Société
Patrimoine judéo-marocain : l’IA ressuscite la mémoire des cimetières oubliés
Grâce à l’intelligence artificielle, des milliers de noms menacés par l’usure du temps retrouvent une existence numérique. Porté par une équipe de bénévoles, le projet Yahasra.org a déjà recensé plus de 33.000 sépultures juives à travers le Maroc. Une initiative à la croisée de la mémoire, de la technologie et de la préservation d’un patrimoine plurimillénaire.
Hayat Kamal Idrissi
Cimetière juif d'Essaouira avec le mausolée de Rabbi Ḥaim Pinto
Le souvenir des défunts préservé grâce à l’intelligence artificielle. C’est l’ambition portée par la plateforme Yahasra.org, présentée comme la plus vaste base de données consacrée aux cimetières juifs du Maroc. Fruit de deux années de travail collectif, ce projet citoyen, piloté par Dr Yohanan Ouaknine et son équipe, a déjà permis de recenser plus de 33.000 sépultures réparties dans 38 communautés, de Tanger jusqu’aux provinces du Sud.
Selon un communiqué des initiateurs du projet, certaines tombes répertoriées remontent à 1713. L’initiative se veut une réponse à l’effacement progressif des inscriptions funéraires sous l’effet du temps et des intempéries. « Il s’agit d’un projet entièrement bénévole et citoyen. Nous avons créé Yahasra.org pour que le souvenir des défunts demeure éternel. C’est un devoir de mémoire nécessaire, afin que les noms gravés dans la pierre ne soient jamais perdus, même s’ils sont effacés », explique Dr Ouaknine, natif de Rabat, professeur de méthodes de recherche et de statistiques à l’Université d’Ariel et engagé dans la préservation du patrimoine judéo-marocain.
Mémoire ressuscitée
Le projet s’appuie sur un vaste réseau de bénévoles, de familles, de membres de la communauté juive marocaine et de la diaspora, ainsi que sur la collecte d’archives et de listes diffusées sur les réseaux sociaux. L’intelligence artificielle joue également un rôle central en permettant de déchiffrer des inscriptions devenues difficilement lisibles à partir de simples photographies.
« Si l’on possède une photographie ancienne d’une tombe aujourd’hui abîmée, il suffit de l’envoyer via WhatsApp, en précisant le nom du cimetière. L’intelligence artificielle lit et enregistre automatiquement les inscriptions », précise Dr Ouaknine. Les utilisateurs peuvent également effectuer leurs recherches ou enrichir eux-mêmes la base de données en ajoutant les noms de leurs proches.
D’après le fondateur de Yahasra.org, le Maroc compterait près de 300.000 sépultures juives. Au-delà de leur localisation, la plateforme recense également les dates et lieux des Hilloulot, célébrations annuelles dédiées à la mémoire de plus de 1.400 tsaddikim (saints juifs) inhumés dans le Royaume et mentionnés dans de nombreux ouvrages.
Archives numériques
L’équipe a également développé un algorithme spécifique au judaïsme marocain afin de retrouver les différentes variantes orthographiques d’un même patronyme. Ainsi, des noms comme Ouaknine, Oiknine, Oknin, Aknin, Waknine ou encore Knino peuvent être reliés entre eux, qu’ils aient été transcrits en hébreu, en français ou en espagnol. Un outil conçu pour faciliter les recherches généalogiques des descendants de Juifs marocains dispersés à travers le monde.
Les promoteurs du projet estiment que cette archive numérique pourrait aussi contribuer au développement du tourisme mémoriel, religieux et culturel. Quelque 70.000 visiteurs de confession juive se rendent chaque année au Maroc, où leurs patronymes constituent souvent un lien direct avec leur histoire familiale et leurs origines.
Yahasra.org s’inscrit également dans un programme de recherche conduit par Dr Ouaknine dans le cadre de l’Open University of Israel. Celui-ci vise à étudier les liens entre les noms de famille et les différentes villes du Royaume. La base de données est ouverte aux chercheurs et aux collaborations avec des laboratoires de recherche du monde entier.
Disponible en quatre langues sur le site et en version mobile, la plateforme est toujours en cours d’enrichissement. Ses concepteurs ambitionnent d’atteindre 50.000 sépultures recensées d’ici 2027, notamment dans les régions du Tafilalet et du sud du Maroc. Selon les porteurs du projet, plus d’un million et demi de personnes à travers le monde revendiquent aujourd’hui une ascendance marocaine. Fort d’une histoire de plus de trois millénaires, le judaïsme marocain figure parmi les héritages les plus anciens et les mieux préservés au monde.
Selon un communiqué des initiateurs du projet, certaines tombes répertoriées remontent à 1713. L’initiative se veut une réponse à l’effacement progressif des inscriptions funéraires sous l’effet du temps et des intempéries. « Il s’agit d’un projet entièrement bénévole et citoyen. Nous avons créé Yahasra.org pour que le souvenir des défunts demeure éternel. C’est un devoir de mémoire nécessaire, afin que les noms gravés dans la pierre ne soient jamais perdus, même s’ils sont effacés », explique Dr Ouaknine, natif de Rabat, professeur de méthodes de recherche et de statistiques à l’Université d’Ariel et engagé dans la préservation du patrimoine judéo-marocain.
Mémoire ressuscitée
Le projet s’appuie sur un vaste réseau de bénévoles, de familles, de membres de la communauté juive marocaine et de la diaspora, ainsi que sur la collecte d’archives et de listes diffusées sur les réseaux sociaux. L’intelligence artificielle joue également un rôle central en permettant de déchiffrer des inscriptions devenues difficilement lisibles à partir de simples photographies.
« Si l’on possède une photographie ancienne d’une tombe aujourd’hui abîmée, il suffit de l’envoyer via WhatsApp, en précisant le nom du cimetière. L’intelligence artificielle lit et enregistre automatiquement les inscriptions », précise Dr Ouaknine. Les utilisateurs peuvent également effectuer leurs recherches ou enrichir eux-mêmes la base de données en ajoutant les noms de leurs proches.
D’après le fondateur de Yahasra.org, le Maroc compterait près de 300.000 sépultures juives. Au-delà de leur localisation, la plateforme recense également les dates et lieux des Hilloulot, célébrations annuelles dédiées à la mémoire de plus de 1.400 tsaddikim (saints juifs) inhumés dans le Royaume et mentionnés dans de nombreux ouvrages.
Archives numériques
L’équipe a également développé un algorithme spécifique au judaïsme marocain afin de retrouver les différentes variantes orthographiques d’un même patronyme. Ainsi, des noms comme Ouaknine, Oiknine, Oknin, Aknin, Waknine ou encore Knino peuvent être reliés entre eux, qu’ils aient été transcrits en hébreu, en français ou en espagnol. Un outil conçu pour faciliter les recherches généalogiques des descendants de Juifs marocains dispersés à travers le monde.
Les promoteurs du projet estiment que cette archive numérique pourrait aussi contribuer au développement du tourisme mémoriel, religieux et culturel. Quelque 70.000 visiteurs de confession juive se rendent chaque année au Maroc, où leurs patronymes constituent souvent un lien direct avec leur histoire familiale et leurs origines.
Yahasra.org s’inscrit également dans un programme de recherche conduit par Dr Ouaknine dans le cadre de l’Open University of Israel. Celui-ci vise à étudier les liens entre les noms de famille et les différentes villes du Royaume. La base de données est ouverte aux chercheurs et aux collaborations avec des laboratoires de recherche du monde entier.
Disponible en quatre langues sur le site et en version mobile, la plateforme est toujours en cours d’enrichissement. Ses concepteurs ambitionnent d’atteindre 50.000 sépultures recensées d’ici 2027, notamment dans les régions du Tafilalet et du sud du Maroc. Selon les porteurs du projet, plus d’un million et demi de personnes à travers le monde revendiquent aujourd’hui une ascendance marocaine. Fort d’une histoire de plus de trois millénaires, le judaïsme marocain figure parmi les héritages les plus anciens et les mieux préservés au monde.
