Amal El Fallah Seghrouchni : « Le Maroc mise sur ses talents pour bâtir sa souveraineté numérique »


Face à un millier de participants venus de l’ensemble des régions du Royaume, chercheurs, ingénieurs, étudiants, entrepreneurs et développeurs, la ministre a présenté cette initiative comme une nouvelle étape dans la construction d’un écosystème marocain de l’intelligence artificielle, capable de produire des solutions adaptées aux réalités nationales tout en renforçant le positionnement du Royaume sur la scène internationale.
Le choix de Merzouga pour accueillir cette première édition n’est pas anodin. Pour Amal El Fallah Seghrouchni, cette région du sud-est marocain incarne la rencontre entre l’ancrage territorial et l’ouverture sur l’avenir. « Du cœur du Sahara marocain, nous lançons un laboratoire national de l’intelligence artificielle », a-t-elle déclaré, soulignant la volonté de rapprocher innovation technologique, développement territorial et valorisation des talents nationaux.
Dans cette région chargée d’histoire et ouverte sur l’Afrique, le gouvernement entend démontrer que l’innovation numérique ne doit pas être concentrée dans les grands centres urbains, mais irriguer l’ensemble des territoires.
Une nouvelle étape dans la stratégie « AI Made in Morocco»
Le Rally IA Future Lab s’inscrit dans une trajectoire plus large engagée par le Royaume autour de la stratégie Maroc Digital 2030. Il vient prolonger plusieurs initiatives déjà lancées, notamment la dynamique « AI Made in Morocco », la tenue de la première Assise nationale de l’intelligence artificielle ainsi que l’expérience du Hackathon RamadanIA.
Cette dernière avait mobilisé des centaines de jeunes talents à travers les douze régions du Royaume et permis l’émergence de solutions innovantes dans des domaines aussi variés que la gestion de l’eau, l’énergie, le tourisme, les services publics ou encore l’inclusion numérique.
Pour la ministre, le Rally IA Future Lab marque une montée en puissance de cette dynamique. Plus qu’un concours ou un hackathon, il se veut un véritable laboratoire d’expérimentation et de prospective destiné à transformer les idées en projets structurants.
Dans son intervention, Amal El Fallah Seghrouchni a replacé l’intelligence artificielle dans le cadre plus large des orientations stratégiques du Royaume. Elle a rappelé que les Hautes Orientations Royales ont constamment mis l’accent sur le développement du capital humain, l’encouragement de l’initiative, la réduction des disparités territoriales et la création d’opportunités pour la jeunesse. Des priorités qui rejoignent également les recommandations du Nouveau Modèle de Développement, lequel fait de la connaissance, de l’innovation et des compétences nationales des moteurs essentiels de création de valeur.
L’intelligence artificielle apparaît désormais comme un levier transversal capable de transformer en profondeur les secteurs productifs, les services publics, l’éducation, la santé, l’agriculture, la gestion de l’eau, l’énergie ou encore le tourisme. « Notre responsabilité est de faire de cette technologie une force utile, responsable et créatrice de valeur au service du citoyen, de l’entreprise et de l’administration », a insisté la ministre.
Structurer une gouvernance nationale de l’IA
Au-delà des discours, le gouvernement entend donner à cette ambition une traduction institutionnelle.
La ministre a ainsi mis en avant plusieurs chantiers structurants portés par son département. Parmi eux figure le réseau des Instituts Al Jazari, conçu comme un mécanisme national de coordination, de recherche et d’innovation technologique, avec une articulation entre une structure centrale et des déclinaisons régionales.
Elle a également évoqué le lancement du pôle « Digital for Sustainable Development » (D4SD), développé en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement, avec l’ambition de positionner le Maroc comme plateforme régionale arabo-africaine pour les solutions numériques durables.
Sur le plan réglementaire, le ministère travaille à l’élaboration d’un projet de loi sur l’administration numérique intégrant les enjeux liés à l’intelligence artificielle, à la protection des données et à la cybersécurité. Une Direction générale dédiée à l’intelligence artificielle et aux technologies émergentes est également en préparation afin de renforcer la gouvernance publique dans ce domaine stratégique.
Former les talents
Pour Amal El Fallah Seghrouchni, la souveraineté numérique passe d’abord par la maîtrise des compétences.
Le ministère multiplie ainsi les programmes de formation à destination des enfants, des jeunes et des futurs professionnels du numérique afin d’élargir le vivier national de talents.

Cette stratégie commence à produire ses effets. La ministre a rappelé que le Maroc a progressé de quatorze places dans le classement mondial de préparation des gouvernements à l’intelligence artificielle en 2025, atteignant la 87e position mondiale et la 8e place dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.
Un signal encourageant qui témoigne, selon elle, des efforts engagés pour renforcer la capacité du Royaume à anticiper et accompagner les mutations technologiques.
Durant cinq jours, du 16 au 20 juin, les mille participants de cette première cohorte travailleront sur des méthodologies avancées de prospective, de conception centrée sur l’impact, de scénarisation stratégique et de prototypage rapide. L’objectif affiché est de faire émerger des solutions concrètes, évolutives et directement connectées aux besoins des citoyens, des administrations et des territoires.
À terme, l’initiative ambitionne de mobiliser jusqu’à 5 000 participants à travers plusieurs cohortes successives, afin de constituer une véritable communauté nationale de l’innovation en intelligence artificielle.
