Gitex Africa 2026. Le Maroc passe à la vitesse IA

À l’ouverture du GITEX Africa 2026, le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch a mis en avant le tournant stratégique engagé depuis 2021, marqué par la création, pour la première fois, d’un département entièrement dédié au numérique. « Il s’agissait d’un signal politique fort visant à consacrer la transformation digitale comme une priorité publique », a-t-il souligné.
Ce repositionnement s’est accompagné d’un effort budgétaire inédit. Le budget d’investissement consacré au numérique est ainsi passé de 11 millions à plus de 1,7 milliard de dirhams entre 2021 et 2024, traduisant le passage d’initiatives fragmentées à une stratégie structurée à l’échelle nationale.
Avec la stratégie « Maroc Digital 2030 », le Royaume articule désormais son ambition autour de deux piliers : la construction d’un État numérique au service du citoyen et le développement d’une économie digitale créatrice de valeur. Les premiers résultats témoignent de cette dynamique, avec 148 500 emplois générés et plus de 26 milliards de dirhams d’exportations de services à fin 2024. À horizon 2030, les autorités visent 270 000 emplois et près de 40 milliards de dirhams d’exportations.

Dans ce contexte, Amal El Fallah Seghrouchni a défendu une vision stratégique singulière : celle d’une « troisième voie » marocaine entre les grands blocs technologiques mondiaux. Pour la ministre, l’IA constitue à la fois un levier de compétitivité et un enjeu de souveraineté. Mais elle s’inscrit aussi dans un environnement international marqué par des rivalités accrues et une course aux investissements.
Les chiffres évoqués sont révélateurs : 67 milliards de dollars d’investissements privés dans l’IA aux États-Unis en 2023, plus de 100 milliards en Chine sur une décennie, et jusqu’à 200 milliards d’euros envisagés en Europe. « Nous sommes conscients que la compétition technologique mondiale est aussi une compétition d’investissements, de capacités industrielles et de souveraineté scientifique. Notre ambition marocaine ne consiste pas à se positionner comme un poids plume face à des poids lourds. L’enjeu est d’inventer un nouveau jeu », note la ministre.
La troisième voie qui repose, selon la ministre, sur quatre piliers structurants : Une souveraineté technologique opérationnelle, orientée vers l’intérêt général et la transformation des secteurs stratégiques, une modernité authentique, fondée sur un digital et une intelligence artificielle adaptés aux réalités économiques, sociales et culturelles du Royaume. Ensuite une puissance technologique d’équilibre, capable de relier l’Europe, l’Afrique et l’Atlantique dans la recomposition des rapports de force à l’échelle mondiale et une boussole stratégique pour le dialogue international sur le digital et l’intelligence artificielle.
Les États-Unis ont pris part à la session d’ouverture de haut niveau de l’événement. L’ambassadeur Duke Buchan III a mis en avant la solidité du partenariat historique entre Washington et Rabat, tout en réaffirmant l’engagement américain en faveur de la transformation digitale du Royaume. Il a également salué le leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qu’il a qualifié de déterminant dans le positionnement du Maroc comme pôle de stabilité et de modernisation sur le continent.
Le diplomate a aussi insisté sur la dynamique en cours : « Certains pays parlent du futur numérique. Le Maroc, lui, le construit. Et le monde entier observe. ». Il a notamment mis en avant la montée en puissance des infrastructures, avec l’émergence de data centers de Tanger à Dakhla, ainsi que l’ambition de former 100 000 jeunes Marocains par an aux métiers du digital et de l’intelligence artificielle. « Des projets concrets, des infrastructures réelles et des carrières qui se construisent », a-t-il résumé, soulignant au passage l’implication croissante des entreprises américaines aux côtés du Maroc dans cette transformation.
Souveraineté numérique : un enjeu continental
Au-delà du cadre national, la question de la souveraineté digitale a été au cœur des prises de parole africaines. Le doyen du corps diplomatique africain au Maroc, Mouhamadou Youssifou a posé le ton : « La souveraineté numérique n’est plus une option pour nos pays africains », a-t-il insisté, appelant à sortir d’un modèle où le continent serait « un simple terrain d’expérimentation » pour devenir un espace de production, de décision et d’innovation.
Selon lui, des secteurs comme l’intelligence artificielle, la fintech ou l’inclusion digitale doivent désormais être intégrés au cœur des politiques publiques africaines et du quotidien des populations.
Le chef du gouvernement a également mis l’accent sur l’essor rapide de la fintech sur le continent. Avec un taux de pénétration des smartphones de 60 % et plus de 500 millions de comptes de mobile money actifs, l’Afrique s’impose aujourd’hui comme un leader mondial du paiement mobile.
Cette dynamique pourrait s’accélérer : les projections estiment la taille de l’économie numérique africaine à 2 900 milliards de dollars d’ici 2030, tandis que l’intelligence artificielle pourrait générer 1 000 milliards de dollars de PIB supplémentaire à l’horizon 2035.
De son côté, le président de la CGEM, Chakib Alj estime que l’intelligence artificielle est devenue bien plus qu’un simple outil : elle constitue désormais une infrastructure économique centrale. « Elle pourrait ajouter jusqu’à 7 000 milliards de dollars au PIB mondial au cours de la prochaine décennie », fait –il savoir.
La patron des patrons ajoute que « répondre à la seule demande mondiale en capacité de calcul liée à l’IA nécessitera 5 000 milliards de dollars d’investissement dans les data centers d’ici 2030 ». Il reste par ailleurs convaincu que le Maroc et l’Afrique disposent ici d’atouts majeurs : une jeunesse qualifiée, des ingénieurs talentueux, un tissu industriel en expansion et une structure de coûts compétitive. « Cependant, ces transformations soulèvent également des défis majeurs », précise t-il.
Sur le plan des infrastructures, le Maroc entend capitaliser sur ses avancées. Le déploiement de la 5G vise 45 % de couverture dès 2026 et 85 % en 2030, tandis que la fibre optique dépasse déjà 1,4 million d’abonnés.
Le Royaume bénéficie également d’un avantage énergétique stratégique. Comme l’a rappelé Chakib Alj, près de 45 % de la capacité électrique installée provient des énergies renouvelables, avec un objectif de 52 % à l’horizon 2030. Un argument clé à l’heure où les data centers, essentiels à l’IA, deviennent extrêmement
Au fil des interventions, un constat s’impose : l’Afrique amorce une transition majeure, passant du statut de consommateur de technologies à celui d’acteur de leur développement.
Dans cette dynamique, le Maroc entend jouer un rôle d’interface stratégique entre l’Europe, l’Afrique et le reste du monde. « Le Maroc est prêt », a affirmé Aziz Akhannouch, mettant en avant la convergence entre investissements, capital humain et infrastructures.
