Football féminin en Afrique : au-delà des trophées, le défi d’un investissement durable
Les Lionnes de l’Atlas incarnent la progression du football féminin africain, porté par une visibilité accrue et des investissements en hausse.

Porté par l’engouement populaire et la progression des investissements, le football féminin africain se trouve à un tournant décisif. Alors que les revenus mondiaux du sport féminin devraient atteindre trois milliards de dollars en 2026, Isha Johansen, ancienne membre du Comité exécutif de la CAF et première femme ouest africaine à siéger au Conseil de la FIFA, appelle à transformer cette dynamique en opportunités durables pour les joueuses et les futures dirigeantes du continent.

La progression du football féminin ouvre de nouvelles perspectives pour le sport africain. Au lendemain de la Coupe d’Afrique des nations féminine, organisée à Rabat, Casablanca et Fès, l’enjeu dépasse désormais le terrain : il s’agit de convertir l’engouement suscité par la compétition en investissements durables, en infrastructures adaptées et en perspectives professionnelles pour les nouvelles générations.Dans sa tribune, Isha Johansen souligne que les revenus mondiaux du sport féminin devraient atteindre au moins trois milliards de dollars en 2026, soit une hausse de 340 % en quatre ans. En Afrique, malgré l’intérêt croissant des supporters et des sponsors, le modèle économique reste fragile et dépend encore largement des financements des fédérations et des pouvoirs publics.Des avancées sont néanmoins perceptibles. La Confédération africaine de football a doublé la dotation de la CAN féminine, portée à 5,8 millions de dollars, dont deux millions pour l’équipe championne. La compétition a également enregistré une hausse de 40 % des recettes télévisuelles et commerciales, avec une diffusion sur plus de 100 chaînes.Des inégalités qui freinent encore la progressionMalgré cette dynamique, le football féminin africain reste confronté à des difficultés structurelles. Le départ de nombreuses joueuses vers l’Europe et les États Unis illustre les limites des championnats locaux, souvent pénalisés par des ressources financières insuffisantes et un manque de visibilité médiatique.Les inégalités salariales persistent également, tandis que les femmes demeurent sous représentées dans les postes d’entraîneurs et de direction. Pour Isha Johansen, le développement du football féminin ne peut donc se limiter à l’organisation de grandes compétitions ou à l’émergence de quelques joueuses emblématiques.Il exige un investissement de long terme dans la formation, les infrastructures, l’encadrement technique et l’accès des femmes aux responsabilités. Le mentorat constitue, à cet égard, un levier essentiel pour accompagner les jeunes talents et favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeantes.Mobiliser les États, les entreprises et les médiasL’ancienne dirigeante de la CAF appelle à une mobilisation coordonnée des gouvernements, des instances sportives et du secteur privé. Les entreprises peuvent contribuer à la croissance du football féminin grâce à des partenariats commerciaux, à la production de contenus numériques et à des initiatives permettant de rapprocher les joueuses de leurs supporters.Les pouvoirs publics doivent, de leur côté, créer un environnement favorable aux investissements, garantir davantage de transparence et soutenir le développement du football à la base. Les médias ont également un rôle déterminant à jouer en accordant une visibilité accrue aux compétitions féminines et aux parcours des sportives.Des organisations comme Tibu Africa illustrent, selon elle, la capacité du sport à favoriser l’inclusion sociale et à créer de nouvelles perspectives pour les jeunes. Le partenariat entre TotalEnergies et la CAF est également présenté comme un levier de visibilité et de développement du football africain.Faire du football féminin un moteur de croissanceAu delà des performances sportives, le football féminin représente une opportunité économique et sociale pour le continent. La création d’emplois, le développement du tourisme sportif et le renforcement des industries liées au sport figurent parmi les retombées possibles d’investissements mieux structurés.Pour Isha Johansen, l’Afrique dispose aujourd’hui d’une occasion de consolider sa place dans le développement mondial du sport féminin. Mais cette ambition suppose de dépasser les succès ponctuels pour bâtir un écosystème capable de retenir les talents, de soutenir les clubs et d’offrir aux femmes une place plus importante dans la gouvernance sportive.Le véritable enjeu ne se résume donc pas au trophée remporté au terme d’une compétition. Il réside dans la capacité du continent à transformer l’enthousiasme populaire en progrès durables et à faire du football féminin un pilier de son développement.