Société
Mariage des mineures : 9.750 autorisations en 2025, la dérogation résiste
Malgré une nouvelle baisse des demandes d’autorisation de mariage avant 18 ans, le recours à la dérogation judiciaire reste important au Maroc. Selon le bilan annuel 2025 du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), plus de six demandes sur dix ont reçu une réponse favorable. Les filles vivant en milieu rural et les non scolarisées demeurent les principales concernées.
Hayat Kamal Idrissi
Les filles déscolarisées issues du milieu rural les plus touchées
Le recul se poursuit, mais le phénomène reste profondément ancré dans certaines réalités sociales. C’est ce qui ressort du bilan annuel 2025 du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ). Selon ce dernier, le nombre de demandes d'autorisation de mariage avant 18 ans continue de reculer au Maroc. Mais la baisse reste mesurée au regard du volume des dossiers et des décisions favorables rendues par les tribunaux. Ainsi 9.750 autorisations ont été accordées au cours de 2025. Les filles, les jeunes non scolarisées et celles issues du monde rural restent les principales concernées.
En recul, mais ...
En 2025, les tribunaux marocains ont enregistré 15.639 nouvelles demandes d'autorisation de mariage de mineurs, contre 16.755 en 2024 et 20.192 en 2023. Soit une diminution de 6,66 % sur un an et de plus de 22 % sur deux ans. C'est la plus marquante révélation du rapport du CSPJ. Ces chiffres mettent en évidence une baisse progressive des requêtes sans pour autant traduire la disparition du recours à la dérogation judiciaire.
Derrière cette évolution, les décisions favorables restent nombreuses. Sur les 15.830 dossiers en cours durant l'année 2025, 9.750 ont obtenu une autorisation, soit un taux d'acceptation de 61,58 %. Ce dernier recule de 1,36 point par rapport à 2024, où il s'établissait à 62,94 %. Autrement dit, plus de six demandes sur dix continuent d'aboutir à une décision favorable.
Le nombre d'autorisations accordées a néanmoins diminué par rapport à l'exercice précédent, durant lequel 10.691 demandes avaient reçu une réponse favorable. Cette évolution traduit un recul du recours à la procédure, mais aussi une persistance de son utilisation à une échelle importante.
Les filles, quasi-majorité
La répartition par sexe confirme une réalité déjà observée les années précédentes : le mariage des mineurs concerne très majoritairement les filles. Sur les 15.639 nouvelles demandes enregistrées en 2025, 15.522 concernaient des filles, contre seulement 117 pour les garçons. Les premières représentent ainsi 99,25 % de l'ensemble des requêtes.
Les demandes visant les filles ont reculé de 5,93 % en un an, passant de 16.501 en 2024 à 15.522 en 2025. Chez les garçons, la diminution est beaucoup plus marquée, avec 117 demandes contre 254 l'année précédente, soit une baisse de 53,94 %. La ventilation par âge apporte un autre éclairage sur les profils concernés. La tranche des 17 ans révolus, sans avoir atteint la majorité légale, concentre le plus grand nombre de demandes, avec 11.090 dossiers, contre 10.984 en 2024. Elle représente ainsi près de 71 % des nouvelles requêtes.
Les demandes concernant les filles âgées de 16 à 17 ans ont, en revanche, diminué de 5.079 à 3.983, soit un recul de 21,6 %. Parmi les dossiers de cette catégorie, 2.033 ont été acceptés et 1.669 rejetés, les autres ayant connu différentes issues procédurales.
Un chiffre mérite toutefois une attention particulière : les demandes concernant les filles de moins de 15 ans sont passées de 59 en 2024 à 90 en 2025, soit une progression de 52,5 %. Toutes ont été rejetées par les tribunaux. Pour les adolescentes âgées de 15 à 16 ans, les requêtes ont diminué de 633 à 476 sur la même période, soit près de 25 %.
La déscolarisation en toile de fond
Au-delà de l'âge et du sexe, les données du CSPJ mettent en évidence des disparités sociales et territoriales persistantes. Le milieu rural concentre 78,55 % des demandes d'autorisation de mariage de mineurs, contre 21,45 % dans le milieu urbain. La situation scolaire constitue un autre indicateur révélateur. Les mineurs non scolarisés représentent 92,70 % des demandes, tandis que les jeunes ayant quitté le système éducatif et ceux qui poursuivent encore leurs études constituent des catégories nettement moins représentées.
Ces données soulignent le lien entre le mariage avant la majorité, l'éloignement de l'école et les situations de vulnérabilité sociale. Elles mettent également en évidence les difficultés particulières auxquelles sont confrontées les filles dans certaines zones rurales, où la poursuite de la scolarité, l'accès aux services et les conditions économiques des familles peuvent peser sur les trajectoires individuelles.
Les chiffres relatifs aux décisions judiciaires font également apparaître des différences selon le lieu de résidence. Le taux d'acceptation des demandes issues du milieu rural avoisine 64 %, contre environ 53 % pour celles provenant du milieu urbain. Un écart qui mérite d'être examiné à la lumière des profils des dossiers et des conditions dans lesquelles les demandes sont présentées aux juges.
Une autre donnée permet de compléter la lecture du phénomène. Selon les statistiques de nuptialité publiées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), 8.724 actes de mariage de mineurs ont été établis en 2025, sur un total national de 258.097 actes, soit 3,38 % de l'ensemble. Ce chiffre doit être distingué des 9.750 autorisations judiciaires accordées par les tribunaux. Les deux indicateurs ne mesurent pas la même réalité : une autorisation ne signifie pas nécessairement qu'un mariage a effectivement été conclu et enregistré au cours de la même année.
La comparaison permet néanmoins de situer le phénomène dans l'ensemble de la nuptialité nationale. Elle rappelle aussi l'importance de disposer de données croisées entre les décisions judiciaires et les actes effectivement établis afin de mieux suivre l'évolution des unions avant l'âge légal.
Article 20, au cœur du débat
Au Maroc, l'âge légal du mariage est fixé à 18 ans révolus pour les filles comme pour les garçons, conformément à l'article 19 du Code de la famille. Toutefois, l'article 20 prévoit une dérogation permettant au juge de la famille chargé du mariage d'autoriser, à titre exceptionnel, le mariage d'un mineur, par une décision motivée précisant l'intérêt et les motifs justifiant cette autorisation. La procédure prévoit notamment l'audition des parents du mineur ou de son représentant légal ainsi que le recours à une expertise médicale ou à une enquête sociale. L'article 21 encadre, pour sa part, la question de l'approbation du représentant légal.
C'est précisément le recours à cette dérogation qui continue d'alimenter le débat sur la protection des mineures. Si la diminution des demandes et des autorisations constitue une évolution à relever, les volumes enregistrés en 2025 interrogent sur les conditions d'application d'une disposition censée rester exceptionnelle. À l'heure où la réforme du Code de la famille demeure au centre des discussions sur les droits des femmes et la protection de l'enfance, ces données soulignent l'importance des choix qui seront opérés concernant le maintien ou l'encadrement de cette dérogation.
Au-delà de la réponse judiciaire, la persistance du phénomène renvoie également à des enjeux sociaux plus larges : lutte contre la pauvreté, maintien des filles à l'école, accompagnement des familles et réduction des inégalités territoriales.
En recul, mais ...
En 2025, les tribunaux marocains ont enregistré 15.639 nouvelles demandes d'autorisation de mariage de mineurs, contre 16.755 en 2024 et 20.192 en 2023. Soit une diminution de 6,66 % sur un an et de plus de 22 % sur deux ans. C'est la plus marquante révélation du rapport du CSPJ. Ces chiffres mettent en évidence une baisse progressive des requêtes sans pour autant traduire la disparition du recours à la dérogation judiciaire.
Derrière cette évolution, les décisions favorables restent nombreuses. Sur les 15.830 dossiers en cours durant l'année 2025, 9.750 ont obtenu une autorisation, soit un taux d'acceptation de 61,58 %. Ce dernier recule de 1,36 point par rapport à 2024, où il s'établissait à 62,94 %. Autrement dit, plus de six demandes sur dix continuent d'aboutir à une décision favorable.
Le nombre d'autorisations accordées a néanmoins diminué par rapport à l'exercice précédent, durant lequel 10.691 demandes avaient reçu une réponse favorable. Cette évolution traduit un recul du recours à la procédure, mais aussi une persistance de son utilisation à une échelle importante.
Les filles, quasi-majorité
La répartition par sexe confirme une réalité déjà observée les années précédentes : le mariage des mineurs concerne très majoritairement les filles. Sur les 15.639 nouvelles demandes enregistrées en 2025, 15.522 concernaient des filles, contre seulement 117 pour les garçons. Les premières représentent ainsi 99,25 % de l'ensemble des requêtes.
Les demandes visant les filles ont reculé de 5,93 % en un an, passant de 16.501 en 2024 à 15.522 en 2025. Chez les garçons, la diminution est beaucoup plus marquée, avec 117 demandes contre 254 l'année précédente, soit une baisse de 53,94 %. La ventilation par âge apporte un autre éclairage sur les profils concernés. La tranche des 17 ans révolus, sans avoir atteint la majorité légale, concentre le plus grand nombre de demandes, avec 11.090 dossiers, contre 10.984 en 2024. Elle représente ainsi près de 71 % des nouvelles requêtes.
Les demandes concernant les filles âgées de 16 à 17 ans ont, en revanche, diminué de 5.079 à 3.983, soit un recul de 21,6 %. Parmi les dossiers de cette catégorie, 2.033 ont été acceptés et 1.669 rejetés, les autres ayant connu différentes issues procédurales.
Un chiffre mérite toutefois une attention particulière : les demandes concernant les filles de moins de 15 ans sont passées de 59 en 2024 à 90 en 2025, soit une progression de 52,5 %. Toutes ont été rejetées par les tribunaux. Pour les adolescentes âgées de 15 à 16 ans, les requêtes ont diminué de 633 à 476 sur la même période, soit près de 25 %.
La déscolarisation en toile de fond
Au-delà de l'âge et du sexe, les données du CSPJ mettent en évidence des disparités sociales et territoriales persistantes. Le milieu rural concentre 78,55 % des demandes d'autorisation de mariage de mineurs, contre 21,45 % dans le milieu urbain. La situation scolaire constitue un autre indicateur révélateur. Les mineurs non scolarisés représentent 92,70 % des demandes, tandis que les jeunes ayant quitté le système éducatif et ceux qui poursuivent encore leurs études constituent des catégories nettement moins représentées.
Ces données soulignent le lien entre le mariage avant la majorité, l'éloignement de l'école et les situations de vulnérabilité sociale. Elles mettent également en évidence les difficultés particulières auxquelles sont confrontées les filles dans certaines zones rurales, où la poursuite de la scolarité, l'accès aux services et les conditions économiques des familles peuvent peser sur les trajectoires individuelles.
Les chiffres relatifs aux décisions judiciaires font également apparaître des différences selon le lieu de résidence. Le taux d'acceptation des demandes issues du milieu rural avoisine 64 %, contre environ 53 % pour celles provenant du milieu urbain. Un écart qui mérite d'être examiné à la lumière des profils des dossiers et des conditions dans lesquelles les demandes sont présentées aux juges.
Une autre donnée permet de compléter la lecture du phénomène. Selon les statistiques de nuptialité publiées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), 8.724 actes de mariage de mineurs ont été établis en 2025, sur un total national de 258.097 actes, soit 3,38 % de l'ensemble. Ce chiffre doit être distingué des 9.750 autorisations judiciaires accordées par les tribunaux. Les deux indicateurs ne mesurent pas la même réalité : une autorisation ne signifie pas nécessairement qu'un mariage a effectivement été conclu et enregistré au cours de la même année.
La comparaison permet néanmoins de situer le phénomène dans l'ensemble de la nuptialité nationale. Elle rappelle aussi l'importance de disposer de données croisées entre les décisions judiciaires et les actes effectivement établis afin de mieux suivre l'évolution des unions avant l'âge légal.
Article 20, au cœur du débat
Au Maroc, l'âge légal du mariage est fixé à 18 ans révolus pour les filles comme pour les garçons, conformément à l'article 19 du Code de la famille. Toutefois, l'article 20 prévoit une dérogation permettant au juge de la famille chargé du mariage d'autoriser, à titre exceptionnel, le mariage d'un mineur, par une décision motivée précisant l'intérêt et les motifs justifiant cette autorisation. La procédure prévoit notamment l'audition des parents du mineur ou de son représentant légal ainsi que le recours à une expertise médicale ou à une enquête sociale. L'article 21 encadre, pour sa part, la question de l'approbation du représentant légal.
C'est précisément le recours à cette dérogation qui continue d'alimenter le débat sur la protection des mineures. Si la diminution des demandes et des autorisations constitue une évolution à relever, les volumes enregistrés en 2025 interrogent sur les conditions d'application d'une disposition censée rester exceptionnelle. À l'heure où la réforme du Code de la famille demeure au centre des discussions sur les droits des femmes et la protection de l'enfance, ces données soulignent l'importance des choix qui seront opérés concernant le maintien ou l'encadrement de cette dérogation.
Au-delà de la réponse judiciaire, la persistance du phénomène renvoie également à des enjeux sociaux plus larges : lutte contre la pauvreté, maintien des filles à l'école, accompagnement des familles et réduction des inégalités territoriales.
