L’impasse mortelle du régime iranien
Selon plusieurs rapports, Washington et Téhéran seraient une nouvelle fois proches d’un accord. Pourtant, au même moment, une vague de dénégations et de propagande officielle se déploie à l’intérieur de l’Iran.

Des responsables tels que Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et chef de l’équipe de négociation avec les États-Unis, ont qualifié ces informations de « fausses » et de « guerre psychologique américaine ». Les médias étatiques, quant à eux, présentent toute perspective d’accord — y compris des mesures comme le retour de 400 kilogrammes d’uranium enrichi ou l’arrêt de l’enrichissement — comme « totalement mensongère ».
Cette dualité ne relève pas d’une simple tactique médiatique, mais reflète une impasse plus profonde. Dans le langage des sciences politiques, elle correspond à ce que l’on appelle le « dilemme des régimes autoritaires » : une situation où les choix stratégiques tendent à fragiliser, voire à éroder, l’un des piliers mêmes de la survie du système.
Les déclarations contradictoires des responsables — allant du déni total des négociations à des attaques contre les médias internationaux —, conjuguées à des informations faisant état de divisions internes, voire de rivalités entre factions, témoignent de fissures au sein du pouvoir. Parallèlement, l’insistance sans précédent sur « l’unité interne » est révélatrice. Le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a explicitement menacé de poursuites toute atteinte à « l’unité du régime ». De son côté, le président Massoud Pezeshkian, en évoquant une rencontre de deux heures et demie avec le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei et en mettant en avant son rôle dans la prise de décision, semble chercher à recentrer la cohésion du système autour du noyau du pouvoir. Ces appels répétés à l’unité traduisent moins une stabilité qu’une inquiétude croissante face à son érosion.
Les racines de ces contradictions résident dans ce que l’on peut qualifier de « piège de la légitimité ». Depuis près de cinq décennies, le régime iranien a construit sa légitimité sur une opposition idéologique aux États-Unis. Le slogan « Mort à l’Amérique » n’a pas seulement servi d’outil de mobilisation politique ; il constitue l’un des fondements de son identité. Dans ce contexte, tout compromis avec Washington — même dicté par la nécessité — risque d’affaiblir le socle même sur lequel repose la survie du régime. Ce phénomène rappelle la fragilité des systèmes dont la légitimité repose sur un mot d’ordre idéologique mobilisateur.
Du point de vue des théories de la survie des régimes autoritaires, il s’agit d’un paradoxe classique : le régime a besoin de flexibilité et d’accords sur la scène internationale, mais cette flexibilité menace sa cohésion interne et, en fin de compte, sa survie. Autrement dit, chaque option comporte en elle-même un facteur d’érosion du pouvoir.
C’est pourquoi, chaque fois que le régime se rapproche d’un accord, il s’empresse de le nier dans son discours interne — une tentative de gérer l’écart entre les impératifs de survie et la préservation de sa légitimité. Ce comportement ne peut être réduit à une simple tactique diplomatique ; il constitue le symptôme d’une impasse structurelle.
L’alternative n’est guère moins risquée. La poursuite de la situation actuelle, dans un contexte de fortes pressions économiques et d’appauvrissement généralisé — qui toucherait, selon certaines estimations, plus des deux tiers de la population — accroît le risque d’instabilité interne.
Dans ces conditions, le régime se trouve face à une impasse sans issue :
un accord impliquerait un recul, tant sur le programme nucléaire que sur un slogan fondateur comme « Mort à l’Amérique » ;
l’absence d’accord entraînerait une aggravation des pressions économiques et un risque d’explosion sociale, dans une société encore marquée par les traumatismes des répressions récentes.
L’intensification de la répression, notamment à travers l’exécution de prisonniers politiques — y compris membres des Moudjahidines du peuple et de jeunes manifestants arrêtés lors des soulèvements précédents — s’inscrit dans ce même cadre : une tentative de contenir les conséquences d’une impasse pour laquelle aucune solution durable ne se dessine, ni en politique intérieure ni en politique étrangère.
Hamid Assadollahi est président du comité de soutien aux droits de l’homme en Iran (csdhi.org)
Hamid Enayat est politologue, spécialiste de l’Iran
Cette dualité ne relève pas d’une simple tactique médiatique, mais reflète une impasse plus profonde. Dans le langage des sciences politiques, elle correspond à ce que l’on appelle le « dilemme des régimes autoritaires » : une situation où les choix stratégiques tendent à fragiliser, voire à éroder, l’un des piliers mêmes de la survie du système.
Les déclarations contradictoires des responsables — allant du déni total des négociations à des attaques contre les médias internationaux —, conjuguées à des informations faisant état de divisions internes, voire de rivalités entre factions, témoignent de fissures au sein du pouvoir. Parallèlement, l’insistance sans précédent sur « l’unité interne » est révélatrice. Le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a explicitement menacé de poursuites toute atteinte à « l’unité du régime ». De son côté, le président Massoud Pezeshkian, en évoquant une rencontre de deux heures et demie avec le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei et en mettant en avant son rôle dans la prise de décision, semble chercher à recentrer la cohésion du système autour du noyau du pouvoir. Ces appels répétés à l’unité traduisent moins une stabilité qu’une inquiétude croissante face à son érosion.
Les racines de ces contradictions résident dans ce que l’on peut qualifier de « piège de la légitimité ». Depuis près de cinq décennies, le régime iranien a construit sa légitimité sur une opposition idéologique aux États-Unis. Le slogan « Mort à l’Amérique » n’a pas seulement servi d’outil de mobilisation politique ; il constitue l’un des fondements de son identité. Dans ce contexte, tout compromis avec Washington — même dicté par la nécessité — risque d’affaiblir le socle même sur lequel repose la survie du régime. Ce phénomène rappelle la fragilité des systèmes dont la légitimité repose sur un mot d’ordre idéologique mobilisateur.
Du point de vue des théories de la survie des régimes autoritaires, il s’agit d’un paradoxe classique : le régime a besoin de flexibilité et d’accords sur la scène internationale, mais cette flexibilité menace sa cohésion interne et, en fin de compte, sa survie. Autrement dit, chaque option comporte en elle-même un facteur d’érosion du pouvoir.
C’est pourquoi, chaque fois que le régime se rapproche d’un accord, il s’empresse de le nier dans son discours interne — une tentative de gérer l’écart entre les impératifs de survie et la préservation de sa légitimité. Ce comportement ne peut être réduit à une simple tactique diplomatique ; il constitue le symptôme d’une impasse structurelle.
L’alternative n’est guère moins risquée. La poursuite de la situation actuelle, dans un contexte de fortes pressions économiques et d’appauvrissement généralisé — qui toucherait, selon certaines estimations, plus des deux tiers de la population — accroît le risque d’instabilité interne.
Dans ces conditions, le régime se trouve face à une impasse sans issue :
un accord impliquerait un recul, tant sur le programme nucléaire que sur un slogan fondateur comme « Mort à l’Amérique » ;
l’absence d’accord entraînerait une aggravation des pressions économiques et un risque d’explosion sociale, dans une société encore marquée par les traumatismes des répressions récentes.
L’intensification de la répression, notamment à travers l’exécution de prisonniers politiques — y compris membres des Moudjahidines du peuple et de jeunes manifestants arrêtés lors des soulèvements précédents — s’inscrit dans ce même cadre : une tentative de contenir les conséquences d’une impasse pour laquelle aucune solution durable ne se dessine, ni en politique intérieure ni en politique étrangère.
Hamid Assadollahi est président du comité de soutien aux droits de l’homme en Iran (csdhi.org)
Hamid Enayat est politologue, spécialiste de l’Iran
