Corruption. L’écart persiste entre les engagements et les résultats
Malgré une amélioration du classement du Maroc dans l’Indice de perception de la corruption en 2025, la lutte contre ce phénomène reste confrontée à un défi majeur : l’exécution des réformes. Dans son bilan, l’INPPLC relève que seuls 54 % des projets de la stratégie nationale 2015-2025 ont été entièrement réalisés, soulignant l’écart entre les engagements affichés et leur concrétisation.
Mounia Kabiri Kettani
Mohamed Benalilou, président de l'instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC).
La lutte contre la corruption se heurte moins à l’absence d’initiatives qu’aux difficultés de leur concrétisation. C’est l’un des principaux constats qui ressortent du bilan 2025 de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC), présenté par son président, Mohamed Benalilou.
Au terme de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption couvrant la période 2015-2025, l’évaluation fait apparaître un écart entre le niveau d’avancement annoncé des projets et leur réalisation effective. Alors que le taux global d’avancement déclaré atteignait 76 %, seuls 54 % des projets programmés ont été entièrement achevés. Quelque 32 % demeurent en cours d’exécution et 14 % n’ont pas été lancés.
Pour l’Instance, l’enjeu est désormais de passer d’une logique de programmation et d’adoption de réformes à une approche davantage centrée sur les résultats mesurables, leur impact sur les services publics et leurs effets sur les relations entre l’administration, les citoyens et les entreprises.
Une progression dans les classements qui reste limitée
Sur le plan international, le Maroc a gagné huit places dans l’Indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International en 2025, pour atteindre le 91e rang sur 182 pays, contre la 99e place en 2024. Son score s’est établi à 39 points sur 100, soit un niveau inférieur à la moyenne mondiale de 42 points.
Cette progression ne suffit toutefois pas à effacer les difficultés accumulées depuis 2018. Elle constitue un indicateur d’évolution, mais ne permet pas, à elle seule, de mesurer l’efficacité des mécanismes de prévention et de sanction ni les changements ressentis par les usagers des services publics.
Le rapport met l’accent également sur les limites des dispositifs de contrôle interne au sein des administrations et des collectivités territoriales. La détection des infractions repose encore largement sur des interventions externes, notamment celles des organes de contrôle. Cette situation pose la question de la capacité des institutions à repérer les risques en amont et à prévenir les irrégularités avant qu’elles ne nécessitent une intervention judiciaire ou financière.
Dix ans de stratégie : des retards dans l’exécution
L’évaluation de la stratégie nationale 2015-2025 met en évidence des difficultés de mise en œuvre qui dépassent le seul rythme d’avancement des projets. Parmi les projets achevés, seuls 38 % ont respecté les délais initialement prévus.
Les réformes législatives et structurelles apparaissent particulièrement en retard. Leur taux de réalisation s’établit à 44 %, contre 57 % pour les projets à caractère technique et procédural. Plusieurs chantiers importants sont restés en suspens, notamment ceux relatifs à l’incrimination de l’enrichissement illicite, à la réforme du régime de déclaration obligatoire du patrimoine et à la prévention des conflits d’intérêts.
Les objectifs chiffrés fixés en 2015 n’ont pas non plus été atteints, notamment ceux concernant l’amélioration de la position du Maroc dans certains indices internationaux. Pour l’INPPLC, ces résultats invitent à revoir les modalités de pilotage des politiques anticorruption, leur calendrier et les mécanismes de suivi.
L’Instance préconise ainsi un cadre stratégique quinquennal pour 2025-2030, révisable et mieux articulé avec les cycles gouvernementaux. Cette approche devrait permettre d’ajuster les priorités, de renforcer la gestion des risques et d’évaluer les résultats sur la base d’indicateurs plus directement liés à l’impact des mesures engagées.
Des réformes juridiques encore attendues
Au-delà du bilan opérationnel, l’INPPLC maintient ses recommandations sur plusieurs textes qui touchent aux mécanismes de prévention, de détection et de sanction de la corruption. Concernant la procédure pénale, l’Instance a exprimé des réserves sur les dispositions susceptibles de restreindre l’accès à la justice pour les associations œuvrant à la protection des deniers publics, ainsi que sur les limitations des capacités d’auto-saisine du ministère public dans les affaires de crimes financiers.
Sur le volet de la gouvernance politique, elle recommande notamment de renforcer l’encadrement des conflits d’intérêts dans les lois organiques régissant le Parlement, de consolider la protection juridique des lanceurs d’alerte et d’examiner les conditions d’inéligibilité des personnes condamnées par les juridictions financières.
L’Instance insiste également sur la nécessité d’améliorer le recouvrement des avoirs issus d’activités illicites. Elle réitère à ce titre sa proposition de créer une agence nationale spécialisée dans la gestion et le recouvrement des biens saisis ou confisqués, afin de réduire l’écart entre les décisions judiciaires et leur exécution effective.
Ces propositions s’inscrivent dans un chantier plus large : rendre les dispositifs juridiques plus cohérents et mieux adaptés aux différentes formes de corruption, tout en renforçant l’effectivité des mécanismes de contrôle.
Les signalements augmentent
L’activité de l’INPPLC fait également ressortir une hausse du nombre de dossiers traités. Celui-ci est passé de 92 en 2024 à 420 en 2025, dont 237 plaintes et 183 dénonciations. L’Instance indique avoir enregistré 742 dossiers au cours de l’année 2026. Pour faciliter le signalement des faits présumés de corruption, elle a mis en place la plateforme numérique « Tabligh Fassad » et le numéro court 3003. Ces outils visent à offrir des canaux de transmission sécurisés et confidentiels.
L’INPPLC a par ailleurs développé des partenariats avec le pôle DGSN-DGST, le Conseil de la concurrence et le secteur des assurances. Ces collaborations portent notamment sur le renforcement des capacités d’investigation, la préservation de l’équité des marchés et la cartographie des risques sectoriels.
La progression du nombre de dossiers constitue un indicateur de l’activité de l’Instance, mais elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à une augmentation de la corruption ou à une amélioration de son traitement. Elle doit être appréciée au regard des suites données aux signalements, des délais de traitement et des résultats obtenus.
De la conformité aux résultats concrets
Pour la prochaine étape, Mohamed Benalilou met l’accent sur cinq priorités : mesurer l’impact des réformes, réduire le fossé entre les engagements et leur exécution, renforcer la prévention, améliorer la coordination institutionnelle et adapter les outils de contrôle aux nouvelles formes de criminalité financière et numérique.
La transformation numérique et l’exploitation des données, notamment par l’intelligence artificielle, sont présentées comme des leviers possibles pour cartographier les risques et détecter plus tôt les situations susceptibles de donner lieu à des pratiques de corruption.
L’efficacité de ces dispositifs dépendra toutefois de leur intégration dans les procédures administratives, de la coordination entre les institutions concernées et de la capacité à assurer un suivi régulier des recommandations.
Au terme de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption couvrant la période 2015-2025, l’évaluation fait apparaître un écart entre le niveau d’avancement annoncé des projets et leur réalisation effective. Alors que le taux global d’avancement déclaré atteignait 76 %, seuls 54 % des projets programmés ont été entièrement achevés. Quelque 32 % demeurent en cours d’exécution et 14 % n’ont pas été lancés.
Pour l’Instance, l’enjeu est désormais de passer d’une logique de programmation et d’adoption de réformes à une approche davantage centrée sur les résultats mesurables, leur impact sur les services publics et leurs effets sur les relations entre l’administration, les citoyens et les entreprises.
Une progression dans les classements qui reste limitée
Sur le plan international, le Maroc a gagné huit places dans l’Indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International en 2025, pour atteindre le 91e rang sur 182 pays, contre la 99e place en 2024. Son score s’est établi à 39 points sur 100, soit un niveau inférieur à la moyenne mondiale de 42 points.
Cette progression ne suffit toutefois pas à effacer les difficultés accumulées depuis 2018. Elle constitue un indicateur d’évolution, mais ne permet pas, à elle seule, de mesurer l’efficacité des mécanismes de prévention et de sanction ni les changements ressentis par les usagers des services publics.
Le rapport met l’accent également sur les limites des dispositifs de contrôle interne au sein des administrations et des collectivités territoriales. La détection des infractions repose encore largement sur des interventions externes, notamment celles des organes de contrôle. Cette situation pose la question de la capacité des institutions à repérer les risques en amont et à prévenir les irrégularités avant qu’elles ne nécessitent une intervention judiciaire ou financière.
Dix ans de stratégie : des retards dans l’exécution
L’évaluation de la stratégie nationale 2015-2025 met en évidence des difficultés de mise en œuvre qui dépassent le seul rythme d’avancement des projets. Parmi les projets achevés, seuls 38 % ont respecté les délais initialement prévus.
Les réformes législatives et structurelles apparaissent particulièrement en retard. Leur taux de réalisation s’établit à 44 %, contre 57 % pour les projets à caractère technique et procédural. Plusieurs chantiers importants sont restés en suspens, notamment ceux relatifs à l’incrimination de l’enrichissement illicite, à la réforme du régime de déclaration obligatoire du patrimoine et à la prévention des conflits d’intérêts.
Les objectifs chiffrés fixés en 2015 n’ont pas non plus été atteints, notamment ceux concernant l’amélioration de la position du Maroc dans certains indices internationaux. Pour l’INPPLC, ces résultats invitent à revoir les modalités de pilotage des politiques anticorruption, leur calendrier et les mécanismes de suivi.
L’Instance préconise ainsi un cadre stratégique quinquennal pour 2025-2030, révisable et mieux articulé avec les cycles gouvernementaux. Cette approche devrait permettre d’ajuster les priorités, de renforcer la gestion des risques et d’évaluer les résultats sur la base d’indicateurs plus directement liés à l’impact des mesures engagées.
Des réformes juridiques encore attendues
Au-delà du bilan opérationnel, l’INPPLC maintient ses recommandations sur plusieurs textes qui touchent aux mécanismes de prévention, de détection et de sanction de la corruption. Concernant la procédure pénale, l’Instance a exprimé des réserves sur les dispositions susceptibles de restreindre l’accès à la justice pour les associations œuvrant à la protection des deniers publics, ainsi que sur les limitations des capacités d’auto-saisine du ministère public dans les affaires de crimes financiers.
Sur le volet de la gouvernance politique, elle recommande notamment de renforcer l’encadrement des conflits d’intérêts dans les lois organiques régissant le Parlement, de consolider la protection juridique des lanceurs d’alerte et d’examiner les conditions d’inéligibilité des personnes condamnées par les juridictions financières.
L’Instance insiste également sur la nécessité d’améliorer le recouvrement des avoirs issus d’activités illicites. Elle réitère à ce titre sa proposition de créer une agence nationale spécialisée dans la gestion et le recouvrement des biens saisis ou confisqués, afin de réduire l’écart entre les décisions judiciaires et leur exécution effective.
Ces propositions s’inscrivent dans un chantier plus large : rendre les dispositifs juridiques plus cohérents et mieux adaptés aux différentes formes de corruption, tout en renforçant l’effectivité des mécanismes de contrôle.
Les signalements augmentent
L’activité de l’INPPLC fait également ressortir une hausse du nombre de dossiers traités. Celui-ci est passé de 92 en 2024 à 420 en 2025, dont 237 plaintes et 183 dénonciations. L’Instance indique avoir enregistré 742 dossiers au cours de l’année 2026. Pour faciliter le signalement des faits présumés de corruption, elle a mis en place la plateforme numérique « Tabligh Fassad » et le numéro court 3003. Ces outils visent à offrir des canaux de transmission sécurisés et confidentiels.
L’INPPLC a par ailleurs développé des partenariats avec le pôle DGSN-DGST, le Conseil de la concurrence et le secteur des assurances. Ces collaborations portent notamment sur le renforcement des capacités d’investigation, la préservation de l’équité des marchés et la cartographie des risques sectoriels.
La progression du nombre de dossiers constitue un indicateur de l’activité de l’Instance, mais elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à une augmentation de la corruption ou à une amélioration de son traitement. Elle doit être appréciée au regard des suites données aux signalements, des délais de traitement et des résultats obtenus.
De la conformité aux résultats concrets
Pour la prochaine étape, Mohamed Benalilou met l’accent sur cinq priorités : mesurer l’impact des réformes, réduire le fossé entre les engagements et leur exécution, renforcer la prévention, améliorer la coordination institutionnelle et adapter les outils de contrôle aux nouvelles formes de criminalité financière et numérique.
La transformation numérique et l’exploitation des données, notamment par l’intelligence artificielle, sont présentées comme des leviers possibles pour cartographier les risques et détecter plus tôt les situations susceptibles de donner lieu à des pratiques de corruption.
L’efficacité de ces dispositifs dépendra toutefois de leur intégration dans les procédures administratives, de la coordination entre les institutions concernées et de la capacité à assurer un suivi régulier des recommandations.
