Jean Patrice Koe : « Le Maroc montre comment construire un narratif positif pour l’Afrique »
Longtemps racontée à travers le prisme des crises, des conflits et des fragilités, l’Afrique doit désormais reprendre la maîtrise de son récit. Lors de l’APSACO 2026 organisée par le PCNS, Jean Patrice Koe Jr., haut responsable du ministère camerounais des Relations extérieures, a plaidé pour la construction d’un narratif africain porté par les Africains eux-mêmes. Il cite le Maroc comme un exemple de réussite dans l’utilisation de la culture, du sport et de l’influence pour projeter une image positive du continent.
Mounia Kabiri Kettani
Jean Patrice Koe Jr., Directeur de la Communication, de la Documentation et des Archives diplomatiques au ministère des Relations extérieures du Cameroun.
Alors que les questions sécuritaires dominent souvent les débats sur l’avenir du continent, une autre bataille, plus discrète mais tout aussi stratégique, est en cours : celle du récit. Qui raconte l’Afrique ? Comment le continent est-il perçu dans le monde ? Et surtout, qui façonne cette perception ?
C’est autour de ces interrogations que Jean Patrice Koe Jr., Directeur de la Communication, de la Documentation et des Archives diplomatiques au ministère des Relations extérieures du Cameroun, a livré sa réflexion lors de la Conférence annuelle sur la paix et la sécurité en Afrique (APSACO 2026), organisée à Rabat par le Policy Center for the New South.
Selon lui, l’Afrique a longtemps laissé d’autres acteurs définir son image et écrire son histoire à sa place.
« Nous avons souvent laissé notre narratif être défini par d'autres continents alors que nous avons nous-mêmes une histoire à raconter », a-t-il déclaré.
La bataille de l’influence devient stratégique
Pour le responsable camerounais, la question du narratif est aujourd’hui indissociable des enjeux de paix, de sécurité et d’influence internationale. L’Afrique continue d’être associée, dans de nombreux discours internationaux, aux conflits, aux pandémies, à la pauvreté ou à l’instabilité. Une image qu’il juge réductrice et déconnectée de la réalité d’un continent en pleine transformation. « Le narratif dominant présente encore l’Afrique comme un continent de guerres, de maladies et de crises. Pourtant, ces réalités existent partout dans le monde », note-t-il.
Face à cette situation, il appelle les pays africains à investir davantage dans leur capacité à produire et diffuser leur propre récit, notamment à travers les médias, les réseaux sociaux et les nouvelles technologies.
L’essor de l’intelligence artificielle renforce selon lui l’urgence de cette démarche. « Il faut s’approprier notre narratif et raconter nous-mêmes ce que nous voulons que le monde retienne de l’Afrique », insiste-t-il.
Le Maroc cité en exemple
Dans son intervention, Jean Patrice Koe Jr. a mis en avant l’exemple du Maroc, qu’il considère comme un modèle en matière de diplomatie d’influence. Selon lui, le Royaume a réussi à utiliser des leviers comme la culture et le sport pour renforcer son image internationale tout en contribuant à la stabilité et à la paix.
La perspective de la Coupe du monde 2030 illustre, à ses yeux, cette capacité à transformer un événement sportif en vecteur de rayonnement continental. « Le Maroc a su utiliser la culture et le sport comme des instruments de paix, de sécurité et d’influence positive », estime-t-il.
Pour l’intervenant camerounais, cette expérience montre que l’Afrique dispose des ressources nécessaires pour construire une image différente de celle qui lui est souvent attribuée.
Construire une voix africaine commune
Au-delà des spécificités nationales, Jean Patrice Koe Jr. considère que le continent doit également travailler à l’élaboration d’un discours collectif. Les histoires nationales sont différentes, reconnaît-il, mais elles reposent sur des valeurs et des réalités communes. « Le Maroc n’a pas l’histoire du Cameroun et le Cameroun n’a pas l’histoire du Maroc. Mais nous partageons des éléments fondamentaux qui peuvent nourrir un récit africain commun », explique-t-il.
Ce récit, selon lui, doit s’appuyer sur l’idée d’une Afrique ouverte, connectée et solidaire, loin des clichés de fragmentation souvent véhiculés. Il cite notamment les liens humains, culturels et économiques qui traversent les frontières africaines et témoignent d’une unité plus profonde que les divisions administratives héritées de l’histoire.
Pour le diplomate camerounais, la réussite de cette stratégie passe également par une meilleure coordination entre les États, les organisations régionales et les institutions continentales. Des structures comme l’Union africaine, la CEEAC ou la CEMAC disposent déjà d’espaces de coopération qu’il convient de mobiliser davantage pour porter une voix africaine cohérente sur les grandes questions internationales.
L'enjeu dépasse largement la communication. Il s’agit de renforcer la capacité du continent à influencer les débats mondiaux, à attirer les investissements et à valoriser ses réussites auprès de sa propre jeunesse. « L’Afrique est le continent de l’avenir. Mais entre la rhétorique et la réalité, il faut construire un discours coordonné et crédible », conclut-il.
C’est autour de ces interrogations que Jean Patrice Koe Jr., Directeur de la Communication, de la Documentation et des Archives diplomatiques au ministère des Relations extérieures du Cameroun, a livré sa réflexion lors de la Conférence annuelle sur la paix et la sécurité en Afrique (APSACO 2026), organisée à Rabat par le Policy Center for the New South.
Selon lui, l’Afrique a longtemps laissé d’autres acteurs définir son image et écrire son histoire à sa place.
« Nous avons souvent laissé notre narratif être défini par d'autres continents alors que nous avons nous-mêmes une histoire à raconter », a-t-il déclaré.
La bataille de l’influence devient stratégique
Pour le responsable camerounais, la question du narratif est aujourd’hui indissociable des enjeux de paix, de sécurité et d’influence internationale. L’Afrique continue d’être associée, dans de nombreux discours internationaux, aux conflits, aux pandémies, à la pauvreté ou à l’instabilité. Une image qu’il juge réductrice et déconnectée de la réalité d’un continent en pleine transformation. « Le narratif dominant présente encore l’Afrique comme un continent de guerres, de maladies et de crises. Pourtant, ces réalités existent partout dans le monde », note-t-il.
Face à cette situation, il appelle les pays africains à investir davantage dans leur capacité à produire et diffuser leur propre récit, notamment à travers les médias, les réseaux sociaux et les nouvelles technologies.
L’essor de l’intelligence artificielle renforce selon lui l’urgence de cette démarche. « Il faut s’approprier notre narratif et raconter nous-mêmes ce que nous voulons que le monde retienne de l’Afrique », insiste-t-il.
Le Maroc cité en exemple
Dans son intervention, Jean Patrice Koe Jr. a mis en avant l’exemple du Maroc, qu’il considère comme un modèle en matière de diplomatie d’influence. Selon lui, le Royaume a réussi à utiliser des leviers comme la culture et le sport pour renforcer son image internationale tout en contribuant à la stabilité et à la paix.
La perspective de la Coupe du monde 2030 illustre, à ses yeux, cette capacité à transformer un événement sportif en vecteur de rayonnement continental. « Le Maroc a su utiliser la culture et le sport comme des instruments de paix, de sécurité et d’influence positive », estime-t-il.
Pour l’intervenant camerounais, cette expérience montre que l’Afrique dispose des ressources nécessaires pour construire une image différente de celle qui lui est souvent attribuée.
Construire une voix africaine commune
Au-delà des spécificités nationales, Jean Patrice Koe Jr. considère que le continent doit également travailler à l’élaboration d’un discours collectif. Les histoires nationales sont différentes, reconnaît-il, mais elles reposent sur des valeurs et des réalités communes. « Le Maroc n’a pas l’histoire du Cameroun et le Cameroun n’a pas l’histoire du Maroc. Mais nous partageons des éléments fondamentaux qui peuvent nourrir un récit africain commun », explique-t-il.
Ce récit, selon lui, doit s’appuyer sur l’idée d’une Afrique ouverte, connectée et solidaire, loin des clichés de fragmentation souvent véhiculés. Il cite notamment les liens humains, culturels et économiques qui traversent les frontières africaines et témoignent d’une unité plus profonde que les divisions administratives héritées de l’histoire.
Pour le diplomate camerounais, la réussite de cette stratégie passe également par une meilleure coordination entre les États, les organisations régionales et les institutions continentales. Des structures comme l’Union africaine, la CEEAC ou la CEMAC disposent déjà d’espaces de coopération qu’il convient de mobiliser davantage pour porter une voix africaine cohérente sur les grandes questions internationales.
L'enjeu dépasse largement la communication. Il s’agit de renforcer la capacité du continent à influencer les débats mondiaux, à attirer les investissements et à valoriser ses réussites auprès de sa propre jeunesse. « L’Afrique est le continent de l’avenir. Mais entre la rhétorique et la réalité, il faut construire un discours coordonné et crédible », conclut-il.
