Maroc-Espagne : la sécurité comme Code de confiance

À l’occasion du 70e anniversaire de la Direction générale de la Sûreté nationale du Royaume du Maroc, cette dimension stratégique prend une résonance particulière, tant elle illustre la continuité d’un partenariat construit sur des résultats concrets.
Dans l’entretien exclusif qu’a bien voulu accorder Francisco Pardo Piqueras à L’Observateur du Maroc et d’Afrique à cette occasion, le directeur général de la Police nationale espagnole met en avant une évolution « extraordinairement positive » de la coopération entre la Police nationale espagnole et la DGSN.
En une décennie, cette relation est passée d’une coordination ponctuelle à un véritable partenariat stratégique. Ce changement de nature traduit une maturité nouvelle dans les rapports sécuritaires entre les deux pays voisins et amis, confrontés aux mêmes risques dans un espace où l’Europe, l’Afrique, la Méditerranée et l’Atlantique se croisent et s’exposent aux mêmes vulnérabilités.
Cette coopération repose d’abord sur une évidence géopolitique. Le Maroc et l’Espagne partagent un voisinage immédiat, mais aussi une même responsabilité face aux dynamiques criminelles transfrontalières. Terrorisme, criminalité organisée, narcotrafic, traite des êtres humains, immigration irrégulière, cybercriminalité, ces menaces ne connaissent ni frontières fixes ni temporalité prévisible. Elles évoluent rapidement, s’adaptent aux technologies, exploitent les failles régionales et imposent aux services de sécurité une capacité de réaction immédiate. Dans ce contexte, la rapidité de l’échange d’informations et la coordination opérationnelle deviennent des leviers décisifs.
Le responsable espagnol rappelle ainsi que la coopération entre les deux institutions ne relève pas d’un simple cadre formel. Elle se traduit par des opérations, des résultats et une capacité commune à neutraliser des réseaux criminels affectant directement la sécurité des citoyens des deux pays. La Convention entre le Royaume d’Espagne et le Royaume du Maroc relative à la coopération en matière de sécurité et de lutte contre la criminalité, conclue à Rabat le 13 février 2019, constitue à cet égard un cadre structurant. Elle institutionnalise une relation déjà dense et confirme la nécessité d’une coordination continue entre les deux services.
La portée de cette relation dépasse largement le cadre bilatéral. Pour Madrid comme pour Rabat, la coopération entre la Police nationale espagnole et la DGSN contribue à la stabilité de l’espace euro-méditerranéen, à la maîtrise des routes du narcotrafic et à la prévention de la radicalisation. Elle permet aussi d’agir en lien avec les pays d’origine et de transit dans la lutte contre les réseaux de traite des êtres humains. Cette dimension régionale et internationale est d’autant plus importante que les crises au Sahel, les recompositions criminelles et l’usage croissant des technologies par les organisations délinquantes imposent une lecture globale de la sécurité.

Les derniers rendez-vous sécuritaires entre responsables marocains, espagnols et allemands confirment cette montée en puissance. À Rabat, la rencontre tripartite réunissant Abdellatif Hammouchi, Francisco Pardo Piqueras et Dieter Romann a permis d’évaluer les niveaux de coordination sur les questions de renseignement, de terrorisme, de cybercriminalité, de trafic de stupéfiants et de sécurité sportive. Elle a également mis en évidence l’importance de l’échange immédiat de données opérationnelles et techniques. À l’approche de grands événements sportifs comme la Coupe du Monde 2030 que co-organise le Maroc avec l’Espagne et le Portugal, cette coopération prend une dimension encore plus concrète.
L’entretien de Francisco Pardo Piqueras éclaire aussi les priorités des prochaines années. Le renseignement criminel, la criminalité financière, l’usage des cryptomonnaies, les communications chiffrées, les logiciels conçus à des fins criminelles et l’intelligence artificielle figurent parmi les nouveaux champs d’action. Ces domaines exigent des services de police une adaptation constante, mais aussi un renforcement de la formation, de l’assistance mutuelle, de la coopération judiciaire et du partage d’expériences. Là encore, le Maroc et l’Espagne disposent d’un socle de confiance qui leur permet d’anticiper plutôt que de subir.
Au-delà des mécanismes, cette coopération s’appuie sur les femmes et les hommes qui la font vivre au quotidien. Francisco Pardo Piqueras souligne le professionnalisme et l’engagement des fonctionnaires des deux corps de police, dont le travail a permis de bâtir une confiance opérationnelle durable. À l’occasion du 70e anniversaire de la DGSN, ses messages prennent donc la forme d’un hommage institutionnel, mais aussi d’un engagement renouvelé. L’Espagne et le Maroc entendent poursuivre une coopération fondée sur la loyauté, le respect mutuel et la défense partagée de la sécurité régionale.
Cette interview intervient ainsi à un moment symbolique. Elle montre que la DGSN, forte de sept décennies de service public, s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique internationale où le Maroc est reconnu comme un partenaire sécuritaire central.

