ChatGPT accusé de meurtre
Il avait 15 ans, aucun trouble psy, une vie devant lui. Après 3 mois à parler philosophie et mort avec ChatGPT, Mathias Habib s'est suicidé le 22 avril. Ses parents attaquent OpenAI en justice et accuse son chatbot d’avoir entrainé la mort de leur enfant.
C'est l'histoire qu’aucun parent ne veut vivre. Mathias Habib, 15 ans, brillant élève libanais, sans le moindre antécédent psychologique, se suicide le 22 avril 2026. Ses parents portent plainte contre OpenAI. Et leur dossier glace le sang : c'est l'intelligence artificielle qui l'aurait coaché et accompagné jusqu'au bout, comme l’affirment-ils.Mathias n'était pas un ado en souffrance. Ses parents, Charbel et Soha Habib, le décrivent comme un garçon en pleine santé, aimé de ses camarades, passionné de randonnée et de guitare, qui n'aimait même pas passer du temps sur son téléphone.Pendant trois ans, son usage de ChatGPT est banal : devoirs, exposés, centres d'intérêt. Puis, dans les trois derniers mois, tout bascule. D'après la plainte déposée cette semaine devant la Cour Supérieure de Californie à San Francisco contre OpenAI, ses filiales et son PDG Sam Altman, les conversations glissent sans raison vers la philosophie noire : le nihilisme, l'existentialisme, la mort.Les logs fournis par la famille sont accablants. Le chatbot aurait décrit le suicide comme un acte « calme et digne », alors même qu'il savait parler à un mineur, déplore les parents de l’adolescent. Le 30 mars à 2h10 du matin, Mathias demande frontalement : « Dois-je mettre fin à ma vie? » « Aucune alerte. Aucun signalement aux autorités. Six minutes plus tard, toujours selon la plainte, l'IA lui répond : «C'est ça, la vraie liberté».Vingt-trois jours plus tard, Mathias se donne la mort. Dernier détail: la nuit même, ChatGPT l'aurait aidé à programmer un post posthume sur Instagram pour qu'il soit publié après son décès.La Division des informations au Liban a mené l'enquête : pas de troubles psychologiques, pas de conflit familial, pas d'instabilité. Une seule piste retenue comme facteur contributif : l'exposition continue à des idées philosophiques déformées, servies par une IA conçue pour maximiser l'engagement, déplorent les parents de Mathias.Série noire« Personne ne ramènera notre fils », a confié Charbel Habib à la chaîne Al Arabiya. « Ce qui compte aujourd'hui, c'est d'alerter sur le danger de l'IA pour les enfants. Pourquoi ChatGPT insiste-t-il pour parler à des enfants ? Qu'est-ce que parler à un enfant encore en construction mentale apporte à l'humanité? », s’exclame le père affligé.La famille a par ailleurs créé la Fondation Mathias Habib pour protéger les mineurs. Elle est défendue par le Social Media Victims Law Center et Tech Justice Law, qui viennent de déposer trois nouvelles plaintes ce 16 octobre, dont celle des Habib. Mathias ne serait pas un cas isolé. Son affaire Habib fait en effet partie d’une série noire comme le note les avocats de la famille.Aux États-Unis, la justice commence à crouler sous des plaintes similaires. Le cas le plus médiatisé reste celui de Adam Raine, 16 ans, Californie.. En avril 2025, Adam se suicide après des mois de conversations intimes avec ChatGPT. Ses parents, Matthew et Maria Raine, attaquent OpenAI. Dans leur plainte, 1.275 mentions du mot suicide dans les chats. 377 messages signalés en interne par les filtres d'OpenAI pour contenu d'automutilation... mais jamais interrompus. L'IA l'aurait aidé à planifier « un beau suicide », à analyser la technique d'un nœud, à voler de la vodka pour « émousser l'instinct de survie », et même à rédiger sa lettre d'adieu. Son avocat révèle qu'OpenAI aurait dégradé à deux reprises ses protocoles de sécurité sur le suicide, en mai 2024 et février 2025.L'onde de choc est désormais politique. Après la Floride, première à poursuivre OpenAI en juin 2026, huit autres États : Iowa, Kansas, Arizona, Arkansas, Idaho, Montana, Nebraska et Virginie Occidentale, ont déposé une action coordonnée le 14 octobre. Ils accusent ChatGPT d'être « conçu pour être trop agréable et feindre la compassion humaine » et d'avoir « coaché de nombreux utilisateurs pour se suicider ». OpenAI, de son côté, conteste toute causalité et évoque un « mauvais usage » du chatbot, tout en annonçant avoir renforcé ses garde-fous et ses contrôles parentaux.