Après le redressement économique, Jouahri appelle à « une croissance qui profite à tous»
Après plusieurs années consacrées à restaurer les équilibres macroéconomiques, le Maroc entre dans une nouvelle phase de son développement. Dans son rapport annuel présenté au Roi Mohammed VI, le Wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, estime que la priorité n'est plus seulement de préserver la stabilité économique, mais de faire de la croissance un levier de création d'emplois, de cohésion sociale et de compétitivité.
Mounia Kabiri Kettani
Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib.
Le plus difficile commence. Après avoir traversé plusieurs années marquées par les crises sanitaires, les tensions géopolitiques et les chocs inflationnistes, le Maroc dispose aujourd'hui de fondamentaux économiques solides. Pour Bank Al-Maghrib, cette stabilité retrouvée ne constitue toutefois pas une finalité. Elle doit désormais servir une ambition plus large : améliorer concrètement les conditions de vie des Marocains.
C'est le principal enseignement qui se dégage du rapport annuel de Bank Al-Maghrib au titre de l'exercice 2025, présenté lundi au Roi Mohammed VI par le Wali de la Banque centrale, Abdellatif Jouahri. Au-delà du bilan économique, le document esquisse une véritable feuille de route pour la prochaine étape du développement du Royaume.
Des fondamentaux économiques consolidés
Le constat est d'abord celui d'une économie qui a démontré une capacité de résistance remarquable dans un environnement international toujours marqué par les incertitudes. En 2025, la croissance économique s'est établie à 4,9 %, portée notamment par le rebond de l'investissement. Dans le même temps, l'inflation est revenue à 0,8 %, confirmant le retour progressif à une stabilité des prix après les tensions observées au cours des dernières années.
Les autres indicateurs traduisent également cette amélioration. Le déficit budgétaire a été ramené à 3,5 % du PIB, tandis que les réserves officielles de change ont atteint 442,9 milliards de dirhams, soit l'équivalent de plus de cinq mois d'importations. Quant au déficit du compte courant, il est resté contenu malgré un contexte commercial mondial encore volatil.
Pour Abdellatif Jouahri, ces résultats traduisent « la résilience de l'économie nationale » et démontrent que les politiques économiques menées ces dernières années ont permis de préserver les grands équilibres.
L'emploi devient la priorité absolue
Mais le Wali de Bank Al-Maghrib refuse toute lecture triomphaliste de ces performances.
Dans son préambule, il note qu'un « décalage a été observé entre les performances économiques objectivement mesurées et le ressenti des citoyens ». Autrement dit, si les indicateurs économiques s'améliorent, leurs effets restent encore insuffisamment perceptibles dans le quotidien des ménages.
L'explication tient principalement au marché du travail. Malgré une croissance soutenue, la création d'emplois demeure insuffisante pour absorber une population active en constante progression. Le chômage reste élevé, notamment chez les jeunes, tandis que plusieurs millions de personnes âgées de 15 à 29 ans demeurent sans emploi, sans formation ou hors du système éducatif.
Le message est sans ambiguïté : la prochaine étape du développement économique marocain sera jugée à sa capacité à créer davantage d'emplois.
Une croissance plus inclusive
Le rapport rejoint également les Hautes Orientations Royales visant à faire de la cohésion sociale le cœur des politiques publiques. Abdellatif Jouahri rappelle le Discours du Trône de 2025 dans lequel le Roi Mohammed VI affirmait qu'« il n'y a de place, ni aujourd'hui, ni demain, pour un Maroc avançant à deux vitesses ».
Pour Bank Al-Maghrib, cette orientation implique d'améliorer en permanence l'efficacité des politiques sociales, de mieux cibler les dispositifs de soutien et de poursuivre la régionalisation avancée afin de réduire les disparités territoriales.
La Banque centrale considère que la croissance ne peut être durable que si elle bénéficie à l'ensemble des régions et des catégories sociales.
Investir mieux plutôt qu'investir plus
Autre axe fort du rapport : la qualité de l'investissement. Le Maroc consacre déjà une part importante de ses ressources à l'investissement public. Pour Jouahri, le défi consiste désormais à améliorer son rendement économique. L'objectif est de faire en sorte que les investissements publics génèrent davantage d'investissements privés, favorisent l'émergence de nouvelles activités productives et créent davantage d'emplois.
Dans cette perspective, le rapport met en avant plusieurs leviers : la mise en œuvre de la Charte de l'investissement, le déploiement du Fonds Mohammed VI pour l'investissement, ainsi qu'un meilleur accès des très petites, petites et moyennes entreprises au financement.
Pour Bank Al-Maghrib, la compétitivité future du Maroc dépendra moins du volume des investissements que de leur capacité à accroître durablement la productivité.
Mieux utiliser les ressources publiques
Cette recherche d'efficacité concerne également les finances publiques.
Face à la montée des dépenses sociales, aux investissements structurants et aux futurs besoins liés notamment à la réforme des retraites, le Wali appelle à une utilisation plus efficiente des ressources budgétaires.
Le rapport recommande notamment de généraliser les revues de dépenses afin d'améliorer la qualité de la dépense publique tout en préservant les marges budgétaires nécessaires au financement des réformes futures.
Anticiper les grands défis
Au-delà des enjeux économiques immédiats, Bank Al-Maghrib invite également à préparer le Royaume aux grandes mutations mondiales. La Banque centrale plaide pour le renforcement des réserves stratégiques de produits essentiels afin de mieux faire face aux perturbations internationales.
Elle insiste également la nécessité d'accélérer la transition énergétique, à la fois pour réduire la dépendance extérieure du Maroc et pour permettre aux entreprises nationales de répondre aux nouvelles exigences environnementales des marchés internationaux.
Le stress hydrique figure lui aussi parmi les priorités. Face à une ressource de plus en plus rare, le rapport insiste sur l'urgence de poursuivre les investissements dans les infrastructures de mobilisation de l'eau et d'améliorer leur gouvernance.
Une nouvelle feuille de route
Au final, le rapport annuel de Bank Al-Maghrib dépasse largement le cadre d'un simple exercice statistique. Il marque une évolution dans les priorités économiques du Royaume. Pendant plusieurs années, l'objectif principal consistait à préserver les grands équilibres face aux crises. Désormais, l'enjeu est différent : faire de cette stabilité le socle d'une croissance plus inclusive, plus créatrice d'emplois et davantage perceptible par les citoyens.
Le message d'Abdellatif Jouahri est clair : les fondamentaux économiques sont désormais suffisamment solides pour permettre au Maroc d'ouvrir un nouveau chapitre de son développement, où la performance ne se mesurera plus uniquement par les indicateurs macroéconomiques, mais aussi par son impact concret sur le quotidien des Marocains.
C'est le principal enseignement qui se dégage du rapport annuel de Bank Al-Maghrib au titre de l'exercice 2025, présenté lundi au Roi Mohammed VI par le Wali de la Banque centrale, Abdellatif Jouahri. Au-delà du bilan économique, le document esquisse une véritable feuille de route pour la prochaine étape du développement du Royaume.
Des fondamentaux économiques consolidés
Le constat est d'abord celui d'une économie qui a démontré une capacité de résistance remarquable dans un environnement international toujours marqué par les incertitudes. En 2025, la croissance économique s'est établie à 4,9 %, portée notamment par le rebond de l'investissement. Dans le même temps, l'inflation est revenue à 0,8 %, confirmant le retour progressif à une stabilité des prix après les tensions observées au cours des dernières années.
Les autres indicateurs traduisent également cette amélioration. Le déficit budgétaire a été ramené à 3,5 % du PIB, tandis que les réserves officielles de change ont atteint 442,9 milliards de dirhams, soit l'équivalent de plus de cinq mois d'importations. Quant au déficit du compte courant, il est resté contenu malgré un contexte commercial mondial encore volatil.
Pour Abdellatif Jouahri, ces résultats traduisent « la résilience de l'économie nationale » et démontrent que les politiques économiques menées ces dernières années ont permis de préserver les grands équilibres.
L'emploi devient la priorité absolue
Mais le Wali de Bank Al-Maghrib refuse toute lecture triomphaliste de ces performances.
Dans son préambule, il note qu'un « décalage a été observé entre les performances économiques objectivement mesurées et le ressenti des citoyens ». Autrement dit, si les indicateurs économiques s'améliorent, leurs effets restent encore insuffisamment perceptibles dans le quotidien des ménages.
L'explication tient principalement au marché du travail. Malgré une croissance soutenue, la création d'emplois demeure insuffisante pour absorber une population active en constante progression. Le chômage reste élevé, notamment chez les jeunes, tandis que plusieurs millions de personnes âgées de 15 à 29 ans demeurent sans emploi, sans formation ou hors du système éducatif.
Le message est sans ambiguïté : la prochaine étape du développement économique marocain sera jugée à sa capacité à créer davantage d'emplois.
Une croissance plus inclusive
Le rapport rejoint également les Hautes Orientations Royales visant à faire de la cohésion sociale le cœur des politiques publiques. Abdellatif Jouahri rappelle le Discours du Trône de 2025 dans lequel le Roi Mohammed VI affirmait qu'« il n'y a de place, ni aujourd'hui, ni demain, pour un Maroc avançant à deux vitesses ».
Pour Bank Al-Maghrib, cette orientation implique d'améliorer en permanence l'efficacité des politiques sociales, de mieux cibler les dispositifs de soutien et de poursuivre la régionalisation avancée afin de réduire les disparités territoriales.
La Banque centrale considère que la croissance ne peut être durable que si elle bénéficie à l'ensemble des régions et des catégories sociales.
Investir mieux plutôt qu'investir plus
Autre axe fort du rapport : la qualité de l'investissement. Le Maroc consacre déjà une part importante de ses ressources à l'investissement public. Pour Jouahri, le défi consiste désormais à améliorer son rendement économique. L'objectif est de faire en sorte que les investissements publics génèrent davantage d'investissements privés, favorisent l'émergence de nouvelles activités productives et créent davantage d'emplois.
Dans cette perspective, le rapport met en avant plusieurs leviers : la mise en œuvre de la Charte de l'investissement, le déploiement du Fonds Mohammed VI pour l'investissement, ainsi qu'un meilleur accès des très petites, petites et moyennes entreprises au financement.
Pour Bank Al-Maghrib, la compétitivité future du Maroc dépendra moins du volume des investissements que de leur capacité à accroître durablement la productivité.
Mieux utiliser les ressources publiques
Cette recherche d'efficacité concerne également les finances publiques.
Face à la montée des dépenses sociales, aux investissements structurants et aux futurs besoins liés notamment à la réforme des retraites, le Wali appelle à une utilisation plus efficiente des ressources budgétaires.
Le rapport recommande notamment de généraliser les revues de dépenses afin d'améliorer la qualité de la dépense publique tout en préservant les marges budgétaires nécessaires au financement des réformes futures.
Anticiper les grands défis
Au-delà des enjeux économiques immédiats, Bank Al-Maghrib invite également à préparer le Royaume aux grandes mutations mondiales. La Banque centrale plaide pour le renforcement des réserves stratégiques de produits essentiels afin de mieux faire face aux perturbations internationales.
Elle insiste également la nécessité d'accélérer la transition énergétique, à la fois pour réduire la dépendance extérieure du Maroc et pour permettre aux entreprises nationales de répondre aux nouvelles exigences environnementales des marchés internationaux.
Le stress hydrique figure lui aussi parmi les priorités. Face à une ressource de plus en plus rare, le rapport insiste sur l'urgence de poursuivre les investissements dans les infrastructures de mobilisation de l'eau et d'améliorer leur gouvernance.
Une nouvelle feuille de route
Au final, le rapport annuel de Bank Al-Maghrib dépasse largement le cadre d'un simple exercice statistique. Il marque une évolution dans les priorités économiques du Royaume. Pendant plusieurs années, l'objectif principal consistait à préserver les grands équilibres face aux crises. Désormais, l'enjeu est différent : faire de cette stabilité le socle d'une croissance plus inclusive, plus créatrice d'emplois et davantage perceptible par les citoyens.
Le message d'Abdellatif Jouahri est clair : les fondamentaux économiques sont désormais suffisamment solides pour permettre au Maroc d'ouvrir un nouveau chapitre de son développement, où la performance ne se mesurera plus uniquement par les indicateurs macroéconomiques, mais aussi par son impact concret sur le quotidien des Marocains.
