Bruno Gérard : « L’Afrique doit construire ses propres modèles agricoles »
Face à des enjeux agricoles de plus en plus imbriqués, l’approche sectorielle montre ses limites. À l’occasion de la Science Week 2026, Bruno Gérard, doyen du Collège d’agriculture de l’UM6P, défend une lecture systémique et multidisciplinaire pour mieux comprendre et transformer les modèles agricoles, au Maroc comme en Afrique.
Mounia Kabiri Kettani
Bruno Gérard, doyen du Collège d’agriculture de l’UM6P.
L’agriculture ne peut plus être pensée en silo. C’est le constat posé par Bruno Gérard lors de la Science Week 2026 de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), placée sous le thème des « convergences ». Pour le doyen du Collège d’agriculture, cette notion s’impose comme une réponse directe à la complexité croissante des systèmes agricoles. « La convergence consiste à faire dialoguer les disciplines pour traiter des problématiques complexes », explique-t-il. Un impératif dans un secteur où s’entremêlent contraintes climatiques, enjeux économiques, réalités sociales et choix politiques.
Au Maroc comme ailleurs en Afrique, l’agriculture reste un pilier économique et social majeur. Sur le continent, elle mobilise en moyenne plus de 60 % de la population active, avec des niveaux pouvant atteindre 80 % dans certains pays. Mais cette centralité s’accompagne d’une complexité structurelle. « L’agriculture dépend de l’environnement, mais elle impacte aussi cet environnement », rappelle Bruno Gérard. À cela s’ajoutent les pressions liées au changement climatique, aux ressources hydriques ou encore aux dynamiques de marché.
Dans ce contexte, les approches purement agronomiques ne suffisent plus. « Il ne s’agit pas seulement d’étudier la plante, mais l’ensemble du système : les exploitations, les territoires, les chaînes de valeur, les politiques publiques », insiste-t-il.
Vers une analyse systémique des modèles agricoles
C’est précisément pour répondre à cette exigence que l’UM6P a lancé un nouveau centre dédié à l’analyse systémique appliquée à l’agriculture. L’objectif : décloisonner la recherche et favoriser les collaborations entre disciplines. « Nous disposons d’un écosystème riche, mais encore trop fragmenté », reconnaît Bruno Gérard. Le centre ambitionne ainsi de créer des passerelles entre différentes entités, qu’il s’agisse de l’Africa Business School pour les questions de marché, des structures de recherche en politiques publiques ou encore des équipes spécialisées en analyse d’impact. Cette approche vise à mieux intégrer les dimensions économiques, sociales et environnementales dans la production de connaissances, mais aussi à renforcer leur traduction en politiques publiques.
Données, IA et aide à la décision
Au cœur de cette transformation, la donnée occupe une place centrale. L’essor des technologies numériques, de l’intelligence artificielle et des données géospatiales ouvre de nouvelles perspectives pour l’analyse agricole. « Nous avons aujourd’hui accès à des volumes de données sans précédent, notamment sur les sols ou les conditions climatiques à l’échelle du continent », souligne Bruno Gérard. L’enjeu consiste désormais à transformer ces données en outils d’aide à la décision, tant pour les agriculteurs que pour les décideurs publics. Cette logique s’inscrit dans une approche multi-échelles, allant de la parcelle agricole jusqu’aux dynamiques continentales. « Les phénomènes ne s’expriment pas de la même manière selon les échelles. Sans une analyse systémique, il est difficile d’en saisir les effets réels », précise-t-il.
Des modèles agricoles à construire, pas à importer
Au-delà des outils, la question des modèles reste centrale. Pour Bruno Gérard, l’Afrique ne peut se contenter de reproduire des schémas venus d’ailleurs. « Il ne s’agit pas d’importer un modèle du Nord, mais de développer des modèles adaptés aux réalités locales », affirme-t-il. Le continent se caractérise en effet par une grande diversité de systèmes agricoles, allant de l’agro-industrie aux petites exploitations familiales. Une hétérogénéité qui impose des réponses différenciées, tenant compte des capacités d’investissement, de l’accès aux marchés ou encore des conditions agroécologiques. « Il n’existe pas une solution unique, mais une diversité de trajectoires possibles », résume le doyen. D’où l’importance de dispositifs d’accompagnement adaptés, notamment à travers les services de conseil agricole et de vulgarisation.
Au Maroc comme ailleurs en Afrique, l’agriculture reste un pilier économique et social majeur. Sur le continent, elle mobilise en moyenne plus de 60 % de la population active, avec des niveaux pouvant atteindre 80 % dans certains pays. Mais cette centralité s’accompagne d’une complexité structurelle. « L’agriculture dépend de l’environnement, mais elle impacte aussi cet environnement », rappelle Bruno Gérard. À cela s’ajoutent les pressions liées au changement climatique, aux ressources hydriques ou encore aux dynamiques de marché.
Dans ce contexte, les approches purement agronomiques ne suffisent plus. « Il ne s’agit pas seulement d’étudier la plante, mais l’ensemble du système : les exploitations, les territoires, les chaînes de valeur, les politiques publiques », insiste-t-il.
Vers une analyse systémique des modèles agricoles
C’est précisément pour répondre à cette exigence que l’UM6P a lancé un nouveau centre dédié à l’analyse systémique appliquée à l’agriculture. L’objectif : décloisonner la recherche et favoriser les collaborations entre disciplines. « Nous disposons d’un écosystème riche, mais encore trop fragmenté », reconnaît Bruno Gérard. Le centre ambitionne ainsi de créer des passerelles entre différentes entités, qu’il s’agisse de l’Africa Business School pour les questions de marché, des structures de recherche en politiques publiques ou encore des équipes spécialisées en analyse d’impact. Cette approche vise à mieux intégrer les dimensions économiques, sociales et environnementales dans la production de connaissances, mais aussi à renforcer leur traduction en politiques publiques.
Données, IA et aide à la décision
Au cœur de cette transformation, la donnée occupe une place centrale. L’essor des technologies numériques, de l’intelligence artificielle et des données géospatiales ouvre de nouvelles perspectives pour l’analyse agricole. « Nous avons aujourd’hui accès à des volumes de données sans précédent, notamment sur les sols ou les conditions climatiques à l’échelle du continent », souligne Bruno Gérard. L’enjeu consiste désormais à transformer ces données en outils d’aide à la décision, tant pour les agriculteurs que pour les décideurs publics. Cette logique s’inscrit dans une approche multi-échelles, allant de la parcelle agricole jusqu’aux dynamiques continentales. « Les phénomènes ne s’expriment pas de la même manière selon les échelles. Sans une analyse systémique, il est difficile d’en saisir les effets réels », précise-t-il.
Des modèles agricoles à construire, pas à importer
Au-delà des outils, la question des modèles reste centrale. Pour Bruno Gérard, l’Afrique ne peut se contenter de reproduire des schémas venus d’ailleurs. « Il ne s’agit pas d’importer un modèle du Nord, mais de développer des modèles adaptés aux réalités locales », affirme-t-il. Le continent se caractérise en effet par une grande diversité de systèmes agricoles, allant de l’agro-industrie aux petites exploitations familiales. Une hétérogénéité qui impose des réponses différenciées, tenant compte des capacités d’investissement, de l’accès aux marchés ou encore des conditions agroécologiques. « Il n’existe pas une solution unique, mais une diversité de trajectoires possibles », résume le doyen. D’où l’importance de dispositifs d’accompagnement adaptés, notamment à travers les services de conseil agricole et de vulgarisation.
