De « Hdidane » à l'hémicycle : comment Fatima Ouchay a transformé sa notoriété d'actrice en mandat de députée
Inconnue en politique il y a encore un an, la comédienne marocaine Fatima Ouchay est devenue l'une des révélations des législatives du 23 septembre 2026. Portée par le PJD dans la région Casablanca-Settat, elle décroche un siège au parlement avec près de 140 000 voix ; un score qui interroge autant qu'il fascine sur le pouvoir de la célébrité en politique.
Kawtar Firdaous
Portée par le PJD dans la région Casablanca-Settat, Fatima Ouchay décroche un siège au parlement avec près de 140 000 voix.
Les résultats provisoires communiqués par le ministère de l'Intérieur sont sans appel : dans la circonscription régionale de Casablanca-Settat, tête de liste du Parti de la justice et du développement (PJD), Fatima Ouchay a obtenu un siège parlementaire à l'issue des résultats définitifs provisoires des élections législatives, en recueillant 139 708 voix. Elle se classe ainsi juste derrière Malika Mazour, candidate du Parti authenticité et modernité et adjointe au maire de Casablanca, arrivée en tête avec 157 495 voix.
Sur le plan national, les législatives ont largement rebattu les cartes : le PAM arrive en tête avec 97 sièges, devant le RNI (66), l'Istiqlal (65) et le PJD (54), en forte progression par rapport à son score de 2021. C'est dans cette dynamique de reconquête que s'inscrit le pari Ouchay.
Comment une actrice sans passé politique a-t-elle pu réussir un tel exploit ?
Le phénomène n'est pas propre au Maroc, mais il y prend une résonance particulière. Selon certains observateurs, ce choix relève de « l'intelligence électorale », car il ne mise pas sur un visage moderniste, mais sur une artiste connue pour ses positions liées à l'identité et aux valeurs authentiques, ainsi que pour sa critique de ce qui est qualifié de « laxisme ». Autrement dit, le PJD n'a pas choisi une célébrité au hasard : il a choisi une célébrité dont l'image publique coïncidait déjà avec son propre discours conservateur.
D'autres experts et observateurs du champ politique local y voient un calcul plus tactique encore : la candidature de Ouchay serait une « réaction » politique et une tentative de ne pas laisser le terrain de la notoriété aux partis concurrents, mais toujours selon les conditions du parti, c'est-à-dire en choisissant un visage artistique qui porte un discours adapté au public du PJD. Son parcours a relancé la question de la présence des artistes dans les institutions politiques, et de la capacité de la notoriété artistique à se convertir en capital électoral : l'artiste possède, par la nature de son métier, la capacité d'atteindre de larges couches de la société, tandis que sa présence télévisuelle, cinématographique et théâtrale lui confère un fort degré de reconnaissance.
Sa candidature ne fut d'ailleurs pas un cas isolé, mais une pièce d'une stratégie de parti plus large : le PJD a également présenté aux mêmes élections le journaliste et essayiste Samir Chaouki, également élu, dans le cadre d'une volonté du parti de s'ouvrir à des personnalités issues de différents horizons professionnels, médiatiques et artistiques. Le PJD a renouvelé près de 70% de ses candidats par rapport à 2021, misant sur des profils venus de la société civile plutôt que sur les cadres traditionnels du parti.
Un discours électoral axé sur le social
Bien avant le scrutin, Fatima Ouchay avait dû justifier publiquement son entrée en politique, face à une vague de critiques sur les réseaux sociaux. Elle avait notamment écrit sur Facebook : « À ceux qui s'interrogent et s'étonnent : passer de l'art à la politique ? Je réponds que l'art, dans son essence, est le reflet de la société. L'art véhicule des messages forts, tout en étant influencé par son environnement politique et institutionnel », avant d'ajouter que « depuis toujours et à travers l'histoire, les arts, sous toutes leurs formes, ont fait partie intégrante de l'environnement général qui les entoure ».
Sur le fond des dossiers, lors d'un meeting du PJD à Benslimane, elle a défendu une ligne sociale, évoquant le coût de la vie, l'avenir des jeunes diplômés sans perspectives d'emploi, ainsi que l'aspiration à vivre dans la dignité et à bénéficier des droits fondamentaux comme préoccupations partagées par les Marocains. Elle a abordé des sujets multiples comme la vie chère, la création d'emplois, l'avenir de la jeunesse et le droit à une vie digne, tout en insistant sur l'importance de l'intégrité, de la lutte contre la corruption et de la réforme.
Des promesses de proximité après la victoire
Une fois le siège acquis, la tonalité de son discours a nettement changé de registre, passant de la mobilisation électorale à l'engagement de fidélité envers les électeurs. Sur Facebook, elle a écrit un message resté dans les esprits : « Je vous promets de rester votre servante, non votre représentante qui vous dicterait sa loi, et que ce siège reste le vôtre, votre voix à vous ».
Elle a également insisté sur le sens qu'elle donne à son élection, refusant d'en faire une victoire personnelle : son arrivée au Parlement représente une responsabilité plus qu'une victoire personnelle, a-t-elle affirmé, précisant qu'elle restera proche des citoyens, considérant que le siège parlementaire appartient aux électeurs qui ont voté pour elle, et non à elle-même.
Interrogée sur ses priorités concrètes au sein de l'hémicycle, elle a indiqué qu'elle accordera une importance prioritaire aux questions sociales et aux problèmes rencontrés par les citoyens, ainsi qu'aux dossiers liés au secteur artistique et aux contraintes vécues par les artistes, précisant que cet intérêt découle à la fois de son statut de citoyenne concernée par les enjeux de société et de son expérience d'artiste.
Un débat qui dépasse son seul cas
Sa victoire a ravivé un débat plus large sur la place des artistes en politique. Son siège parlementaire a suscité une vaste controverse parmi artistes et réalisateurs autour du rôle de l'artiste et de sa relation avec l'action politique : certains considèrent que délaisser l'art pour la politique ne serait qu'une immersion dans des intérêts personnels, tandis que d'autres estiment que l'artiste a le droit d'entrer dans l'arène politique afin d'améliorer la situation du secteur artistique, jugeant que les partis politiques ont besoin de davantage d'artistes et d'intellectuels capables d'investir la dimension symbolique comme moyen d'influence effective en politique.
Finalement, le parcours de Fatima Ouchay illustre une tendance de fond dans le paysage politique marocain : des partis en quête de renouvellement d'image misent sur des figures populaires dont la notoriété préexistante ; et surtout les valeurs déjà publiquement incarnées ; se convertissent en capital électoral. Reste à savoir si cette « députée-actrice » saura transformer l'essai en travail législatif, elle qui s'est engagée à rester, selon ses propres mots, « la servante » de ses électeurs plutôt que leur représentante distante.
Sur le plan national, les législatives ont largement rebattu les cartes : le PAM arrive en tête avec 97 sièges, devant le RNI (66), l'Istiqlal (65) et le PJD (54), en forte progression par rapport à son score de 2021. C'est dans cette dynamique de reconquête que s'inscrit le pari Ouchay.
Comment une actrice sans passé politique a-t-elle pu réussir un tel exploit ?
Le phénomène n'est pas propre au Maroc, mais il y prend une résonance particulière. Selon certains observateurs, ce choix relève de « l'intelligence électorale », car il ne mise pas sur un visage moderniste, mais sur une artiste connue pour ses positions liées à l'identité et aux valeurs authentiques, ainsi que pour sa critique de ce qui est qualifié de « laxisme ». Autrement dit, le PJD n'a pas choisi une célébrité au hasard : il a choisi une célébrité dont l'image publique coïncidait déjà avec son propre discours conservateur.
D'autres experts et observateurs du champ politique local y voient un calcul plus tactique encore : la candidature de Ouchay serait une « réaction » politique et une tentative de ne pas laisser le terrain de la notoriété aux partis concurrents, mais toujours selon les conditions du parti, c'est-à-dire en choisissant un visage artistique qui porte un discours adapté au public du PJD. Son parcours a relancé la question de la présence des artistes dans les institutions politiques, et de la capacité de la notoriété artistique à se convertir en capital électoral : l'artiste possède, par la nature de son métier, la capacité d'atteindre de larges couches de la société, tandis que sa présence télévisuelle, cinématographique et théâtrale lui confère un fort degré de reconnaissance.
Sa candidature ne fut d'ailleurs pas un cas isolé, mais une pièce d'une stratégie de parti plus large : le PJD a également présenté aux mêmes élections le journaliste et essayiste Samir Chaouki, également élu, dans le cadre d'une volonté du parti de s'ouvrir à des personnalités issues de différents horizons professionnels, médiatiques et artistiques. Le PJD a renouvelé près de 70% de ses candidats par rapport à 2021, misant sur des profils venus de la société civile plutôt que sur les cadres traditionnels du parti.
Un discours électoral axé sur le social
Bien avant le scrutin, Fatima Ouchay avait dû justifier publiquement son entrée en politique, face à une vague de critiques sur les réseaux sociaux. Elle avait notamment écrit sur Facebook : « À ceux qui s'interrogent et s'étonnent : passer de l'art à la politique ? Je réponds que l'art, dans son essence, est le reflet de la société. L'art véhicule des messages forts, tout en étant influencé par son environnement politique et institutionnel », avant d'ajouter que « depuis toujours et à travers l'histoire, les arts, sous toutes leurs formes, ont fait partie intégrante de l'environnement général qui les entoure ».
Sur le fond des dossiers, lors d'un meeting du PJD à Benslimane, elle a défendu une ligne sociale, évoquant le coût de la vie, l'avenir des jeunes diplômés sans perspectives d'emploi, ainsi que l'aspiration à vivre dans la dignité et à bénéficier des droits fondamentaux comme préoccupations partagées par les Marocains. Elle a abordé des sujets multiples comme la vie chère, la création d'emplois, l'avenir de la jeunesse et le droit à une vie digne, tout en insistant sur l'importance de l'intégrité, de la lutte contre la corruption et de la réforme.
Des promesses de proximité après la victoire
Une fois le siège acquis, la tonalité de son discours a nettement changé de registre, passant de la mobilisation électorale à l'engagement de fidélité envers les électeurs. Sur Facebook, elle a écrit un message resté dans les esprits : « Je vous promets de rester votre servante, non votre représentante qui vous dicterait sa loi, et que ce siège reste le vôtre, votre voix à vous ».
Elle a également insisté sur le sens qu'elle donne à son élection, refusant d'en faire une victoire personnelle : son arrivée au Parlement représente une responsabilité plus qu'une victoire personnelle, a-t-elle affirmé, précisant qu'elle restera proche des citoyens, considérant que le siège parlementaire appartient aux électeurs qui ont voté pour elle, et non à elle-même.
Interrogée sur ses priorités concrètes au sein de l'hémicycle, elle a indiqué qu'elle accordera une importance prioritaire aux questions sociales et aux problèmes rencontrés par les citoyens, ainsi qu'aux dossiers liés au secteur artistique et aux contraintes vécues par les artistes, précisant que cet intérêt découle à la fois de son statut de citoyenne concernée par les enjeux de société et de son expérience d'artiste.
Un débat qui dépasse son seul cas
Sa victoire a ravivé un débat plus large sur la place des artistes en politique. Son siège parlementaire a suscité une vaste controverse parmi artistes et réalisateurs autour du rôle de l'artiste et de sa relation avec l'action politique : certains considèrent que délaisser l'art pour la politique ne serait qu'une immersion dans des intérêts personnels, tandis que d'autres estiment que l'artiste a le droit d'entrer dans l'arène politique afin d'améliorer la situation du secteur artistique, jugeant que les partis politiques ont besoin de davantage d'artistes et d'intellectuels capables d'investir la dimension symbolique comme moyen d'influence effective en politique.
Finalement, le parcours de Fatima Ouchay illustre une tendance de fond dans le paysage politique marocain : des partis en quête de renouvellement d'image misent sur des figures populaires dont la notoriété préexistante ; et surtout les valeurs déjà publiquement incarnées ; se convertissent en capital électoral. Reste à savoir si cette « députée-actrice » saura transformer l'essai en travail législatif, elle qui s'est engagée à rester, selon ses propres mots, « la servante » de ses électeurs plutôt que leur représentante distante.
