Femmes, paix et sécurité : le Maroc entre acquis institutionnels et défis opérationnels

Le Maroc présente un bilan contrasté dans la mise en œuvre de son tout premier Plan d’action national consacré à l’agenda Femmes, Paix et Sécurité. Ce cadre découle de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2000 pour renforcer la participation des femmes aux processus de paix et protéger leurs droits en période de conflit. Si les dispositifs institutionnels ont bien été mis en place au cours des trois dernières années, leur traduction en résultats opérationnels demeure encore limitée.
Certes, les avancées enregistrées, notamment en matière d’intégration progressive de l’approche genre dans les politiques publiques, traduisent une réelle appropriation du cadre normatif international issu de la résolution 1325. Toutefois, plusieurs limites persistent, à commencer par la faible intégration transversale de l’approche genre dans certaines administrations.
Il en résulté une présence encore partielle des femmes dans les sphères décisionnelles liées à la sécurité, y compris au sein des contingents de maintien de la paix. À cela s’ajoute une répartition inégale de cette participation selon les territoires et les contextes sociaux.
Du reste, même pour mesurer de manière précise l’impact réel des actions engagées, les dispositifs mis en place restent insuffisants.
Dans ce contexte, l’extension du Plan d’action national du Maroc pour la Résolution 1325 représente une opportunité stratégique majeure. Elle ouvre la voie à une nouvelle phase de mise en œuvre, orientée principalement sur les résultats et l’impact.
L’enjeu du prochain cycle ne réside plus uniquement dans la structuration institutionnelle, mais dans la capacité à transformer les engagements en résultats concrets et visibles. Cela implique entre autres, une meilleure intégration de l’approche genre en soutenant notamment l’égalité et en luttant contre les discriminations basés sur le genre lors des conflits. A cela s’ajoute un renforcement des outils de suivi et d’évaluation, une meilleure coordination entre acteurs, ainsi qu’une implication plus effective des instances territoriales et de la société civile.
L’objectif in fine est de transformer les mentalités par l’éducation et de favoriser la participation des femmes notamment les femmes rurales, frontalières et migrantes, à la pacification et à la lutte contre les discriminations et l’exclusion basés sur le genre. En partant sur une base nationale consolidée, le Maroc pourra renforcer son rôle aux niveaux régional et international, surtout par ces temps de troubles incessants en Afrique et dans le reste du monde.
Axes stratégiques
L’adoption du PAN en 2022 a marqué une étape structurante dans l’institutionnalisation de l’agenda Femmes, Paix et Sécurité au Maroc. La participation des femmes ; la prévention des conflits et la promotion d’une culture de l’égalité ; ainsi que l’autonomisation économique en étaient les trois piliers. C’est ce qui a permis, sans nul doute, d’ancrer cet agenda dans les politiques publiques nationales et de réaliser des avancées notables dans un environnement régional instable. La principale avancée est que le Maroc se distingue par une appropriation de la Résolution 1325 dans un contexte non conflictuel. Cette singularité oriente l’agenda national vers la prévention, la sécurité humaine et la diplomatie, plutôt que vers la gestion post-conflit.
Sur cette base, le PAN 2022-2026 s’inscrit dans une double logique : consolider des réformes internes, notamment constitutionnelles depuis 2011, et assurer au pays la position de pacificateur reconnu à l’international. Le Royaume mobilise ainsi à bon escient l’agenda FPS comme levier de diplomatie d’influence, en particulier en Afrique et au sein des opérations onusiennes de maintien de la paix.
Des avancées, malgré tout, et des freins à lever
Depuis 2022, plusieurs évolutions notables peuvent être relevées. La première est assurément la consolidation progressive de la présence féminine au sein des Forces Armées Royales, en cohérence avec les orientations internationales en matière de parité. S’y ajoute la montée en puissance du Maroc dans les initiatives africaines liant sécurité, paix et climat, notamment au sein de l’Union africaine. Ce n’est pas tout, un réseau marocain de femmes médiatrices, désormais connecté aux dynamiques africaines, arabes et méditerranéennes, est en train de se structurer. Preuve en est, par exemple, l’inclusion d’un volet dédié aux femmes impliquées dans des affaires liées au terrorisme dans le programme « Moussalaha ».
Ces avancées traduisent une dynamique réelle d’institutionnalisation. Toutefois, elles restent encore insuffisamment consolidées dans les pratiques opérationnelles.
Malgré un cadre juridique avancé – la réforme de la Moudawana, la Constitution de 2011, la loi 103-13 sur les violences faites aux femmes – les indicateurs sociaux témoignent d’une transformation lente.
Le taux d’activité féminine, estimé à environ 19 % selon la note d’information du HCP à l’occasion de la journée internationale des femmes 2026, reste structurellement faible et quasi stagnant. Il demeure très éloigné des objectifs nationaux de développement, qui visent des niveaux nettement supérieurs à moyen et long terme.
Ce décalage illustre une réalité centrale : la norme juridique ne se traduit pas automatiquement en transformation sociale.
Selon les Nations unies, la participation des femmes aux opérations de maintien de la paix demeure encore limitée malgré une progression graduelle observée ces dernières années. Le Maroc, neuvième contributeur aux opérations onusiennes, déployait en 2026 plus de 1 300 militaires et policiers, dont 74 femmes, soit environ 5,6 % des effectifs engagés. Cette proportion reste inférieure aux objectifs de parité fixés par l’ONU, illustrant une féminisation progressive encore confrontée à plusieurs contraintes institutionnelles et socioculturelles.
Ce constat met en évidence une double contrainte structurelle. D’une part, l’accès des femmes aux fonctions opérationnelles de terrain reste restreint au Maroc, en particulier dans les unités combattantes ou de sécurité. D’autre part, leur présence tend à se concentrer dans des fonctions dites de soutien, principalement dans les domaines médicaux, sociaux ou administratifs.
Au-delà des chiffres, cette configuration traduit une forme de segmentation des rôles au sein des missions de paix, où la contribution féminine, bien que réelle, demeure encore insuffisamment diversifiée et peu représentée dans les postes à responsabilité opérationnelle.
De nouveaux dispositifs encore insuffisamment genrés
Les programmes de prévention et de déradicalisation, bien qu’en nette évolution, intègrent encore insuffisamment la diversité des trajectoires féminines.
Le programme « Moussalaha » constitue à coup sûr une avancée, mais demeure limité au regard de la complexité des rôles occupés par les femmes dans les dynamiques d’extrémisme violent : victimes, proches, recruteuses ou combattantes.
De même, trois dimensions restent encore marginalement intégrées au PAN :
Vers un second cycle du PAN
L’extension actuelle du Plan d’action national (PAN) sur les femmes, la paix et la sécurité ouvre une nouvelle phase de transition prometteuse. Elle devrait contribuer à entretenir l’écart structurel entre les ambitions affichées au niveau politique et leur traduction effective dans la mise en œuvre opérationnelle. Dans cette perspective, une refonte des priorités et des méthodes d’action s’impose autour de trois exigences structurantes.
La première concerne le renforcement de la gouvernance. Il s’agit d’améliorer la coordination interinstitutionnelle, de consolider les mécanismes de redevabilité et de mettre en place des dispositifs d’évaluation plus rigoureux, capables de mesurer de manière précise les effets des actions engagées.
La deuxième porte sur l’intégration des interdépendances contemporaines entre genre et grandes transformations globales. Les dynamiques liées au changement climatique, aux mobilités humaines et à la transition numérique doivent être pleinement intégrées dans l’approche du PAN, afin de refléter la complexité des facteurs qui influencent aujourd’hui la sécurité et la stabilité.
La troisième concerne la nature même de la participation des femmes. Au-delà de leur présence dans les dispositifs institutionnels, l’enjeu est de garantir leur accès effectif aux espaces de décision, notamment dans les secteurs stratégiques liés à la sécurité, à la diplomatie et à la gestion des crises.
Dans ce sens, le second cycle du PAN ne constitue pas seulement une continuité administrative, mais une étape de transformation où l’enjeu principal réside dans le passage d’une inclusion formelle à une participation réellement décisionnelle et structurante.
Renforcement de l’engagement onusien du Royaume
Le Maroc dispose d’un positionnement stratégique singulier, à la croisée des espaces africain, arabe et méditerranéen, qui lui confère une capacité d’influence diplomatique dans les dynamiques régionales de paix et de sécurité. Cette position a contribué à la montée en puissance progressive de son engagement onusien dans les mécanismes de médiation et de coopération internationale.
Dans ce cadre, le développement des réseaux de femmes médiatrices constitue un levier encore partiellement mobilisé. Ces réseaux, bien qu’existants, restent souvent limités à des initiatives institutionnelles ou associatives peu intégrées dans les circuits formels de la diplomatie et de la gestion des crises.
L’enjeu actuel réside dans le passage d’une présence essentiellement symbolique des femmes dans les dispositifs de médiation à une participation dotée d’une réelle capacité d’influence. Cela implique leur intégration effective dans les espaces de négociation, de prévention des conflits et de gestion des crises régionales.
Cette dynamique est particulièrement pertinente dans le contexte des crises sahéliennes et des tensions régionales, où le Maroc cherche à renforcer son rôle d’acteur de stabilisation. La consolidation d’une diplomatie de la paix inclusive suppose ainsi non seulement une ouverture institutionnelle accrue, mais aussi une reconnaissance opérationnelle du rôle stratégique des femmes dans les processus de médiation et de résolution des conflits.
Transformation sociale : un enjeu de long terme
Au-delà des réformes institutionnelles, la pérennité de l’agenda Femmes, Paix et Sécurité repose sur une transformation en profondeur des normes sociales qui structurent les rapports de genre. Les dispositifs juridiques et politiques ne peuvent produire des effets durables sans une évolution parallèle des représentations sociales et des pratiques quotidiennes.
Dans ce cadre, plusieurs espaces apparaissent comme déterminants. Le système éducatif constitue un levier central, à travers l’intégration de l’égalité de genre dans les curricula, la formation des enseignants et la promotion de modèles de citoyenneté inclusifs. Les médias jouent également un rôle majeur dans la production et la diffusion des représentations sociales, en influençant les perceptions du leadership féminin et des rôles sociaux. Les institutions religieuses, quant à elles, occupent une position structurante dans la légitimation ou la reconfiguration des normes sociales.
Un autre levier stratégique s’impose : la promotion de masculinités dites « positives ». L’objectif est de déconstruire les schémas traditionnels de domination pour faire émerger de nouvelles formes de socialisation masculine, fondées sur l’égalité et la coopération. En filigrane, cette approche élargit le débat. Elle ne cantonne plus la question de l’égalité au seul champ féminin, mais l’inscrit dans une transformation en profondeur des rapports sociaux de genre.
Ainsi, la durabilité de l’agenda FPS ne dépend pas uniquement de la qualité des politiques publiques, mais de leur capacité à s’inscrire dans une dynamique de transformation sociale progressive, impliquant l’ensemble des institutions de socialisation et des acteurs culturels.
Le défi du second cycle du PAN est désormais clairement identifié : passer d’une logique d’engagement à une logique de résultats structurants, mesurables et transformateurs.
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* Enseignante-chercheure ISPITS Rabat
et présidente de l'Association Femme citoyenne pour la Paix et le Développement
Certes, les avancées enregistrées, notamment en matière d’intégration progressive de l’approche genre dans les politiques publiques, traduisent une réelle appropriation du cadre normatif international issu de la résolution 1325. Toutefois, plusieurs limites persistent, à commencer par la faible intégration transversale de l’approche genre dans certaines administrations.
Il en résulté une présence encore partielle des femmes dans les sphères décisionnelles liées à la sécurité, y compris au sein des contingents de maintien de la paix. À cela s’ajoute une répartition inégale de cette participation selon les territoires et les contextes sociaux.
Du reste, même pour mesurer de manière précise l’impact réel des actions engagées, les dispositifs mis en place restent insuffisants.
Dans ce contexte, l’extension du Plan d’action national du Maroc pour la Résolution 1325 représente une opportunité stratégique majeure. Elle ouvre la voie à une nouvelle phase de mise en œuvre, orientée principalement sur les résultats et l’impact.
L’enjeu du prochain cycle ne réside plus uniquement dans la structuration institutionnelle, mais dans la capacité à transformer les engagements en résultats concrets et visibles. Cela implique entre autres, une meilleure intégration de l’approche genre en soutenant notamment l’égalité et en luttant contre les discriminations basés sur le genre lors des conflits. A cela s’ajoute un renforcement des outils de suivi et d’évaluation, une meilleure coordination entre acteurs, ainsi qu’une implication plus effective des instances territoriales et de la société civile.
L’objectif in fine est de transformer les mentalités par l’éducation et de favoriser la participation des femmes notamment les femmes rurales, frontalières et migrantes, à la pacification et à la lutte contre les discriminations et l’exclusion basés sur le genre. En partant sur une base nationale consolidée, le Maroc pourra renforcer son rôle aux niveaux régional et international, surtout par ces temps de troubles incessants en Afrique et dans le reste du monde.
Axes stratégiques
L’adoption du PAN en 2022 a marqué une étape structurante dans l’institutionnalisation de l’agenda Femmes, Paix et Sécurité au Maroc. La participation des femmes ; la prévention des conflits et la promotion d’une culture de l’égalité ; ainsi que l’autonomisation économique en étaient les trois piliers. C’est ce qui a permis, sans nul doute, d’ancrer cet agenda dans les politiques publiques nationales et de réaliser des avancées notables dans un environnement régional instable. La principale avancée est que le Maroc se distingue par une appropriation de la Résolution 1325 dans un contexte non conflictuel. Cette singularité oriente l’agenda national vers la prévention, la sécurité humaine et la diplomatie, plutôt que vers la gestion post-conflit.
Sur cette base, le PAN 2022-2026 s’inscrit dans une double logique : consolider des réformes internes, notamment constitutionnelles depuis 2011, et assurer au pays la position de pacificateur reconnu à l’international. Le Royaume mobilise ainsi à bon escient l’agenda FPS comme levier de diplomatie d’influence, en particulier en Afrique et au sein des opérations onusiennes de maintien de la paix.
Des avancées, malgré tout, et des freins à lever
Depuis 2022, plusieurs évolutions notables peuvent être relevées. La première est assurément la consolidation progressive de la présence féminine au sein des Forces Armées Royales, en cohérence avec les orientations internationales en matière de parité. S’y ajoute la montée en puissance du Maroc dans les initiatives africaines liant sécurité, paix et climat, notamment au sein de l’Union africaine. Ce n’est pas tout, un réseau marocain de femmes médiatrices, désormais connecté aux dynamiques africaines, arabes et méditerranéennes, est en train de se structurer. Preuve en est, par exemple, l’inclusion d’un volet dédié aux femmes impliquées dans des affaires liées au terrorisme dans le programme « Moussalaha ».
Ces avancées traduisent une dynamique réelle d’institutionnalisation. Toutefois, elles restent encore insuffisamment consolidées dans les pratiques opérationnelles.
Malgré un cadre juridique avancé – la réforme de la Moudawana, la Constitution de 2011, la loi 103-13 sur les violences faites aux femmes – les indicateurs sociaux témoignent d’une transformation lente.
Le taux d’activité féminine, estimé à environ 19 % selon la note d’information du HCP à l’occasion de la journée internationale des femmes 2026, reste structurellement faible et quasi stagnant. Il demeure très éloigné des objectifs nationaux de développement, qui visent des niveaux nettement supérieurs à moyen et long terme.
Ce décalage illustre une réalité centrale : la norme juridique ne se traduit pas automatiquement en transformation sociale.
Selon les Nations unies, la participation des femmes aux opérations de maintien de la paix demeure encore limitée malgré une progression graduelle observée ces dernières années. Le Maroc, neuvième contributeur aux opérations onusiennes, déployait en 2026 plus de 1 300 militaires et policiers, dont 74 femmes, soit environ 5,6 % des effectifs engagés. Cette proportion reste inférieure aux objectifs de parité fixés par l’ONU, illustrant une féminisation progressive encore confrontée à plusieurs contraintes institutionnelles et socioculturelles.
Ce constat met en évidence une double contrainte structurelle. D’une part, l’accès des femmes aux fonctions opérationnelles de terrain reste restreint au Maroc, en particulier dans les unités combattantes ou de sécurité. D’autre part, leur présence tend à se concentrer dans des fonctions dites de soutien, principalement dans les domaines médicaux, sociaux ou administratifs.
Au-delà des chiffres, cette configuration traduit une forme de segmentation des rôles au sein des missions de paix, où la contribution féminine, bien que réelle, demeure encore insuffisamment diversifiée et peu représentée dans les postes à responsabilité opérationnelle.
De nouveaux dispositifs encore insuffisamment genrés
Les programmes de prévention et de déradicalisation, bien qu’en nette évolution, intègrent encore insuffisamment la diversité des trajectoires féminines.
Le programme « Moussalaha » constitue à coup sûr une avancée, mais demeure limité au regard de la complexité des rôles occupés par les femmes dans les dynamiques d’extrémisme violent : victimes, proches, recruteuses ou combattantes.
De même, trois dimensions restent encore marginalement intégrées au PAN :
- le changement climatique, alors que les femmes rurales figurent parmi les premières victimes de la raréfaction des ressources hydriques et des chocs climatiques
- les migrations, dans un contexte où le Maroc est à la fois pays d’origine, de transit et de destination
- la transformation numérique, qui reconfigure les formes de violence (cyberharcèlement, propagande en ligne, violences numériques) mais aussi les espaces d’action féminine
Vers un second cycle du PAN
L’extension actuelle du Plan d’action national (PAN) sur les femmes, la paix et la sécurité ouvre une nouvelle phase de transition prometteuse. Elle devrait contribuer à entretenir l’écart structurel entre les ambitions affichées au niveau politique et leur traduction effective dans la mise en œuvre opérationnelle. Dans cette perspective, une refonte des priorités et des méthodes d’action s’impose autour de trois exigences structurantes.
La première concerne le renforcement de la gouvernance. Il s’agit d’améliorer la coordination interinstitutionnelle, de consolider les mécanismes de redevabilité et de mettre en place des dispositifs d’évaluation plus rigoureux, capables de mesurer de manière précise les effets des actions engagées.
La deuxième porte sur l’intégration des interdépendances contemporaines entre genre et grandes transformations globales. Les dynamiques liées au changement climatique, aux mobilités humaines et à la transition numérique doivent être pleinement intégrées dans l’approche du PAN, afin de refléter la complexité des facteurs qui influencent aujourd’hui la sécurité et la stabilité.
La troisième concerne la nature même de la participation des femmes. Au-delà de leur présence dans les dispositifs institutionnels, l’enjeu est de garantir leur accès effectif aux espaces de décision, notamment dans les secteurs stratégiques liés à la sécurité, à la diplomatie et à la gestion des crises.
Dans ce sens, le second cycle du PAN ne constitue pas seulement une continuité administrative, mais une étape de transformation où l’enjeu principal réside dans le passage d’une inclusion formelle à une participation réellement décisionnelle et structurante.
Renforcement de l’engagement onusien du Royaume
Le Maroc dispose d’un positionnement stratégique singulier, à la croisée des espaces africain, arabe et méditerranéen, qui lui confère une capacité d’influence diplomatique dans les dynamiques régionales de paix et de sécurité. Cette position a contribué à la montée en puissance progressive de son engagement onusien dans les mécanismes de médiation et de coopération internationale.
Dans ce cadre, le développement des réseaux de femmes médiatrices constitue un levier encore partiellement mobilisé. Ces réseaux, bien qu’existants, restent souvent limités à des initiatives institutionnelles ou associatives peu intégrées dans les circuits formels de la diplomatie et de la gestion des crises.
L’enjeu actuel réside dans le passage d’une présence essentiellement symbolique des femmes dans les dispositifs de médiation à une participation dotée d’une réelle capacité d’influence. Cela implique leur intégration effective dans les espaces de négociation, de prévention des conflits et de gestion des crises régionales.
Cette dynamique est particulièrement pertinente dans le contexte des crises sahéliennes et des tensions régionales, où le Maroc cherche à renforcer son rôle d’acteur de stabilisation. La consolidation d’une diplomatie de la paix inclusive suppose ainsi non seulement une ouverture institutionnelle accrue, mais aussi une reconnaissance opérationnelle du rôle stratégique des femmes dans les processus de médiation et de résolution des conflits.
Transformation sociale : un enjeu de long terme
Au-delà des réformes institutionnelles, la pérennité de l’agenda Femmes, Paix et Sécurité repose sur une transformation en profondeur des normes sociales qui structurent les rapports de genre. Les dispositifs juridiques et politiques ne peuvent produire des effets durables sans une évolution parallèle des représentations sociales et des pratiques quotidiennes.
Dans ce cadre, plusieurs espaces apparaissent comme déterminants. Le système éducatif constitue un levier central, à travers l’intégration de l’égalité de genre dans les curricula, la formation des enseignants et la promotion de modèles de citoyenneté inclusifs. Les médias jouent également un rôle majeur dans la production et la diffusion des représentations sociales, en influençant les perceptions du leadership féminin et des rôles sociaux. Les institutions religieuses, quant à elles, occupent une position structurante dans la légitimation ou la reconfiguration des normes sociales.
Un autre levier stratégique s’impose : la promotion de masculinités dites « positives ». L’objectif est de déconstruire les schémas traditionnels de domination pour faire émerger de nouvelles formes de socialisation masculine, fondées sur l’égalité et la coopération. En filigrane, cette approche élargit le débat. Elle ne cantonne plus la question de l’égalité au seul champ féminin, mais l’inscrit dans une transformation en profondeur des rapports sociaux de genre.
Ainsi, la durabilité de l’agenda FPS ne dépend pas uniquement de la qualité des politiques publiques, mais de leur capacité à s’inscrire dans une dynamique de transformation sociale progressive, impliquant l’ensemble des institutions de socialisation et des acteurs culturels.
Le défi du second cycle du PAN est désormais clairement identifié : passer d’une logique d’engagement à une logique de résultats structurants, mesurables et transformateurs.
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* Enseignante-chercheure ISPITS Rabat
et présidente de l'Association Femme citoyenne pour la Paix et le Développement
