Musique
Neta Elkayam revisite la mémoire judéo-marocaine dans son nouvel album « Arénas »

Composé de sept longues pièces musicales, l’album se présente comme une expérience d’écoute proche de la transe, où répétitions, cycles mélodiques et expérimentations sonores traduisent les thèmes de la migration, de l’héritage et de la transformation culturelle.
Une exploration intime des racines marocaines
À travers « Arénas », Neta Elkayam poursuit son travail artistique autour de ses origines juives nord-africaines. L’artiste puise notamment dans l’histoire familiale liée à Tinghir, ville natale de sa grand-mère, pour construire un dialogue personnel avec la mémoire ancestrale.
Choisissant l’arabe marocain comme langue d’expression artistique, elle développe une écriture fondée sur les répétitions et les structures cycliques, en écho aux traditions orales marocaines et amazighes. Cette démarche donne naissance à une œuvre où la mémoire familiale devient matière sonore et poétique.
Le projet a été développé en étroite collaboration avec le producteur et compositeur Amit Hai Cohen. Tous deux revendiquent des racines familiales issues des villages amazighs du Maroc, une filiation qui traverse l’album comme un questionnement permanent sur l’identité, la transmission et la distance.

Un album inspiré par les archives du camp des Arénas
Le titre de l’album fait référence au camp de transit des Arénas à Marseille, lieu de passage historique pour des milliers de familles juives d’Afrique du Nord avant leur départ vers d’autres horizons.
Des années après cette période migratoire, Neta Elkayam découvre à Jérusalem de rares enregistrements sur bobines réalisés dans ce camp par le folkloriste Yissakhar Ben-Ami. Ces archives sonores capturent des voix de femmes, des chants de deuil et d’espoir, des fragments de vie marqués par l’exil, ainsi que des mélodies inachevées et des pleurs d’enfants.
Ces témoignages ont profondément nourri la création de l’album.
« Juste avant la chute », explique Neta Elkayam. « Ni ici, ni là-bas - une pause temporaire entre le passé et l’avenir, une sorte de vide. J’ai trouvé refuge dans le camp de transit “Arénas” à Marseille... une phrase tremblante, une voix - qui a continué à résonner dans ma tête, créant une avalanche de nouveaux mots. C’est ainsi qu’est né le projet musical Arénas. »
Entre traditions marocaines et sonorités contemporaines
Musicalement, « Arénas » se construit autour d’un dialogue entre instruments acoustiques et électroniques. Le projet mêle synthétiseurs, samples, beats, bendirs et arrangements de cuivres inspirés notamment des brass bands de La Nouvelle-Orléans.
Cette fusion donne naissance à un univers sonore hybride où les influences andalouses, chaâbi et amazighes croisent les codes des musiques expérimentales contemporaines. La voix de Neta Elkayam demeure au centre de cette architecture musicale, portée par une approche à la fois intime, spirituelle et profondément enracinée dans les traditions marocaines.
L’album marque également le premier projet de l’artiste entièrement consacré aux traditions musicales amazighes des montagnes de l’Atlas.
Une artiste entre Maroc, Jérusalem et La Nouvelle-Orléans
Figure reconnue de la scène musicale contemporaine, Neta Elkayam développe depuis plusieurs années une œuvre explorant les identités juives nord-africaines à travers une approche diasporique et moderne.
Entre Jérusalem, le Maroc et La Nouvelle-Orléans, l’artiste construit un langage artistique traversé par les questions de mémoire, de transmission et d’appartenance culturelle.
Avec « Arénas », elle poursuit cette recherche en transformant les traditions orales héritées du Maroc en une création sonore contemporaine, à la croisée des héritages amazighs, des musiques populaires marocaines et des expérimentations électroniques actuelles.
