Société
Un étudiant sur deux présente des signes de trouble psychique (Étude)
Plus d’un étudiant sur deux présente des indicateurs de troubles mentaux et 11,2% affichent un indicateur de risque suicidaire. Une étude menée dans les universités du nord du Maroc révèle l’ampleur du malaise psychologique et pose la question de la capacité des universités à assurer le dépistage et l’accompagnement psychologique des étudiants.
Hayat Kamal Idrissi
Etudes supérieures, période charnière psychiquement éprouvante
La santé mentale des étudiants au Maroc est au cœur d’une nouvelle étude scientifique dévoilant l’ampleur des difficultés psychologiques au sein de cette population. Publiée le 28 septembre 2026 dans la revue « Discover Public Health », éditée par Springer Nature, l’enquête scientifique révèle que 55,6% des 1.168 étudiants interrogés remplissent les critères d’au moins un trouble mental probable, selon un outil d’évaluation standardisé.
Problématique peu documentée
Réalisée par des chercheurs de la Faculté de médecine et de pharmacie de Tanger, du Centre hospitalier universitaire Mohammed VI et de la Faculté des sciences de Tétouan relevant de l’Université Abdelmalek Essaâdi, l’étude est intitulée « Prévalence des troubles de santé mentale chez les étudiants universitaires dans le nord du Maroc ». Ses résultats apportent un éclairage sur une problématique encore peu documentée à l’échelle nationale.
Une précision s’impose toutefois : « les 55,6% enregistrés ne correspondent pas à des diagnostics cliniques définitifs », notent les auteurs de l’étude. Les chercheurs ont en effet utilisé le MINI (International Neuropsychiatric Interview), dans sa version en arabe dialectal marocain. Un outil servant à repérer les indicateurs de troubles mentaux selon les critères du DSM-IV (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). « Les résultats constituent donc des indicateurs de dépistage et non une confirmation médicale de chaque cas », précise l’étude.
Dépression et anxiété en tête
Dans le détail, les troubles de l’humeur concernent 38,5% des participants, tandis que les indicateurs de troubles anxieux atteignent 35,6%. Parmi les manifestations relevées, l’épisode dépressif majeur actuel touche 24% de l’échantillon et le trouble anxieux généralisé 18%. L’étude fait également état d’indicateurs de trouble obsessionnel-compulsif chez 4,6% des étudiants, de troubles psychotiques chez 4,3% et de stress post-traumatique chez 3,3%.
Les troubles liés à l’usage de substances représentent 2,4% des cas recensés, contre 2,1% pour les troubles des conduites alimentaires. Les indicateurs de trouble de la personnalité antisociale atteignent, pour leur part, 1,7%. Autre résultat particulièrement sensible : 11,2% des étudiants présentent un indicateur de risque suicidaire. Par ailleurs, 5,3% déclarent avoir déjà fait une tentative de suicide.
« Ces deux données renvoient à des indicateurs distincts et ne doivent pas être confondues », note l’étude. Pour les chercheurs, ces résultats soulignent la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention, de dépistage précoce et d’accompagnement psychologique dans les établissements universitaires.
Les filles, plus exposées
Au-delà des taux globaux, l’étude met en évidence des différences selon les caractéristiques sociodémographiques et le domaine d’études. Après ajustement statistique de plusieurs variables, les étudiantes présentent une probabilité plus élevée de remplir les critères d’au moins un trouble mental que les étudiants, avec un rapport de cotes ajusté de 2,41 ; soit un risque 2,4 fois plus élevé que pour leurs compères masculins.
Le domaine de formation apparaît également comme un facteur associé aux résultats. Par rapport à la catégorie de référence retenue dans l’analyse, les étudiants en ingénierie présentent un rapport de cotes ajusté de 3,49, contre 1,92 chez ceux inscrits en droit et en économie. Ces associations statistiques ne permettent toutefois pas d’établir un lien de causalité, relativisent les auteurs de l’étude. Cette dernière ne démontre pas en effet, de manière catégorique, que le sexe ou le choix de la filière provoquent directement les troubles observés.
A noter, l’échantillon, composé de 690 étudiantes et de 478 étudiants, affiche un âge moyen de 20 ans. Les participants sont issus de plusieurs domaines, notamment la médecine, l’ingénierie, la technologie, le droit, l’économie, le commerce et la gestion, ainsi que des filières pluridisciplinaires. Plus de la moitié des étudiants, soit 56,6%, se trouvent dans leurs deux premières années d’études universitaires.
Limites
Pour établir ces résultats, les chercheurs ont opté pour un échantillonnage aléatoire stratifié selon les établissements et le sexe, plutôt que pour un questionnaire électronique ouvert. Les données ont été recueillies lors d’entretiens en face-à-face, conduits par des professionnels de santé formés à l’utilisation de l’outil d’évaluation. Des espaces séparés ont été aménagés afin de préserver la confidentialité des échanges, précise-t-on.
Élément important : Ces entretiens ont été réalisés en dehors des périodes d’examens, dans le but de limiter l’influence du stress ponctuel lié aux évaluations académiques. Les chercheurs précisent par ailleurs que les situations identifiées comme présentant un risque urgent, notamment en matière de risque suicidaire, ont fait l’objet d’une procédure d’orientation vers l’équipe de psychiatrie de l’hôpital.
Les résultats doivent néanmoins être interprétés à la lumière de plusieurs limites. D’abord, la recherche est transversale : elle décrit une situation à un moment donné, sans suivre l’évolution de l’état psychologique des étudiants dans le temps. Ensuite, les établissements étudiés relèvent d’une même université du nord du Royaume. Les taux obtenus ne peuvent donc pas être automatiquement extrapolés à l’ensemble des étudiants universitaires marocains.
Enfin, l’outil MINI utilisé repose sur les critères du DSM-IV. Les auteurs signalent l’absence d’une version en darija marocaine validée selon les critères du DSM-5, ce qui constitue une autre limite méthodologique.
Soutien psychologique, enjeu universitaire
Malgré ces réserves, les données recueillies apportent un éclairage sur les besoins potentiels en matière de santé mentale dans le milieu universitaire. Les chercheurs soulignent que les informations disponibles sur cette population au Maroc restent limitées et fragmentées, ce qui complique l’élaboration de politiques et de dispositifs d’accompagnement adaptés.
« La période des études supérieures correspond à une phase de transition marquée par de nouvelles exigences académiques, des changements sociaux et personnels ainsi que des interrogations sur l’avenir professionnel » explique l’étude. Ces éléments constituent un contexte à prendre en compte, sans que la présente étude permette de les désigner comme les causes directes des troubles dépistés.
Les auteurs plaident ainsi pour le développement de programmes de prévention et de soutien ciblant les étudiants, avec une attention particulière aux groupes présentant des indicateurs plus élevés. Ils recommandent également de poursuivre les recherches, notamment à travers des études longitudinales permettant de mieux comprendre l’évolution des difficultés psychologiques et les besoins d’intervention.
Problématique peu documentée
Réalisée par des chercheurs de la Faculté de médecine et de pharmacie de Tanger, du Centre hospitalier universitaire Mohammed VI et de la Faculté des sciences de Tétouan relevant de l’Université Abdelmalek Essaâdi, l’étude est intitulée « Prévalence des troubles de santé mentale chez les étudiants universitaires dans le nord du Maroc ». Ses résultats apportent un éclairage sur une problématique encore peu documentée à l’échelle nationale.
Une précision s’impose toutefois : « les 55,6% enregistrés ne correspondent pas à des diagnostics cliniques définitifs », notent les auteurs de l’étude. Les chercheurs ont en effet utilisé le MINI (International Neuropsychiatric Interview), dans sa version en arabe dialectal marocain. Un outil servant à repérer les indicateurs de troubles mentaux selon les critères du DSM-IV (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). « Les résultats constituent donc des indicateurs de dépistage et non une confirmation médicale de chaque cas », précise l’étude.
Dépression et anxiété en tête
Dans le détail, les troubles de l’humeur concernent 38,5% des participants, tandis que les indicateurs de troubles anxieux atteignent 35,6%. Parmi les manifestations relevées, l’épisode dépressif majeur actuel touche 24% de l’échantillon et le trouble anxieux généralisé 18%. L’étude fait également état d’indicateurs de trouble obsessionnel-compulsif chez 4,6% des étudiants, de troubles psychotiques chez 4,3% et de stress post-traumatique chez 3,3%.
Les troubles liés à l’usage de substances représentent 2,4% des cas recensés, contre 2,1% pour les troubles des conduites alimentaires. Les indicateurs de trouble de la personnalité antisociale atteignent, pour leur part, 1,7%. Autre résultat particulièrement sensible : 11,2% des étudiants présentent un indicateur de risque suicidaire. Par ailleurs, 5,3% déclarent avoir déjà fait une tentative de suicide.
« Ces deux données renvoient à des indicateurs distincts et ne doivent pas être confondues », note l’étude. Pour les chercheurs, ces résultats soulignent la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention, de dépistage précoce et d’accompagnement psychologique dans les établissements universitaires.
Les filles, plus exposées
Au-delà des taux globaux, l’étude met en évidence des différences selon les caractéristiques sociodémographiques et le domaine d’études. Après ajustement statistique de plusieurs variables, les étudiantes présentent une probabilité plus élevée de remplir les critères d’au moins un trouble mental que les étudiants, avec un rapport de cotes ajusté de 2,41 ; soit un risque 2,4 fois plus élevé que pour leurs compères masculins.
Le domaine de formation apparaît également comme un facteur associé aux résultats. Par rapport à la catégorie de référence retenue dans l’analyse, les étudiants en ingénierie présentent un rapport de cotes ajusté de 3,49, contre 1,92 chez ceux inscrits en droit et en économie. Ces associations statistiques ne permettent toutefois pas d’établir un lien de causalité, relativisent les auteurs de l’étude. Cette dernière ne démontre pas en effet, de manière catégorique, que le sexe ou le choix de la filière provoquent directement les troubles observés.
A noter, l’échantillon, composé de 690 étudiantes et de 478 étudiants, affiche un âge moyen de 20 ans. Les participants sont issus de plusieurs domaines, notamment la médecine, l’ingénierie, la technologie, le droit, l’économie, le commerce et la gestion, ainsi que des filières pluridisciplinaires. Plus de la moitié des étudiants, soit 56,6%, se trouvent dans leurs deux premières années d’études universitaires.
Limites
Pour établir ces résultats, les chercheurs ont opté pour un échantillonnage aléatoire stratifié selon les établissements et le sexe, plutôt que pour un questionnaire électronique ouvert. Les données ont été recueillies lors d’entretiens en face-à-face, conduits par des professionnels de santé formés à l’utilisation de l’outil d’évaluation. Des espaces séparés ont été aménagés afin de préserver la confidentialité des échanges, précise-t-on.
Élément important : Ces entretiens ont été réalisés en dehors des périodes d’examens, dans le but de limiter l’influence du stress ponctuel lié aux évaluations académiques. Les chercheurs précisent par ailleurs que les situations identifiées comme présentant un risque urgent, notamment en matière de risque suicidaire, ont fait l’objet d’une procédure d’orientation vers l’équipe de psychiatrie de l’hôpital.
Les résultats doivent néanmoins être interprétés à la lumière de plusieurs limites. D’abord, la recherche est transversale : elle décrit une situation à un moment donné, sans suivre l’évolution de l’état psychologique des étudiants dans le temps. Ensuite, les établissements étudiés relèvent d’une même université du nord du Royaume. Les taux obtenus ne peuvent donc pas être automatiquement extrapolés à l’ensemble des étudiants universitaires marocains.
Enfin, l’outil MINI utilisé repose sur les critères du DSM-IV. Les auteurs signalent l’absence d’une version en darija marocaine validée selon les critères du DSM-5, ce qui constitue une autre limite méthodologique.
Soutien psychologique, enjeu universitaire
Malgré ces réserves, les données recueillies apportent un éclairage sur les besoins potentiels en matière de santé mentale dans le milieu universitaire. Les chercheurs soulignent que les informations disponibles sur cette population au Maroc restent limitées et fragmentées, ce qui complique l’élaboration de politiques et de dispositifs d’accompagnement adaptés.
« La période des études supérieures correspond à une phase de transition marquée par de nouvelles exigences académiques, des changements sociaux et personnels ainsi que des interrogations sur l’avenir professionnel » explique l’étude. Ces éléments constituent un contexte à prendre en compte, sans que la présente étude permette de les désigner comme les causes directes des troubles dépistés.
Les auteurs plaident ainsi pour le développement de programmes de prévention et de soutien ciblant les étudiants, avec une attention particulière aux groupes présentant des indicateurs plus élevés. Ils recommandent également de poursuivre les recherches, notamment à travers des études longitudinales permettant de mieux comprendre l’évolution des difficultés psychologiques et les besoins d’intervention.
