Parlement. Fatima Ezzahra El Mansouri dévoile la feuille de route gouvernementale
La cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, présentant le programme gouvernemental

Croissance moyenne de 5 %, déficit budgétaire limité à 3 % du PIB, aide sociale directe portée à 1.000 DH par mois, 100.000 premières opportunités professionnelles par an et 1,8 milliard de m³ d’eau dessalée à l’horizon 2031 : le programme gouvernemental 2026-2031 fixe une série d’objectifs économiques et sociaux couvrant les revenus, la santé, l’éducation, le logement, l’industrie et la souveraineté nationale.

Devant le Parlement réuni en séance conjointe, la cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, a présenté le programme de son exécutif pour la mandature 2026–2031. S'appuyant sur les orientations royales et la vision stratégique du Nouveau Modèle de Développement, le gouvernement déploie une stratégie ambitieuse articulée autour de sept priorités majeures. Pouvoir d'achat, réformes sociales, souveraineté industrielle, numérique et transition écologique constituent le cœur de ce pacte politiqueLa trajectoire économique annoncée repose sur une croissance moyenne annuelle de 5 % entre 2027 et 2031, une inflation maintenue autour de 2 % et un déficit budgétaire plafonné à 3 % du produit intérieur brut. Le gouvernement vise parallèlement à ramener la dette publique à environ 62 % du PIB d’ici 2031.Pour soutenir cette trajectoire, l’Exécutif entend accroître le rôle du secteur privé, dont la contribution devrait représenter les deux tiers de l’investissement national. Cette orientation place la mobilisation des capitaux privés, le développement des entreprises et la création d’emplois au cœur du programme.Pouvoir d’achatLa protection des revenus constitue l’un des principaux volets du programme. Le gouvernement prévoit de porter progressivement l’aide sociale directe à 1.000 dirhams par mois à la fin de la mandature, contre 500 dirhams dans le dispositif présenté.Une compensation sociale automatique est également annoncée pour les factures mensuelles d’électricité inférieures ou égales à 100 dirhams, pour le logement principal des familles modestes. Le mécanisme devrait fonctionner sans démarche administrative de la part des bénéficiaires éligibles.Le volet consacré aux retraites prévoit de relever progressivement la pension minimale à 3.000 dirhams par mois dans l’ensemble des régimes. Le gouvernement annonce aussi le versement aux veuves d’une pension équivalant à 100 % des droits du conjoint décédé, contre 50 % actuellement selon le programme, tout en préservant les droits des orphelins.La fiscalité des ménages doit également évoluer. Une réforme progressive de l’impôt sur le revenu est prévue afin d’accroître le salaire net des employés et d’encourager l’emploi déclaré. En parallèle, les conditions d’accès à l’indemnité pour perte d’emploi devraient être assouplies, avec un élargissement du nombre de bénéficiaires.
Santé Dans le domaine sanitaire, le programme prévoit de réduire les disparités territoriales en matière d’infrastructures et d’institutionnaliser le parcours de soins. La généralisation du service d’aide médicale urgente (SAMU) et la modernisation des services d’urgence figurent parmi les mesures annoncées.Le gouvernement mise également sur la transformation numérique avec le déploiement d’une plateforme nationale de santé interconnectée. Ce système doit permettre de rationaliser le suivi médical des patients et de contribuer à la pérennité de l’Assurance maladie obligatoire (AMO). L’objectif affiché est de mieux articuler les différentes composantes de l’offre de soins, tout en améliorant l’accès aux services de santé sur l’ensemble du territoire.Éducation et emploiL’école publique fait l’objet d’objectifs chiffrés en matière d’acquis fondamentaux. Le gouvernement vise une proportion d’au moins 80 % d’élèves maîtrisant les compétences de base d’ici 2031, notamment à travers la généralisation du modèle des Écoles pionnières.La lutte contre l’abandon scolaire doit reposer sur un dispositif de détection précoce, avec un objectif opérationnel à partir de 2030. Les élèves identifiés comme étant à risque devront être orientés vers la poursuite de leur scolarité, la formation professionnelle ou l’apprentissage.La mobilisation des compétences marocaines établies à l’étranger figure également dans cette feuille de route. Un programme doit favoriser le retour et la contribution des hauts diplômés et des cadres de la diaspora afin de limiter la fuite des cerveaux et de renforcer les compétences disponibles dans le pays.Pour l’emploi des jeunes, le gouvernement prévoit, à partir de 2027, de qualifier 100.000 jeunes par an en fonction des besoins des entreprises et d’offrir une première opportunité professionnelle à 100.000 autres jeunes chaque année.La capacité de formation par apprentissage devrait passer de 150.000 à 200.000 bénéficiaires par an. Le programme prévoit en outre l’accompagnement de 60.000 TPE et PME créées par des jeunes, grâce à des dispositifs d’incubation, de garanties et de financement.Un dispositif baptisé « Jawaz Al Horriya Al Mihaniya », ou passeport de mobilité professionnelle, doit faciliter l’accès à l’emploi en dehors du bassin de résidence. Il prévoit un soutien financier et logistique aux jeunes concernés, en lien avec le développement d’une offre de logements locatifs à prix modérés.Habitat, urbanisme et développement territorialLe développement de l’habitat rural figure parmi les engagements territoriaux du programme. Le gouvernement annonce un objectif de construction ou de réhabilitation de 100.000 logements en milieu rural, accompagné d’une subvention directe de 40.000 dirhams par ménage éligible et d’une assistance technique gratuite.Une réforme du cadre de l’urbanisme rural doit également simplifier les démarches administratives nécessaires aux autorisations de construire dans les douars. Elle prévoit la régularisation des bâtiments existants qui répondent aux normes de sécurité.En milieu urbain, l’Exécutif annonce la résorption définitive des bidonvilles et la restructuration des quartiers insalubres. Le développement d’un parc locatif abordable est également prévu, notamment au bénéfice des fonctionnaires et des jeunes actifs amenés à travailler loin de leur lieu de résidence.Eau, énergie et alimentationLa sécurité hydrique figure parmi les priorités stratégiques de la mandature. Le gouvernement vise une production de 1,8 milliard de mètres cubes d’eau dessalée d’ici 2031. Cet objectif doit s’accompagner de l’accélération des programmes de construction de grands et moyens barrages et de l’achèvement des autoroutes de transfert d’eau entre bassins.Sur le plan énergétique, la part des énergies renouvelables devrait dépasser 52 % du mix électrique national à l’horizon 2030. Le programme prévoit également l’opérationnalisation de l’« Offre Maroc » consacrée à l’hydrogène vert et la mise en œuvre du schéma directeur des infrastructures gazières.La souveraineté alimentaire repose, entre autres, sur le renforcement de la production nationale de semences. Le gouvernement veut faire passer leur part de 20 % à 50 % au cours de la mandature.D’autres mesures sont annoncées pour les filières agricoles sensibles : réglementation des exportations, développement de plateformes régionales de commercialisation afin de contribuer à la régulation des prix et reconstitution du cheptel national.L’ensemble de ces engagements vise à renforcer la capacité du pays à sécuriser ses approvisionnements et à limiter certaines dépendances, dans des secteurs soumis aux aléas climatiques et aux évolutions des marchés internationaux.Le programme prévoit aussi la mise en place des conditions légales, administratives et financières nécessaires au développement d’une base industrielle et technologique de défense (BITD) nationale.L’Exécutif annonce également la constitution d’une flotte marchande maritime souveraine. Ces deux projets s’inscrivent dans une orientation visant à développer des capacités nationales dans des domaines considérés comme stratégiques et à renforcer l’autonomie du pays.Investissement publicLe gouvernement entend utiliser la commande publique comme un levier de développement du tissu entrepreneurial national. Il prévoit ainsi de rendre légalement obligatoire l’allocation d’au moins 30 % du montant des marchés publics aux très petites et petites et moyennes entreprises marocaines.Cette orientation complète l’objectif de porter la part du secteur privé aux deux tiers de l’investissement national. Elle vise à renforcer la participation des entreprises locales à la commande publique, tout en soutenant leur activité et leur capacité de développement.La régionalisation avancée constitue un autre axe du programme. Les transferts financiers annuels de l’État aux régions devraient atteindre un minimum de 12 milliards de dirhams dès 2027. Cette hausse doit accompagner les politiques de développement territorial et contribuer à une répartition plus équilibrée des investissements.Gouvernance Sur le plan institutionnel, le programme prévoit l’incrimination de l’enrichissement illicite, ainsi que des sanctions relatives aux conflits d’intérêts dans le cadre de l’application de l’article 36 de la Constitution. La divulgation d’informations privilégiées doit également faire l’objet d’une incrimination.Le gouvernement annonce parallèlement un renforcement de la protection de la vie privée et des données personnelles. Il prévoit aussi de simplifier les démarches de création et de financement des associations de la société civile.La promotion de la langue amazighe bénéficie d’un volet spécifique. Un fonds doté de 2 milliards de dirhams est annoncé, ainsi que la création d’une commission interministérielle permanente chargée de coordonner son intégration dans l’éducation, l’administration, la justice et les médias.Intelligence artificielle et cybersécurité La transformation numérique doit s’accompagner d’un renforcement de la sécurité des infrastructures critiques. Le programme prévoit la création d’une instance nationale intégrée dédiée à leur protection contre les cyberattaques.Un cadre juridique consacré à l’intelligence artificielle doit également être élaboré afin d’encadrer son déploiement selon des principes éthiques, responsables et souverains. Ces orientations placent la sécurité numérique, la protection des données et la maîtrise des technologies parmi les composantes de la stratégie nationale de transformation économique.Tourisme, sport et culture Le tourisme fait l’objet d’une feuille de route couvrant la période 2027-2030. Le gouvernement vise 26 millions de visiteurs à l’horizon 2030 et annonce une montée en gamme de l’offre touristique nationale.Le programme prévoit également de valoriser les patrimoines matériel et immatériel, de renforcer l’ouverture culturelle dans les régions et de structurer la filière sportive. Ces orientations s’inscrivent notamment dans la préparation de la Coupe du monde 2030, que le Maroc coorganisera.En conclusion de sa présentation devant les parlementaires, Fatima Ezzahra El Mansouri a mis en avant la nécessité d’une coopération entre majorité et opposition, d’un dialogue social avec les syndicats et les acteurs économiques, ainsi que d’une écoute continue des citoyens.**related_articles[23443-Rabat. Fatima-Zahra Mansouri prend officiellement les commandes du gouvernement]**