Société
Animaux errants : la « criminalisation de la compassion » dénoncée
À peine adopté, le projet de loi n°19.25 sur les animaux errants ravive le débat. Alors que les associations de protection animale dénoncent une « criminalisation de la compassion », les pouvoirs publics défendent une réforme visant à mieux concilier bien-être animal, sécurité des citoyens et santé publique.
Hayat Kamal Idrissi
"La compassion incriminée", l'inquiétude des défenseurs de la cause animale
Adopté définitivement par le Parlement, le projet de loi n°19.25 sur les animaux errants était une réponse très attendue à un vide juridique de longue date. Mais le texte ne fait point l’unanimité et provoque une vive polémique. Amoureux des animaux et défenseurs de la cause animale dénoncent une approche « répressive » et pointent notamment l'interdiction faite aux citoyens de nourrir ou de soigner les animaux vivant dans la rue.
Genèse
Après plusieurs semaines d'examen parlementaire, le projet de loi n°19.25 relatif à la protection des animaux errants, à leur prise en charge et à la prévention de leurs dangers a été définitivement adopté par les deux Chambres du Parlement. Le texte, désormais en attente de promulgation et de publication au Bulletin officiel, ambitionne d'encadrer une problématique qui, depuis des années, alimente les controverses entre impératifs de santé publique et protection animale.
A sa présentation, le texte avait été salué pour son ambition de rompre avec des pratiques souvent décriées, notamment les campagnes d'abattage ponctuelles de chiens errants. Le projet de loi introduit en effet plusieurs nouveautés : identification obligatoire des animaux de compagnie, création de centres spécialisés relevant des collectivités territoriales, mise en place d'une base de données nationale, campagnes de stérilisation et de vaccination. Mais aussi des sanctions contre l'abandon, la maltraitance ou les actes de cruauté envers les animaux.
Autant de mesures destinées, selon les pouvoirs publics, à privilégier une approche plus organisée, fondée sur la prévention, la traçabilité et une meilleure gestion des populations animales.
Articles de la discorde
Or une disposition cristallise aujourd'hui l'essentiel des critiques. L'article 5 qui interdit désormais aux citoyens de nourrir, soigner ou héberger des animaux errants dans l'espace public, et l'article 44 prévoyant des sanctions financières pouvant atteindre 2.000 dirhams en cas d'infraction.
Pour de nombreuses associations, cette mesure revient à sanctionner des gestes de solidarité accomplis quotidiennement par des milliers de bénévoles, souvent en l'absence de structures publiques capables de prendre en charge ces animaux.
La Société Protectrice des Animaux du Maroc (SPA du Maroc), qui suit ce dossier depuis plusieurs années, estime que le texte comporte « plusieurs dispositions particulièrement préoccupantes ».
Dans un communiqué publié le 8 juillet 2026, l'association dénonce notamment « une approche essentiellement répressive, susceptible de criminaliser les bénévoles, les associations et les citoyens qui protègent quotidiennement les animaux ». L’organisation regrette également l'absence d'une interdiction claire de l'abattage des chiens et chats communautaires ainsi que le fait que le projet ne rende pas obligatoire le recours aux programmes TNVR (Capture – Stérilisation – Vaccination – Retour), pourtant largement recommandés par les organisations internationales comme méthode durable de gestion des populations animales.
Compassion et infraction
Sur les réseaux sociaux, plusieurs associations ont rapidement réagi après l'adoption définitive du texte. L'association « Sawt Ar-Rifq pour la protection et le bien-être animal » d'El Hajeb s'interroge : "Comment les articles 5 et 44 peuvent-ils transformer l'un des plus nobles gestes humanitaires en une infraction punie par la loi ? ».
Pour cet acteur de la protection animale, nourrir un chat affamé ou porter secours à un chien blessé ne constitue ni un trouble à l'ordre public ni un acte d'incivisme, mais « l'expression des valeurs de compassion et de solidarité qui caractérisent les sociétés civilisées ». L'association affirme partager les objectifs liés à la propreté des espaces publics, à la protection de la santé publique et à la sécurité des citoyens. En revanche, elle estime que l'interdiction assortie d'amendes, sans mise en place préalable d'alternatives concrètes, risque de produire l'effet inverse.
Elle appelle notamment à la création de refuges adaptés, au déploiement effectif de programmes de stérilisation et de vaccination (TNVR), à l'installation de points officiels d'alimentation et d'abreuvement ainsi qu'à la mobilisation d'équipes vétérinaires chargées des soins et du sauvetage des animaux. Pour l'association, « la compassion ne devrait jamais devenir un délit ».
Une autre vision
La SPA du Maroc affirme, de son côté, avoir élaboré un projet alternatif composé de 80 articles déjà transmis aux institutions concernées. Cette proposition prévoit notamment la reconnaissance des animaux comme des êtres sensibles, l'interdiction explicite de l'abattage des chiens et chats communautaires, la généralisation obligatoire des programmes TNVR, l'identification et la stérilisation systématiques, ainsi que la création d'un centre public de protection animale dans chaque commune.
L'association plaide également pour une politique nationale reposant davantage sur la prévention, l'éducation des propriétaires d'animaux, la responsabilisation contre les abandons et l'accompagnement des collectivités territoriales, plutôt que sur des mesures qu'elle juge essentiellement coercitives.
Santé publique et bien-être animal
Le gouvernement défend pour sa part un texte visant à répondre à une problématique devenue majeure dans plusieurs villes du Royaume, où la prolifération des animaux errants soulève des questions de sécurité, d'hygiène et de santé publique, notamment en matière de lutte contre la rage. L'exécutif mise par ailleurs sur une gestion plus structurée grâce à l'identification des animaux, au renforcement du rôle des collectivités territoriales et à la création d'infrastructures dédiées à leur prise en charge.
Reste que plusieurs acteurs du secteur estiment que l'efficacité de cette réforme dépendra moins des interdictions prévues par la loi que des moyens réellement mobilisés sur le terrain. Pour les associations, le véritable défi résidera désormais dans la mise en œuvre concrète de la réforme, qui devra s'appuyer sur des infrastructures adaptées, des campagnes de stérilisation et un accompagnement des collectivités territoriales.
Genèse
Après plusieurs semaines d'examen parlementaire, le projet de loi n°19.25 relatif à la protection des animaux errants, à leur prise en charge et à la prévention de leurs dangers a été définitivement adopté par les deux Chambres du Parlement. Le texte, désormais en attente de promulgation et de publication au Bulletin officiel, ambitionne d'encadrer une problématique qui, depuis des années, alimente les controverses entre impératifs de santé publique et protection animale.
A sa présentation, le texte avait été salué pour son ambition de rompre avec des pratiques souvent décriées, notamment les campagnes d'abattage ponctuelles de chiens errants. Le projet de loi introduit en effet plusieurs nouveautés : identification obligatoire des animaux de compagnie, création de centres spécialisés relevant des collectivités territoriales, mise en place d'une base de données nationale, campagnes de stérilisation et de vaccination. Mais aussi des sanctions contre l'abandon, la maltraitance ou les actes de cruauté envers les animaux.
Autant de mesures destinées, selon les pouvoirs publics, à privilégier une approche plus organisée, fondée sur la prévention, la traçabilité et une meilleure gestion des populations animales.
Articles de la discorde
Or une disposition cristallise aujourd'hui l'essentiel des critiques. L'article 5 qui interdit désormais aux citoyens de nourrir, soigner ou héberger des animaux errants dans l'espace public, et l'article 44 prévoyant des sanctions financières pouvant atteindre 2.000 dirhams en cas d'infraction.
Pour de nombreuses associations, cette mesure revient à sanctionner des gestes de solidarité accomplis quotidiennement par des milliers de bénévoles, souvent en l'absence de structures publiques capables de prendre en charge ces animaux.
La Société Protectrice des Animaux du Maroc (SPA du Maroc), qui suit ce dossier depuis plusieurs années, estime que le texte comporte « plusieurs dispositions particulièrement préoccupantes ».
Dans un communiqué publié le 8 juillet 2026, l'association dénonce notamment « une approche essentiellement répressive, susceptible de criminaliser les bénévoles, les associations et les citoyens qui protègent quotidiennement les animaux ». L’organisation regrette également l'absence d'une interdiction claire de l'abattage des chiens et chats communautaires ainsi que le fait que le projet ne rende pas obligatoire le recours aux programmes TNVR (Capture – Stérilisation – Vaccination – Retour), pourtant largement recommandés par les organisations internationales comme méthode durable de gestion des populations animales.
Compassion et infraction
Sur les réseaux sociaux, plusieurs associations ont rapidement réagi après l'adoption définitive du texte. L'association « Sawt Ar-Rifq pour la protection et le bien-être animal » d'El Hajeb s'interroge : "Comment les articles 5 et 44 peuvent-ils transformer l'un des plus nobles gestes humanitaires en une infraction punie par la loi ? ».
Pour cet acteur de la protection animale, nourrir un chat affamé ou porter secours à un chien blessé ne constitue ni un trouble à l'ordre public ni un acte d'incivisme, mais « l'expression des valeurs de compassion et de solidarité qui caractérisent les sociétés civilisées ». L'association affirme partager les objectifs liés à la propreté des espaces publics, à la protection de la santé publique et à la sécurité des citoyens. En revanche, elle estime que l'interdiction assortie d'amendes, sans mise en place préalable d'alternatives concrètes, risque de produire l'effet inverse.
Elle appelle notamment à la création de refuges adaptés, au déploiement effectif de programmes de stérilisation et de vaccination (TNVR), à l'installation de points officiels d'alimentation et d'abreuvement ainsi qu'à la mobilisation d'équipes vétérinaires chargées des soins et du sauvetage des animaux. Pour l'association, « la compassion ne devrait jamais devenir un délit ».
Une autre vision
La SPA du Maroc affirme, de son côté, avoir élaboré un projet alternatif composé de 80 articles déjà transmis aux institutions concernées. Cette proposition prévoit notamment la reconnaissance des animaux comme des êtres sensibles, l'interdiction explicite de l'abattage des chiens et chats communautaires, la généralisation obligatoire des programmes TNVR, l'identification et la stérilisation systématiques, ainsi que la création d'un centre public de protection animale dans chaque commune.
L'association plaide également pour une politique nationale reposant davantage sur la prévention, l'éducation des propriétaires d'animaux, la responsabilisation contre les abandons et l'accompagnement des collectivités territoriales, plutôt que sur des mesures qu'elle juge essentiellement coercitives.
Santé publique et bien-être animal
Le gouvernement défend pour sa part un texte visant à répondre à une problématique devenue majeure dans plusieurs villes du Royaume, où la prolifération des animaux errants soulève des questions de sécurité, d'hygiène et de santé publique, notamment en matière de lutte contre la rage. L'exécutif mise par ailleurs sur une gestion plus structurée grâce à l'identification des animaux, au renforcement du rôle des collectivités territoriales et à la création d'infrastructures dédiées à leur prise en charge.
Reste que plusieurs acteurs du secteur estiment que l'efficacité de cette réforme dépendra moins des interdictions prévues par la loi que des moyens réellement mobilisés sur le terrain. Pour les associations, le véritable défi résidera désormais dans la mise en œuvre concrète de la réforme, qui devra s'appuyer sur des infrastructures adaptées, des campagnes de stérilisation et un accompagnement des collectivités territoriales.
