Parution
« L’Histoire de Gatsha et Langa » : entre pensée, doute et liberté
Et si le plus grand danger n’était ni le serpent, ni le prédateur, ni même la sécheresse, mais la certitude de toujours avoir raison ? Dans L’Histoire de Gatsha et Langa, Hadi Bouabid imagine le voyage de deux guerriers aux visions opposées. Sous les apparences d’un conte d’aventures philosophique, l’auteur marocain compose une fable sur l’obéissance, le conformisme et cette fragile liberté qui consiste à penser par soi-même.
Kawtar Firdaous
L'écrivain marocain signe son nouveau conte philosophique L’Histoire de Gatsha et Langa, publié par Hello Éditions.
Dans un pays sans nom, à une époque sans date, une sécheresse menace un village organisé autour d’un système démocratique. L’eau se fait rare, le gibier disparaît et l’avenir de la communauté devient incertain.
Le comité des sages décide d’explorer de nouvelles terres. Le chef Kasigo confie cette mission à deux guerriers : Gatsha et Langa. Ils partent à la recherche d’un territoire où l’eau coule encore et où le gibier abonde. Leur route traverse des forêts dangereuses, des canyons et des montagnes escarpées. Ils rencontrent des serpents, des prédateurs et les multiples obstacles d’un monde devenu hostile. Mais derrière ces dangers visibles s’en cache un autre, plus subtil. Gatsha et Langa ne regardent pas le monde de la même manière.
Gatsha avance avec la certitude de celui qui respecte les enseignements reçus. Les règles du chef et du comité des sages constituent pour lui un cadre qui ne se discute pas. Langa, lui, poursuit la même mission, mais conserve le droit de douter. Lorsque la réalité contredit ce qu’on lui a appris, il préfère interroger ses certitudes plutôt que s’y enfermer. Leur voyage devient alors une confrontation silencieuse entre deux attitudes : suivre ce qui a été établi ou accepter de regarder autrement.
Une fable née d’un monde en crise
Hadi Bouabid a imaginé cette histoire pendant le confinement lié à la pandémie de Covid-19. La crise sanitaire, et les réactions qu’elle a suscitées à travers le monde, l’ont conduit à s’interroger sur notre rapport à l’information, à l’autorité et au discours dominant.
« À travers Gatsha et Langa, j’ai voulu confronter deux manières d’appréhender le monde : celle qui s’en tient aux vérités transmises et celle qui s’autorise à penser autrement », explique l’auteur.
Plutôt que de répondre frontalement à cette question, il choisit la fiction. Le conte devient son terrain d’expérimentation. L’aventure donne au récit son mouvement, la métaphore lui donne sa profondeur et l’allégorie permet de déplacer le regard.
Ainsi, le lecteur peut suivre une histoire de guerriers tout en reconnaissant, derrière leurs choix, des interrogations bien contemporaines.
Sous les animaux, les hommes
Dans L’Histoire de Gatsha et Langa, les animaux ne sont jamais de simples éléments du décor. Ils peuplent un univers où la frontière entre la fable et la réalité devient progressivement incertaine. Les dialogues, les situations et les personnages portent plusieurs significations.
Le voyage s’achève notamment par un procès au cours duquel les hyènes du Sénat apparaissent plus cruelles encore que celles de la savane.
Le récit prend alors des accents absurdes et parfois kafkaïens. Sous le monde imaginaire se dessine une réflexion sur le pouvoir, les conventions et les mécanismes qui conduisent un groupe à accepter une vérité comme définitive. La fable permet ainsi de parler du réel sans le nommer.
Une histoire qui ne donne pas de réponse
L’une des particularités du livre tient à son refus d’imposer une morale. Gatsha n’est pas simplement celui qui a tort. Langa n’est pas nécessairement celui qui a raison. Le premier peut représenter la discipline et la fidélité à un cadre collectif. Mais il peut aussi incarner les dérives d’une obéissance devenue aveugle. Le second peut symboliser le courage de penser librement. Mais sa volonté de remettre en question les règles peut également poser la question des limites de l’individu face au groupe.
Cette ambiguïté est au cœur du récit. Elle permet au livre de s’adresser à plusieurs générations. Les plus jeunes peuvent y suivre une aventure peuplée de dangers et de découvertes. Les adultes peuvent y retrouver une réflexion sur leurs propres rapports aux règles, aux institutions et aux vérités qu’ils ont apprises à accepter. Entre les deux, le texte laisse une place essentielle au lecteur : celle du jugement.
De la médecine à la fable
Né à Rabat de parents marocains, Hadi Bouabid grandit dans un environnement multiculturel et poursuit ses études entre Rabat et Paris.
Docteur en médecine, titulaire d’un master en industrie pharmaceutique et diplômé en communication, il construit un parcours professionnel aux horizons multiples. Formation médicale en ligne, journalisme, audiovisuel, événementiel, agencement et décoration : son itinéraire traverse plusieurs univers avant son retour au Maroc en 2010, où il crée sa propre unité de production.
L’écriture accompagne parallèlement ce parcours. Hadi Bouabid publie des essais et des chroniques dans différents magazines et hebdomadaires satiriques. Il crée notamment le Chat Rouge et Madame Chaparda, personnages qui lui permettent d’observer avec distance les mutations et les contradictions de la société marocaine.
Avec L’Histoire de Gatsha et Langa, publié par Hello Éditions, il poursuit cette veine à travers une forme plus narrative.
Un conte, en apparence. Une fable, en profondeur. Et, entre les deux, une question qui reste suspendue : que devient notre liberté de penser lorsque le monde nous demande simplement d’obéir ?
Le comité des sages décide d’explorer de nouvelles terres. Le chef Kasigo confie cette mission à deux guerriers : Gatsha et Langa. Ils partent à la recherche d’un territoire où l’eau coule encore et où le gibier abonde. Leur route traverse des forêts dangereuses, des canyons et des montagnes escarpées. Ils rencontrent des serpents, des prédateurs et les multiples obstacles d’un monde devenu hostile. Mais derrière ces dangers visibles s’en cache un autre, plus subtil. Gatsha et Langa ne regardent pas le monde de la même manière.
Gatsha avance avec la certitude de celui qui respecte les enseignements reçus. Les règles du chef et du comité des sages constituent pour lui un cadre qui ne se discute pas. Langa, lui, poursuit la même mission, mais conserve le droit de douter. Lorsque la réalité contredit ce qu’on lui a appris, il préfère interroger ses certitudes plutôt que s’y enfermer. Leur voyage devient alors une confrontation silencieuse entre deux attitudes : suivre ce qui a été établi ou accepter de regarder autrement.
Une fable née d’un monde en crise
Hadi Bouabid a imaginé cette histoire pendant le confinement lié à la pandémie de Covid-19. La crise sanitaire, et les réactions qu’elle a suscitées à travers le monde, l’ont conduit à s’interroger sur notre rapport à l’information, à l’autorité et au discours dominant.
« À travers Gatsha et Langa, j’ai voulu confronter deux manières d’appréhender le monde : celle qui s’en tient aux vérités transmises et celle qui s’autorise à penser autrement », explique l’auteur.
Plutôt que de répondre frontalement à cette question, il choisit la fiction. Le conte devient son terrain d’expérimentation. L’aventure donne au récit son mouvement, la métaphore lui donne sa profondeur et l’allégorie permet de déplacer le regard.
Ainsi, le lecteur peut suivre une histoire de guerriers tout en reconnaissant, derrière leurs choix, des interrogations bien contemporaines.
Sous les animaux, les hommes
Dans L’Histoire de Gatsha et Langa, les animaux ne sont jamais de simples éléments du décor. Ils peuplent un univers où la frontière entre la fable et la réalité devient progressivement incertaine. Les dialogues, les situations et les personnages portent plusieurs significations.
Le voyage s’achève notamment par un procès au cours duquel les hyènes du Sénat apparaissent plus cruelles encore que celles de la savane.
Le récit prend alors des accents absurdes et parfois kafkaïens. Sous le monde imaginaire se dessine une réflexion sur le pouvoir, les conventions et les mécanismes qui conduisent un groupe à accepter une vérité comme définitive. La fable permet ainsi de parler du réel sans le nommer.
Une histoire qui ne donne pas de réponse
L’une des particularités du livre tient à son refus d’imposer une morale. Gatsha n’est pas simplement celui qui a tort. Langa n’est pas nécessairement celui qui a raison. Le premier peut représenter la discipline et la fidélité à un cadre collectif. Mais il peut aussi incarner les dérives d’une obéissance devenue aveugle. Le second peut symboliser le courage de penser librement. Mais sa volonté de remettre en question les règles peut également poser la question des limites de l’individu face au groupe.
Cette ambiguïté est au cœur du récit. Elle permet au livre de s’adresser à plusieurs générations. Les plus jeunes peuvent y suivre une aventure peuplée de dangers et de découvertes. Les adultes peuvent y retrouver une réflexion sur leurs propres rapports aux règles, aux institutions et aux vérités qu’ils ont apprises à accepter. Entre les deux, le texte laisse une place essentielle au lecteur : celle du jugement.
De la médecine à la fable
Né à Rabat de parents marocains, Hadi Bouabid grandit dans un environnement multiculturel et poursuit ses études entre Rabat et Paris.
Docteur en médecine, titulaire d’un master en industrie pharmaceutique et diplômé en communication, il construit un parcours professionnel aux horizons multiples. Formation médicale en ligne, journalisme, audiovisuel, événementiel, agencement et décoration : son itinéraire traverse plusieurs univers avant son retour au Maroc en 2010, où il crée sa propre unité de production.
L’écriture accompagne parallèlement ce parcours. Hadi Bouabid publie des essais et des chroniques dans différents magazines et hebdomadaires satiriques. Il crée notamment le Chat Rouge et Madame Chaparda, personnages qui lui permettent d’observer avec distance les mutations et les contradictions de la société marocaine.
Avec L’Histoire de Gatsha et Langa, publié par Hello Éditions, il poursuit cette veine à travers une forme plus narrative.
Un conte, en apparence. Une fable, en profondeur. Et, entre les deux, une question qui reste suspendue : que devient notre liberté de penser lorsque le monde nous demande simplement d’obéir ?
