« L’IA menace-t-elle les agents et courtiers ? Nora Belkhayat répond (vidéo)
Nora Belkhayat, vice-présidente de la Fédération Nationale des Agents et Courtiers d'Assurance au Maroc (FNACAM), invité de l'observateur éco.

L’intelligence artificielle, la digitalisation et l’émergence de nouveaux risques rebattent les cartes de l’intermédiation en assurance. Un bouleversement qui pousse agents et courtiers à repenser leurs pratiques, leurs compétences et leur place auprès des assurés. Dans cet entretien, Nora Belkhayat, vice-présidente de la Fédération Nationale des Agents et Courtiers d'Assurance au Maroc (FNACAM), décrypte les mutations qui redessinent aujourd’hui le métier.

Le métier d’intermédiaire d’assurance est appelé à évoluer. Digitalisation, nouveaux risques, intelligence artificielle et nouvelles attentes des assurés redessinent progressivement les contours de la profession. Un constat au cœur de la 10ᵉ rencontre annuelle de la FNACAM, prévue le 8 octobre à Casablanca autour du thème « Réinventer l’intermédiation face aux risques de demain ». Pour Nora Belkhayat, vice-présidente de la FNACAM, l’intelligence artificielle ne doit toutefois pas être considérée comme une menace directe. « L’IA n’est pas une véritable menace aujourd’hui pour l’intermédiaire d’assurance », estime-t-elle.Passer de la vente au conseilSi la technologie transforme les pratiques, elle ne remet pas nécessairement en cause la valeur ajoutée de l’intermédiaire. Au contraire, Nora Belkhayat considère que cette transformation doit pousser les professionnels à renforcer ce qui fait leur spécificité : la proximité, l’expertise et la confiance. « Il ne suffit pas de vendre des produits d’assurance », souligne-t-elle. L’enjeu est désormais de mieux comprendre les besoins du client, d’identifier ses risques et de l’accompagner dans le choix des garanties adaptées.Dans cette évolution, l’intermédiaire doit ainsi progressivement passer d’une logique de distribution à une logique de conseil. « L’agent d’assurance ou l’intermédiaire doit se transformer en un véritable conseiller », affirme Nora Belkhayat.L’IA, opportunité ou menace?Pour autant, cette transformation suppose que les agents et courtiers s’approprient les nouveaux outils. L’enjeu n’est donc pas de s’opposer à l’intelligence artificielle, mais de savoir l’utiliser. « Il faut qu’il sache utiliser l’intelligence artificielle », insiste la vice-présidente de la FNACAM. Pour elle, l’IA peut contribuer à faire évoluer le métier, à condition que les professionnels soient suffisamment formés pour en tirer parti.La question des compétences devient dès lors centrale. La montée en puissance des outils numériques implique un effort d’investissement dans la formation, mais aussi dans les solutions digitales permettant aux intermédiaires de rester compétitifs. La FNACAM travaille d’ailleurs sur le renforcement de la formation des agents et courtiers afin de mieux répondre aux nouvelles exigences du secteur.L’automobile, premier terrain de la digitalisationLa transformation est déjà concrète dans certains segments, notamment celui de l’assurance automobile. Nora Belkhayat évoque à ce titre la digitalisation progressive des démarches liées à l’assurance automobile, engagée jusqu’au mois de juillet, avec notamment la dématérialisation de certains documents et le recours à de nouveaux dispositifs numériques.Cette évolution traduit une volonté de simplifier les procédures et de fluidifier le parcours de l’assuré. Elle pose également la question de la place de l’intermédiaire dans une relation de plus en plus digitalisée.Pour la FNACAM, la digitalisation ne doit pas conduire à écarter l’intermédiaire du processus de vente. L’objectif est plutôt de permettre aux agents et courtiers d’intégrer ces nouveaux outils tout en conservant leur rôle d’accompagnement et de conseil. « Il faut plus de proximité, plus d’expertise et plus de confiance », résume Nora Belkhayat.Diversifier pour rester dans la courseLa transformation concerne également le modèle économique des intermédiaires. Pour les petits courtiers, notamment ceux fortement concentrés sur l’assurance automobile, la diversification apparaît comme un enjeu important. Nora Belkhayat estime ainsi qu’ils doivent davantage se tourner vers les risques des entreprises, un segment qui nécessite davantage d’analyse, d’expertise et d’accompagnement et qui est, par nature, moins facilement automatisable.Cette évolution pourrait contribuer à renforcer la valeur ajoutée de l’intermédiaire dans un marché où certaines opérations deviennent progressivement accessibles en ligne.Un métier appelé à changer en profondeurAu-delà de l’IA, les intermédiaires doivent également composer avec l’apparition de nouveaux risques, notamment les cyber-risques, les risques climatiques et les nouvelles vulnérabilités liées aux transformations économiques et technologiques. Ces évolutions figurent précisément parmi les thèmes de la prochaine rencontre annuelle de la FNACAM.Pour Nora Belkhayat, il ne s’agit toutefois pas de rompre avec le modèle existant, mais de le faire évoluer. L’intermédiaire de demain devra être capable de combiner technologie, expertise, écoute et conseil.