Réunis à Rabat les 14 et 15 octobre, les acteurs du ferroviaire africain veulent franchir une nouvelle étape : transformer les ambitions et les engagements en projets bancables et réalisables. Le Maroc, fort de son expérience, est présenté unanimement comme un modèle à suivre.
L’Afrique doit désormais passer des déclarations d’intention à la réalisation effective de ses infrastructures ferroviaires. C’est le message central des allocutions d’ouverture du Forum sur le financement des projets ferroviaires en Afrique, lancé mercredi 14 octobre à Rabat, sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, à l’initiative de l’ONCF et de l’Union internationale des chemins de fer (UIC).
Devant quelque 200 participants représentant 20 pays, Mohamed Rabie Khlie, directeur général de l’ONCF, intervenant en sa qualité de président de la région Afrique de l’UIC, a appelé à «passer du constat à l’action durable». Trois ans après la Déclaration de Dakar, cette deuxième édition entend apporter des réponses concrètes au déficit d’investissement ferroviaire du continent.
Selon les chiffres de l’Agenda 2063 évoqués par Khlie, l’insuffisance des infrastructures coûterait à l’Afrique deux points de croissance annuelle et entraînerait une perte de productivité estimée à 40%.
L’expérience marocaine a occupé une place centrale dans les interventions. Avec Al Boraq, premier train à grande vitesse africain, plus de 55 millions de voyageurs annuels et un ambitieux programme d’investissement ferroviaire dépassant 10 milliards d’euros à l’horizon 2035, le Royaume illustre la possibilité de transformer une vision stratégique en réalisations concrètes.
Asmae Boureddaya, coordinatrice régionale de l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD), a salué cette expérience, notamment la capacité du Maroc à mobiliser des financements diversifiés. Elle a également souligné la portée de l’Initiative Royale Atlantique pour les connexions économiques africaines.
Mais le principal défi demeure la transformation des priorités en projets finançables. Études de faisabilité, prévisions de trafic, partage des risques, garanties et maintenance doivent être anticipés. «La bancabilité se construit, mais doit absolument être financée», a insisté Boureddaya, appelant les participants à quitter Rabat avec des projets préparés, des financements identifiés et des partenariats assortis d’engagements.
Éric Ntagengerwa, responsable du transport à la Commission de l’Union africaine, a également plaidé pour la transformation des ambitions continentales en projets d’investissement crédibles, avec une participation accrue du secteur privé.
De son côté, François Davenne, directeur général de l’UIC, a défendu le recours aux marchés du carbone pour contribuer au financement du rail. Il a annoncé le lancement, à l’issue du forum, d’une coalition destinée à mieux valoriser les réductions d’émissions générées par les transports ferroviaires et publics.
L’enjeu de Rabat est de faire du financement le moteur du passage des engagements africains aux chantiers ferroviaires concrets.