Marché des capitaux. Le Maroc veut mieux financer ses PME
Plus de 1.200 milliards de dirhams de patrimoine financier des ménages et plus de 600 milliards d’actifs mobiliers détenus par les principaux investisseurs institutionnels : l’épargne existe. Reste désormais à mieux la transformer en financement pour les entreprises, en particulier les PME.
Mounia Kabiri Kettani
L’AMMC veut rapprocher le marché des capitaux des PME afin de mieux transformer l’épargne nationale en financements adaptés à leurs besoins de croissance et d’investissement.
Le financement des PME s’impose comme l’un des prochains chantiers du marché marocain des capitaux. Réunis lundi 28 septembre à Casablanca, l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) et la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) ont placé cette question au centre d’une rencontre consacrée au financement des petites et moyennes entreprises.
Pour le président de l’AMMC, Tarik Senhaji, le sujet dépasse la seule diversification des sources de financement. Il s’agit désormais de renforcer la capacité du système financier à accompagner le changement d’échelle de l’économie marocaine, alors que les besoins d’investissement augmentent dans plusieurs secteurs.
De la profondeur à la proximité
Ces dernières années, le marché des capitaux marocain a développé une gamme plus large d’instruments. Dette obligataire privée, OPCVM, OPCI, titrisation, capital-investissement ou encore financement collaboratif offrent désormais aux entreprises plusieurs voies pour accéder aux ressources financières.
Mais pour le président de l’AMMC, cette diversification ne suffit plus. « Le marché a gagné en profondeur. L’objectif du régulateur est clair : il doit gagner en proximité », note Tarik Senhaji. Cette proximité implique notamment que les professionnels du marché aillent davantage à la rencontre des entreprises, comprennent leurs trajectoires et interviennent plus tôt dans leurs projets.
L'approche défendue par l'AMMC consiste ainsi à inverser la logique traditionnelle : les solutions de financement doivent partir du besoin de l’entreprise plutôt que de l’instrument financier déjà disponible.
Le potentiel existe. À fin 2025, le patrimoine financier des ménages atteignait près de 1.200 milliards de dirhams, tandis que les compagnies d’assurances et les régimes de retraite disposaient de plus de 600 milliards de dirhams d’actifs mobiliers.
La base des investisseurs s’est également élargie. Le nombre de comptes-titres a presque triplé depuis 2020 pour dépasser 430.000 au premier trimestre 2026. Pour Tarik Senhaji, le défi consiste désormais à mieux connecter cette épargne aux besoins de financement de l’économie. Il s’agit notamment de rapprocher les ressources longues des besoins longs des entreprises et de multiplier les passerelles entre investisseurs et porteurs de projets.
Des instruments de financement qui se diversifient
La transformation du marché se reflète également dans les volumes enregistrés sur ses différents segments.
À fin 2025, l’encours de la dette privée non souveraine dépassait 308 milliards de dirhams, tandis que les OPCVM totalisaient 785 milliards de dirhams d’actifs nets. Les OPCI approchaient, de leur côté, les 134 milliards de dirhams.
La titrisation a également progressé rapidement, avec 15,5 milliards de dirhams d’émissions, contre 2,4 milliards un an auparavant. La dynamique s’est poursuivie en 2026. À fin mai, les actifs nets des OPCVM atteignaient 827 milliards de dirhams, après une collecte nette de 46 milliards. La capitalisation boursière a, elle aussi, franchi le seuil des 1.000 milliards de dirhams.
À cette palette s’ajoutent le capital-investissement, qui intervient notamment dans les phases de croissance et de transformation des PME, ainsi que le financement collaboratif, qui ouvre une nouvelle voie de mobilisation de l’épargne.
Le principal enjeu se situe désormais dans la capacité des entreprises à accéder effectivement à ces instruments. Une introduction en Bourse, par exemple, ne se prépare pas au moment où l’entreprise décide de franchir le pas. Elle suppose en amont une gouvernance structurée, une information financière fiable et une organisation suffisamment solide pour répondre aux exigences du marché.
C’est également le constat formulé par la CGEM. Pour Mehdi Tazi, l’objectif est de faire émerger un véritable vivier d’entreprises capables de se tourner vers les marchés de capitaux, en les accompagnant plusieurs années avant une éventuelle introduction en Bourse.
Cette préparation concerne particulièrement les PME, pour lesquelles les exigences de gouvernance, de transparence et de qualité de l’information peuvent constituer des étapes déterminantes.
Le marché comme relais de croissance
Tarik Senhaji met également en avant l’existence d’un « continuum de financement », dans lequel les différents instruments du marché peuvent intervenir successivement au cours de la vie d’une entreprise.
Les opérations en dette peuvent ainsi précéder des opérations en capital, tandis que le capital-investissement peut accompagner une entreprise dans ses phases d’expansion avant une éventuelle introduction en Bourse.
Cette complémentarité permettrait de faire du marché des capitaux non pas une solution ponctuelle, mais un véritable relais dans les différentes phases de croissance des entreprises.
Pour accélérer cette évolution, l’AMMC entend également travailler sur le parcours d’accès au marché.
Son plan stratégique 2024-2028 repose notamment sur trois priorités : mieux mobiliser l’épargne, élargir les solutions de financement et fluidifier l’accès des entreprises au marché.
Le régulateur entend notamment identifier les procédures pouvant être simplifiées, proportionnées ou accélérées, tout en maintenant les exigences liées à la qualité de l’information, à l’intégrité du marché et à la protection des investisseurs. Pour Senhaji, la proportionnalité ne signifie pas un recul de la régulation, mais constitue au contraire une condition de son efficacité.
Au-delà des instruments et des règles, l’enjeu est de renforcer le lien entre le marché des capitaux et l’économie productive. Le partenariat entre l’AMMC et la CGEM vise ainsi à multiplier les actions d’accompagnement et à mieux préparer les entreprises susceptibles de recourir aux financements de marché.
Pour l’AMMC, la prochaine étape consiste donc moins à ajouter de nouveaux instruments qu’à élargir leur utilisation par les entreprises.
L’objectif résumé par Tarik Senhaji est de transformer davantage l’épargne nationale en financements au service de l’investissement, de l’innovation, de l’industrialisation et de l’exportation.
Pour les PME, cela suppose désormais de rendre le marché plus accessible, plus lisible et davantage adapté à leurs trajectoires de croissance.
Pour le président de l’AMMC, Tarik Senhaji, le sujet dépasse la seule diversification des sources de financement. Il s’agit désormais de renforcer la capacité du système financier à accompagner le changement d’échelle de l’économie marocaine, alors que les besoins d’investissement augmentent dans plusieurs secteurs.
De la profondeur à la proximité
Ces dernières années, le marché des capitaux marocain a développé une gamme plus large d’instruments. Dette obligataire privée, OPCVM, OPCI, titrisation, capital-investissement ou encore financement collaboratif offrent désormais aux entreprises plusieurs voies pour accéder aux ressources financières.
Mais pour le président de l’AMMC, cette diversification ne suffit plus. « Le marché a gagné en profondeur. L’objectif du régulateur est clair : il doit gagner en proximité », note Tarik Senhaji. Cette proximité implique notamment que les professionnels du marché aillent davantage à la rencontre des entreprises, comprennent leurs trajectoires et interviennent plus tôt dans leurs projets.
L'approche défendue par l'AMMC consiste ainsi à inverser la logique traditionnelle : les solutions de financement doivent partir du besoin de l’entreprise plutôt que de l’instrument financier déjà disponible.
Le potentiel existe. À fin 2025, le patrimoine financier des ménages atteignait près de 1.200 milliards de dirhams, tandis que les compagnies d’assurances et les régimes de retraite disposaient de plus de 600 milliards de dirhams d’actifs mobiliers.
La base des investisseurs s’est également élargie. Le nombre de comptes-titres a presque triplé depuis 2020 pour dépasser 430.000 au premier trimestre 2026. Pour Tarik Senhaji, le défi consiste désormais à mieux connecter cette épargne aux besoins de financement de l’économie. Il s’agit notamment de rapprocher les ressources longues des besoins longs des entreprises et de multiplier les passerelles entre investisseurs et porteurs de projets.
Des instruments de financement qui se diversifient
La transformation du marché se reflète également dans les volumes enregistrés sur ses différents segments.
À fin 2025, l’encours de la dette privée non souveraine dépassait 308 milliards de dirhams, tandis que les OPCVM totalisaient 785 milliards de dirhams d’actifs nets. Les OPCI approchaient, de leur côté, les 134 milliards de dirhams.
La titrisation a également progressé rapidement, avec 15,5 milliards de dirhams d’émissions, contre 2,4 milliards un an auparavant. La dynamique s’est poursuivie en 2026. À fin mai, les actifs nets des OPCVM atteignaient 827 milliards de dirhams, après une collecte nette de 46 milliards. La capitalisation boursière a, elle aussi, franchi le seuil des 1.000 milliards de dirhams.
À cette palette s’ajoutent le capital-investissement, qui intervient notamment dans les phases de croissance et de transformation des PME, ainsi que le financement collaboratif, qui ouvre une nouvelle voie de mobilisation de l’épargne.
Le principal enjeu se situe désormais dans la capacité des entreprises à accéder effectivement à ces instruments. Une introduction en Bourse, par exemple, ne se prépare pas au moment où l’entreprise décide de franchir le pas. Elle suppose en amont une gouvernance structurée, une information financière fiable et une organisation suffisamment solide pour répondre aux exigences du marché.
C’est également le constat formulé par la CGEM. Pour Mehdi Tazi, l’objectif est de faire émerger un véritable vivier d’entreprises capables de se tourner vers les marchés de capitaux, en les accompagnant plusieurs années avant une éventuelle introduction en Bourse.
Cette préparation concerne particulièrement les PME, pour lesquelles les exigences de gouvernance, de transparence et de qualité de l’information peuvent constituer des étapes déterminantes.
Le marché comme relais de croissance
Tarik Senhaji met également en avant l’existence d’un « continuum de financement », dans lequel les différents instruments du marché peuvent intervenir successivement au cours de la vie d’une entreprise.
Les opérations en dette peuvent ainsi précéder des opérations en capital, tandis que le capital-investissement peut accompagner une entreprise dans ses phases d’expansion avant une éventuelle introduction en Bourse.
Cette complémentarité permettrait de faire du marché des capitaux non pas une solution ponctuelle, mais un véritable relais dans les différentes phases de croissance des entreprises.
Pour accélérer cette évolution, l’AMMC entend également travailler sur le parcours d’accès au marché.
Son plan stratégique 2024-2028 repose notamment sur trois priorités : mieux mobiliser l’épargne, élargir les solutions de financement et fluidifier l’accès des entreprises au marché.
Le régulateur entend notamment identifier les procédures pouvant être simplifiées, proportionnées ou accélérées, tout en maintenant les exigences liées à la qualité de l’information, à l’intégrité du marché et à la protection des investisseurs. Pour Senhaji, la proportionnalité ne signifie pas un recul de la régulation, mais constitue au contraire une condition de son efficacité.
Au-delà des instruments et des règles, l’enjeu est de renforcer le lien entre le marché des capitaux et l’économie productive. Le partenariat entre l’AMMC et la CGEM vise ainsi à multiplier les actions d’accompagnement et à mieux préparer les entreprises susceptibles de recourir aux financements de marché.
Pour l’AMMC, la prochaine étape consiste donc moins à ajouter de nouveaux instruments qu’à élargir leur utilisation par les entreprises.
L’objectif résumé par Tarik Senhaji est de transformer davantage l’épargne nationale en financements au service de l’investissement, de l’innovation, de l’industrialisation et de l’exportation.
Pour les PME, cela suppose désormais de rendre le marché plus accessible, plus lisible et davantage adapté à leurs trajectoires de croissance.
