Société
Fruits et légumes mais aussi gras et sucré : le paradoxe alimentaire des Marocains (Etude)
Fruits et légumes restent solidement ancrés dans les habitudes alimentaires marocaines. Mais à leurs côtés, les aliments riches en matières grasses et les boissons sucrées gagnent du terrain. Une étude menée auprès de plus d’un millier d’adultes met en évidence une transition nutritionnelle marquée par la coexistence de pratiques traditionnelles et de nouvelles habitudes, avec des différences notables selon l’âge, le sexe et le lieu de résidence.
Hayat Kamal Idrissi
Des habitudes alimentaires qui varient selon l'âge et le milieu
Le contenu des assiettes marocaines est en train d’évoluer. Si les fruits, les légumes et les aliments riches en fibres restent largement consommés, les produits riches en matières grasses et les boissons sucrées occupent eux aussi une place importante dans les habitudes déclarées.
C’est l’un des principaux enseignements d’une étude publiée récemment dans la revue scientifique internationale « Frontiers in Nutrition ». Réalisée par des chercheurs de l’Université Sultan Moulay Slimane de Béni Mellal, elle porte sur 1.035 adultes marocains et met en évidence les signes d’une transition nutritionnelle.
Ainsi les produits traditionnellement associés à une alimentation équilibrée restent très présents : 89,7% des participants déclarent en effet consommer souvent ou toujours des fruits frais, 89% des légumes et 85,6% des aliments riches en fibres.
Mais ces habitudes coexistent désormais avec une consommation importante de produits plus gras et de boissons sucrées.
Plus de 76 % des personnes interrogées déclarent manger fréquemment des aliments riches en matières grasses, tandis que 49,1% consomment régulièrement des boissons sucrées. Autrement dit, le changement ne se traduit pas par la disparition de l’ancien modèle alimentaire, mais plutôt par l’installation progressive de nouvelles pratiques à ses côtés.
Age et lieu de résidence, facteurs clés
Cette évolution n’est toutefois pas uniforme. Les comportements alimentaires varient sensiblement selon le profil des participants. Les hommes sont ainsi davantage exposés à une consommation fréquente de boissons sucrées. Selon l’étude, « leur probabilité d’en consommer régulièrement est 72% plus élevée que celle des femmes ».
En plus du sexe, l’âge constitue également un facteur différenciant. D’après l’étude, les personnes âgées de 25 ans et plus sont davantage enclines à réduire leur consommation de sucre que les plus jeunes. Le lieu de résidence constitue également un facteur décisif et joue, lui aussi, un rôle important dans le façonnage des nouvelle habitudes alimentaires des Marocains.
L’étude établit une association étroite entre la résidence en milieu urbain et une consommation plus fréquente et plus importante d’aliments riches en matières grasses. Des différences qui illustrent une transformation des pratiques alimentaires qui ne touche pas tous les groupes de la même manière.
Sucre : Consommation élevée
Ces résultats prennent une dimension particulière dans un contexte où la consommation de sucre demeure élevée au Maroc. Selon les données publiées par Cosumar, environ 1,23 million de tonnes de sucre blanc ont été consommées sur le marché national en 2025.
Cette consommation ne se résume toutefois pas au sucre ajouté directement dans le thé, le café ou les préparations maison. Le sucre est également présent dans de nombreux produits consommés au quotidien, notamment les boissons, les pâtisseries, les biscuits et différents produits transformés. Une partie de la consommation passe ainsi inaperçue : elle ne correspond pas forcément au geste volontaire consistant à ajouter du sucre, mais à celui de consommer des produits qui en contiennent déjà.
Changement de comportement
Près d’un adulte sur deux a déjà tenté de changer son alimentation, nous apprend la même étude. La volonté de modifier les habitudes alimentaires apparaît également dans les réponses des participants. Ainsi 49,6% déclarent avoir déjà suivi un régime dans le but d’améliorer leur santé. Parmi eux, 34,7% ont essayé un régime sans sucre et 22,8% un régime hypocalorique. Reste que décider de changer son alimentation ne suffit pas toujours à inscrire ces nouvelles habitudes dans la durée.
Le manque de temps, les contraintes financières, les habitudes familiales, l’alimentation liée aux émotions ou encore des objectifs difficiles à atteindre peuvent compliquer le maintien d’un régime sur le long terme, détaillent les chercheurs de l’Université Sultan Moulay Slimane. D’où l’intérêt, soulignent les approches nutritionnelles, de privilégier des changements compatibles avec la vie quotidienne plutôt que des restrictions trop difficiles à tenir. Le rythme de vie, le budget, les habitudes et les difficultés propres à chaque personne peuvent ainsi être pris en compte pour favoriser des changements durables.
Les outils numériques restent encore peu utilisés dans ce domaine. Dans l’échantillon étudié, seuls 9,5% des participants déclarent utiliser une application ou un outil pour suivre leur alimentation ou leurs calories.
Six participants sur dix en surpoids
Ces habitudes alimentaires se reflètent aussi dans la situation pondérale des participants. L’étude fait état de 45,4% de personnes en surpoids et de 15,5% en situation d’obésité, soit 60,9% des participants concernés au total. Le surpoids et l’obésité sont par ailleurs davantage représentés chez les adultes âgés de 25 à 64 ans que chez les 18-24 ans.
Pour les chercheurs, ces résultats constituent une première photographie qui devra être complétée par des études quantitatives menées sur des échantillons plus larges. L’objectif est de mieux cerner les habitudes alimentaires de la population, leurs évolutions et les facteurs qui les influencent. Un enjeu sanitaire qui concerne particulièrement les jeunes, car c’est dès les premières années de la vie que se construisent des habitudes alimentaires susceptibles de peser durablement sur la santé, conclue l'étude.
C’est l’un des principaux enseignements d’une étude publiée récemment dans la revue scientifique internationale « Frontiers in Nutrition ». Réalisée par des chercheurs de l’Université Sultan Moulay Slimane de Béni Mellal, elle porte sur 1.035 adultes marocains et met en évidence les signes d’une transition nutritionnelle.
Ainsi les produits traditionnellement associés à une alimentation équilibrée restent très présents : 89,7% des participants déclarent en effet consommer souvent ou toujours des fruits frais, 89% des légumes et 85,6% des aliments riches en fibres.
Mais ces habitudes coexistent désormais avec une consommation importante de produits plus gras et de boissons sucrées.
Plus de 76 % des personnes interrogées déclarent manger fréquemment des aliments riches en matières grasses, tandis que 49,1% consomment régulièrement des boissons sucrées. Autrement dit, le changement ne se traduit pas par la disparition de l’ancien modèle alimentaire, mais plutôt par l’installation progressive de nouvelles pratiques à ses côtés.
Age et lieu de résidence, facteurs clés
Cette évolution n’est toutefois pas uniforme. Les comportements alimentaires varient sensiblement selon le profil des participants. Les hommes sont ainsi davantage exposés à une consommation fréquente de boissons sucrées. Selon l’étude, « leur probabilité d’en consommer régulièrement est 72% plus élevée que celle des femmes ».
En plus du sexe, l’âge constitue également un facteur différenciant. D’après l’étude, les personnes âgées de 25 ans et plus sont davantage enclines à réduire leur consommation de sucre que les plus jeunes. Le lieu de résidence constitue également un facteur décisif et joue, lui aussi, un rôle important dans le façonnage des nouvelle habitudes alimentaires des Marocains.
L’étude établit une association étroite entre la résidence en milieu urbain et une consommation plus fréquente et plus importante d’aliments riches en matières grasses. Des différences qui illustrent une transformation des pratiques alimentaires qui ne touche pas tous les groupes de la même manière.
Sucre : Consommation élevée
Ces résultats prennent une dimension particulière dans un contexte où la consommation de sucre demeure élevée au Maroc. Selon les données publiées par Cosumar, environ 1,23 million de tonnes de sucre blanc ont été consommées sur le marché national en 2025.
Cette consommation ne se résume toutefois pas au sucre ajouté directement dans le thé, le café ou les préparations maison. Le sucre est également présent dans de nombreux produits consommés au quotidien, notamment les boissons, les pâtisseries, les biscuits et différents produits transformés. Une partie de la consommation passe ainsi inaperçue : elle ne correspond pas forcément au geste volontaire consistant à ajouter du sucre, mais à celui de consommer des produits qui en contiennent déjà.
Changement de comportement
Près d’un adulte sur deux a déjà tenté de changer son alimentation, nous apprend la même étude. La volonté de modifier les habitudes alimentaires apparaît également dans les réponses des participants. Ainsi 49,6% déclarent avoir déjà suivi un régime dans le but d’améliorer leur santé. Parmi eux, 34,7% ont essayé un régime sans sucre et 22,8% un régime hypocalorique. Reste que décider de changer son alimentation ne suffit pas toujours à inscrire ces nouvelles habitudes dans la durée.
Le manque de temps, les contraintes financières, les habitudes familiales, l’alimentation liée aux émotions ou encore des objectifs difficiles à atteindre peuvent compliquer le maintien d’un régime sur le long terme, détaillent les chercheurs de l’Université Sultan Moulay Slimane. D’où l’intérêt, soulignent les approches nutritionnelles, de privilégier des changements compatibles avec la vie quotidienne plutôt que des restrictions trop difficiles à tenir. Le rythme de vie, le budget, les habitudes et les difficultés propres à chaque personne peuvent ainsi être pris en compte pour favoriser des changements durables.
Les outils numériques restent encore peu utilisés dans ce domaine. Dans l’échantillon étudié, seuls 9,5% des participants déclarent utiliser une application ou un outil pour suivre leur alimentation ou leurs calories.
Six participants sur dix en surpoids
Ces habitudes alimentaires se reflètent aussi dans la situation pondérale des participants. L’étude fait état de 45,4% de personnes en surpoids et de 15,5% en situation d’obésité, soit 60,9% des participants concernés au total. Le surpoids et l’obésité sont par ailleurs davantage représentés chez les adultes âgés de 25 à 64 ans que chez les 18-24 ans.
Pour les chercheurs, ces résultats constituent une première photographie qui devra être complétée par des études quantitatives menées sur des échantillons plus larges. L’objectif est de mieux cerner les habitudes alimentaires de la population, leurs évolutions et les facteurs qui les influencent. Un enjeu sanitaire qui concerne particulièrement les jeunes, car c’est dès les premières années de la vie que se construisent des habitudes alimentaires susceptibles de peser durablement sur la santé, conclue l'étude.
