Expo. « Écouter l’eau » : quand l’art apprend à prêter l’oreille au vivant
La Galerie 38 à Casablanca a accueilli, jeudi 1er octobre 2026, le vernissage de l'exposition "Ecouter l'eau" soutenue par la Fondation BMCI, réunissant plusieurs générations d’artistes autour d’un même élément : l’eau. Entre œuvres, échanges et regards croisés, cette exposition propose une exploration sensible de l’eau comme matière, mémoire, paysage et source d’inspiration. Une invitation à ralentir, à regarder autrement et, surtout, à écouter.
Il y a des expositions qui se regardent. Et puis il y en a d’autres qui invitent à ralentir, à déplacer son attention, à écouter autrement. Hier soir, jeudi 1er octobre, la Galerie 38 à Casablanca accueillait le vernissage de « Écouter l’eau », exposition portée par la Fondation BMCI en collaboration avec La Galerie 38.Dès son titre, le projet propose un déplacement délicat : ne plus seulement considérer l’eau comme une ressource, mais comme une présence. Une matière vivante, silencieuse et mouvante, qui traverse les territoires, les mémoires et les imaginaires.L’exposition réunit plusieurs générations d’artistes marocains, africains et internationaux autour de cette question devenue à la fois intime, esthétique et environnementale. Parmi eux figurent Abdoulaye Konaté, Barthélémy Toguo, Fathiya Tahiri et Najia Mehadji, dont les œuvres dialoguent avec celles d’une génération plus jeune, représentée notamment par Ines Noor Chaqroun, Yacout Hamdouch, Meriam Benkirane, Mmaribenn et Nissrine Seffar.Une exposition qui préfère l’écoute au discoursL’intérêt d’« Écouter l’eau » tient précisément à ce qu’elle ne réduit pas l’eau à son statut de ressource menacée.Bien sûr, le contexte écologique est là : changement climatique, raréfaction de l’eau, transformations des territoires. Mais le propos se déploie ailleurs, dans une zone plus sensible où l’eau devient paysage, mémoire, trace, geste, matière ou poésie. C’est peut être là que réside la force discrète du projet : faire de l’eau une expérience avant d’en faire un sujet.Dans les œuvres réunies, elle apparaît moins comme une image à représenter que comme une force à ressentir. Elle circule entre les générations, entre les pratiques, entre les territoires. Elle relie des sensibilités qui ne parlent pas nécessairement le même langage plastique, mais qui se retrouvent autour d’une même interrogation : comment habiter un monde dont les équilibres se transforment ?Le temps de la transmissionLe parcours repose également sur une rencontre entre générations. Les œuvres d’artistes confirmés côtoient celles de créateurs plus jeunes, faisant de l’exposition un espace de transmission plutôt qu’une simple juxtaposition de signatures. Les différentes pratiques se répondent sans chercher à se confondre. La matière rencontre le geste, le paysage dialogue avec la mémoire, l’expérience avec l’expérimentation.Cette dimension générationnelle est au cœur du projet présenté par la Fondation BMCI et la Galerie 38. La rencontre entre artistes établis et émergents permet de faire apparaître différentes manières de penser les territoires et leur transformation.Le choix de l’eau donne à ce dialogue une résonance particulière. Parce qu’elle appartient à tout le monde, mais qu’elle n’est jamais vécue de la même manière. Parce qu’elle est à la fois géographie et souvenir, nécessité quotidienne et matière poétique.Du contrôle à l’attention« Écouter l’eau » suggère aussi une autre manière de regarder. Le verbe n’est pas anodin. Écouter suppose de suspendre, un instant, le réflexe de maîtriser. Il faut se rendre disponible à ce qui est discret, mouvant, parfois presque imperceptible.Cette idée traverse le projet : passer d’une logique de possession ou de maîtrise à une logique d’attention. L’eau n’est alors plus seulement ce que l’on consomme ou ce que l’on protège. Elle devient ce qui nous oblige à reconsidérer notre place dans un environnement dont nous dépendons.Dans un Maroc particulièrement confronté aux questions liées à la disponibilité de cette ressource, cette dimension prend une résonance particulière, sans que l’exposition ne bascule pour autant dans le registre du manifeste. Elle choisit plutôt la suggestion, la sensation et la pluralité des regards.Une soirée sous le signe du vivantLe vernissage du 1er octobre aura ainsi marqué l’ouverture publique d’un projet qui ne cherche pas à donner une réponse définitive à la question de l’eau. Il propose plutôt de la laisser ouverte.Dans l’espace de la Galerie 38, l’eau devient une sorte de fil invisible reliant des œuvres, des générations et des expériences. Elle n’est jamais tout à fait là où on l’attend. Elle peut être surface, profondeur, absence, mouvement ou souvenir.Et peut être est ce précisément le sens de cette exposition : rappeler que certaines réalités ne se comprennent pas seulement par les chiffres, les cartes ou les discours. Elles demandent aussi une autre forme de connaissance, plus lente, plus sensible, plus attentive.Écouter l’eau, c’est peut être apprendre à écouter ce qui nous entoure avant qu’il ne soit trop tard pour l’entendre.Finalement, la Fondation BMCI réitère à travers cette initiative, son engagement en faveur de la culture et de la création contemporaine, en accompagnant des projets qui favorisent la découverte artistique, la transmission et le dialogue autour de sujets qui résonnent avec les évolutions de notre société.