : Amnesty International est-elle devenue une agence de renseignement ?
Attribuer une opération clandestine à un service déterminé est l’un des exercices les plus complexes du renseignement. Les grandes puissances disposent pour cela de moyens humains, électroniques et cybernétiques considérables et restent pourtant extrêmement prudentes avant de désigner publiquement un responsable. Trouver Pegasus sur un téléphone ne permet pas, à lui seul, d’identifier celui qui l’a utilisé. Identifier un opérateur supposé ne suffit pas davantage à établir le commanditaire, la chaîne de décision et les motivations de l’opération. Une infection n’est pas une attribution. Et une attribution se prouve.
Amnesty invoque des analyses techniques, des données liées à NSO Group et le témoignage d’un ancien employé de la DGST qu’elle présente sous le pseudonyme de « Safir ». Elle affirme avoir corroboré certains éléments de son récit. Mais corroborer certains éléments ne revient pas à démontrer l’ensemble d’une accusation. Que sait directement cette source ? Que peut-on vérifier indépendamment ? Et surtout, quels éléments permettent d’établir sa crédibilité ?
Derrière l’accumulation de termes techniques, la question reste donc brutalement simple : où est la preuve qui permet de passer de Pegasus à la DGST avec la certitude affichée par Amnesty ?
Et c’est ici que l’affaire prend une autre dimension. Derrière la DGST, c’est toujours le même homme que l’on finit par installer au centre du récit : Abdellatif Hammouchi. Son nom revient avec une telle régularité qu’il faut appeler les choses par leur nom : Cette fixation devient une obsession.
Pourquoi Hammouchi ? La réponse est peut-être beaucoup plus simple : Hammouchi dérange parce qu’il est efficace.
Voilà une réalité qui semble manifestement difficile à avaler : les Français le décorent, les Espagnols le décorent, les Américains travaillent avec lui et les grands services occidentaux continuent de coopérer avec ses équipes sur leurs dossiers les plus sensibles.
Et pendant ce temps, on cherche Hammouchi partout : derrière un journaliste, un téléphone, Pegasus, bientôt peut-être derrière tous les malheurs numériques de la planète. Cela prêterait à sourire si les accusations n’étaient pas aussi graves. À force de vouloir faire de lui le grand ordonnateur d’une mystérieuse machine d’espionnage, on finit surtout par rendre l’acharnement visible.
Amnesty ou pas, rien ne nous oblige à amnistier Amnesty de l’erreur, et encore moins de la divagation.